Lecture / Ecriture
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14,99 € (ex 99 Francs) de Frédéric Beigbeder

Frédéric Beigbeder
  Nouvelles sous ecstasy
  14,99 € (ex 99 Francs)
  Au secours pardon
  Un roman français
  Premier bilan avant l'apocalypse
  Oona et Salinger
  L'amour dure trois ans

Frédéric Beigbeder est un auteur, critique et réalisateur français, né en 1965.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

14,99 € (ex 99 Francs) - Frédéric Beigbeder

Le simple énoncé des salaires est un appel à prendre le fusil.
Note :

    Octave a un métier honteusement rémunérateur et pour lequel il manifeste un talent certain : "donner envie à des gens qui n’en ont pas les moyens d’acheter une nouvelle chose dont ils n’avaient pas besoin dix minutes auparavant.".
    Ainsi vit-il sa vie, participant activement à la mainmise du commerce mondial sur la planète et la destruction de cette dernière par le précédent. En un mot, il travaille dans la pub. Mais, comme le voleur de Georges Darien, Octave a une excuse : «il a un sale métier, mais il le fait salement.» Et ça, pour être crade, c’est crade.
   
   Alors on a dit qu’il y avait de nombreux passages obscènes dans ce livre et c’est vrai. Tout à fait. Reste à préciser lesquels. J’aurais tendance à penser comme l’auteur que de bonnes scènes de dégénérescence orgiaques étaient nécessaires pour accompagner l’étalage de richesses outrageuses et de pouvoirs insensés. Les deux sont obscènes, la situation décrite l’est. Une demi-mesure dans la peinture aurait nui au tableau. C’est hyper sexué, outrancier (et outrageant !). C’est vrai. Il y a outrance, à tous les niveaux, mais le sujet l’exigeait.
   
   Moi qui n’ai habituellement pas de trop gros problème de vocabulaire dans mes lectures, cela m’a fait drôle, au début de ce livre-là, de me retrouver avec un texte où plusieurs mots m’échappaient et plutôt que de râler contre les anglicismes etc. je me suis dit que cela me ferait du bien 1° d’étendre mon champ sémantique 2° de voir l’impression que cela faisait d’avoir un vocabulaire insuffisant. D’ailleurs, assez rapidement, la gêne a disparu. Quant à la reprocher à Beigbeder, je n’y ai pas songé un instant, il était bien obligé d’utiliser le langage du milieu où il prétendait situer l’action.
   
   Ce que j’ai adoré dans ce livre, c’est tout de même le sérieux de l’analyse sociopolitique qui est y faite. Là, je sais que quelques détracteurs viennent de partir en claquant la porte, mais c’est ce que je pense et j’ai le droit de le dire. Je pense que ce qu’il dit est fondamentalement vrai. Caricaturé, sans doute, mais basiquement exact, condition indispensable à toute bonne caricature. Son petit bilan (cf. pages 75 à 77) est juste, ainsi que les principales considérations dont il émaille son récit. Oui, je pense que c’est cela qui se passe et, en fait qui s’est déjà passé et n’a plus qu’à poursuivre sur sa lancée.
   Frédéric Beigbeder nous dit donc des choses sérieuses, et même graves, ne nous le cachons pas, mais l’humour étant la politesse du désespoir, il nous les dit de façon drôle, avec cette particularité que ce «drôle» est en même temps dramatique, pathétique et répugnant. Comme l’est la situation, la sienne, celle du personnage, et la nôtre.
   
   En fin de compte, Octave est totalement pessimiste dans sa vision du monde. Il ne croit même plus à la moindre possibilité d’empêcher la dérive mondiale qu’il décrit. « Les pouvoirs d’aujourd’hui sont si multiples et dilués que le système en est devenu impuissant. Et nous qui répétions sans arrêt notre credo gramsciste* : pour détourner un avion, il faut commencer par monter dedans. Quelle ironie du sort ! Maintenant que nous entrions dans le cockpit, nos grenades à la main, et que nous nous apprêtions à donner des ordres au pilote sous la menace de nos mitraillettes, nous découvrions qu’il n’y avait pas de pilote. Nous voulions détourner un avion que personne ne savait conduire.» C’est sans issue.
   
   Pour ajouter au charme, ce roman est un feu d’artifice de mots, Frédéric Beigbeder a un sens aigu de la formule qui fait mouche, qui éclaire son sujet sur plusieurs faces à la fois. Il est passé maître dans l’art du nouveau cynisme. Avant, le cynisme, c’était de dire des trucs horribles plus ou moins justes en faisant semblant de les trouver naturels, comme si l’on énonçait simplement ce que l’on constatait (exemple Oscar Wilde). Maintenant, c’est pareil, sauf que le cynique n’est plus extérieur à la situation qu’il décrit. Il y participe. Et si de plus, il manifeste du dégoût pour ce qu’il fait, c’est qu’il se place dans la catégorie des cyniques romantiques. Comme Octave.
   
   Je crois au fond qu’une bonne partie de ce que l’on reproche à Beigbeder tient au fait qu’on le confond avec son personnage et qu’on néglige l’écrivain qu’il prouve abondamment être. Pourtant, Frédéric n’est pas Octave. Ne perdez pas cela de vue. On n’a parlé nulle part d’autofiction. Il a créé un personnage fait de choses qu’il connaissait bien, dans un monde qu’il connaît tout autant, il lui a fait dire ce qui, à son avis – et au mien aussi- avait besoin d’être dit, et en route. C’est ça un roman. Et plus ce dont il parle touche au cœur de ce que nous vivons, plus fort il lui donne vie, meilleur il est. «14,99 €» répond parfaitement à ces critères.
   
   Alors, parce que la littérature, c’est ça aussi, qu’on l’oublie trop et que je ne déteste pas moi non plus la provoc. quand elle soutient une idée juste, je dis : 4 étoiles ½ !
   
   * Antonio Gramsci : théoricien communiste italien (1891-1937)
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critique par Sibylline




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Toutes les vérités sont bonnes à dire…
Note :

   Comment classer ce roman dans une catégorie pour que vous puissiez vous faire une idée de son contenu ?…déjà le terme de «roman» me perturbe un peu, c’est plutôt une sorte de journal, raconté d’abord à la première personne du singulier, puis à la deuxième, puis à la troisième, puis à la première personne du pluriel, puis à la deuxième et….je crois que c’est tout…là vous allez me dire…kesako ?
   
   Ce récit nous entraîne dans la vie trépidante d’Octave, jeune publicitaire en pleine ascension professionnelle, mais qui a décidé de tout faire pour se faire virer car il est arrivé à un tournant de sa vie où il se rend compte que certaines choses sont injustes et que son travail le dégoûte…
   
   Bien évidemment pour ceux qui connaissent Frédéric Beigbeder, tout ceci est raconté sur un ton sarcastique et non sans humour, mais sans toutefois oublier de souligner des vérités qui sont, elles affligeantes (en tout cas pour tout Français moyen qui se respecte).
   
    Car si ce livre se veut être une sorte de caricature de l’univers de la publicité, la vérité ne doit pas être bien loin…argent à ne plus savoir qu’en faire, réunions complètement inutiles et sans intérêt mais qui coûtent des millions, spots tournés dans des régions luxueuses, dans des hôtels luxueux, une vie faite d’excès, d’alcool, de drogues et de filles…
   
   Octave déambule dans ce monde, sans vraiment y être impliqué, sans se rendre compte de ses actes, il vit en surface, dans une sorte d’état comateux et encore plus depuis que Sophie l’a laissé tomber après lui avoir annoncé être enceinte…
   
   Même si tout ça peut vous sembler quelque peu glauque, ne vous méprenez pas, tout est dit et raconté avec un humour pointu, fulgurant…On a du mal à rester sérieux et on prendrait presque tout à la légère si de temps en temps l’auteur ne nous mettait pas sous le nez des chiffres et des statistiques à nous faire pâlir.
   Si sous cet aspect humoristique, Frédéric Beigbeder arrive à nous faire passer la pilule, il en profite pour dénoncer, discrètement…mais sûrement…
   
   On se laisse facilement entraîner dans ce récit hors norme, on est ballotté entre un univers quelquefois complètement irréel (dû en général à la drogue ou à l’alcool consommés par le narrateur) et un autre complètement réel lui, et qui nous remet rapidement les pieds sur terre…
   
   Je ne suis pas du genre révoltée par la société, je ne me dis pas tous les jours «les riches ont le pouvoir, il faut se rebeller !», mais j’avoue que j’ai été assez dégoûtée par certains chiffres, par certaines situations… non, vraiment, je n’aimerais pas être dans la peau de ces gens…
   
    Merci à F. Beigbeder d’avoir eu l’audace de nous dévoiler les coulisses de ce monde sous le couvert de l’humour…
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critique par Mme Patch




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Cynisme, romantisme et humour noir : tout ce que j’aime.
Note :

   Octave le créatif est un grand cynique et il y a de quoi. C’est sur lui que repose presque toutes les campagnes publicitaires où il faut de la verve et un soupçon de génie. Octave est surpayé. Octave se défonce à la cocaïne, rue dans les brancards, se heurte à la bêtise des marchands de soupe. Octave aime le beau, le cherche à travers ses travers et la nostalgie de son ex-compagne. Mais Octave l’a trouvée amère, la beauté. Et il l’a insultée. En fait Octave devient progressivement fou et c’est la montée de cette folie que Beigbeder nous propose de suivre. Il devient fou parce qu’il devient trop conscient d’un système qui le bouffe, qui le tue à petit feu, qui fait de l’être humain en activité un produit jetable. Octave est du côté de l’intelligence qui dénonce toutes les ficelles du marketing cynique, du capitalisme «Moloch» qui détruit tout et va finir par se détruire à l’instar de cette citation de Bukowski que l’auteur met en exergue au début du roman :
   «Le capitalisme a survécu au communisme. Il ne lui reste qu’à se dévorer lui-même.»
   
   La narration passe du «je» au «tu, voire au « vous » en passant par le «il», le narrateur multiplie les points de vue sur sa schizophrénie ambiante teintée d’humour noir. Je dois avouer avoir ri à peu près toutes les dix pages, tant le ton sonne juste, la note est placée au bon endroit, la chute est constante. Le roman est ponctué de projets publicitaires de plus en plus loufoques, délirants, romantiques, intelligents jusqu’à cette fin toute en slogans qui tuent et que tout le monde connait pour montrer, si besoin était, qu’on a atteint l’universel, qu’on a autorité sur les autres, les consommateurs innocents (j’ose à peine dire «moutonniers» vu mon pseudo !).
   
   En définitive cet ouvrage m’a bien plu. Je confesse avoir eu des aprioris, manipulé que j’étais encore une fois par les autres, les média, la personnalité même de l’auteur dans les shows télévisuels. Il faut dépasser tout ça – ce fut le cas avec Houellebecq que j’adore. Reste à lire le livre à plusieurs niveaux, roman, témoignage, documentaire (comment fait-on une pub tv ?), histoire romantique (le mélange amour-mort à la fin) voire conte philosophique. Non, j’ai bien aimé moi non plus.
    ↓

critique par Mouton Noir




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Un produit littéraire
Note :

   A l'ouest, rien de nouveau
   Non, ce roman ne vous enseignera rien que vous ne sachiez déjà. Ou presque. Et non, vous ne tenez pas entre les mains, un monument de la littérature. Voilà, quand on s'attaque à un roman populaire, dans le sens où vous connaissez certainement quelqu'un qui l'a lu et bien souvent, une personne qui ne "lit" pas forcément (de la littérature avec un grand L, pour vous et moi), mais qui a lu ce texte, il faut arriver à faire abstraction du contexte, de l'auteur. C'est très difficile. Par exemple, en lisant Irène Nemirovski ou Laurent Gaudé, je ne pouvais éteindre cette petite voix qui résonnait pendant ma lecture et qui répétait inlassablement "ha bon, c'est donc ça ? C'est pas si terrible, je ne vois pas pourquoi...", alors que pendant ma lecture de Nathalie Rheims, dont je n'avais jamais entendu parler, je me suis dit "tiens, ce n'est pas si mal, cette petite pourrait faire quelque chose dans la littérature", alors qu'elle s'y essaie depuis plus de 9 ans, 10 romans et qu'elle n'est pas si petite... Non, les apparences sont trompeuses, mais c'est une gageure d'y faire abstraction.
   
   "99 francs", c'est l'histoire d'une poignée de publicitaires, ceux qui gagnent beaucoup à trouver des idées parfois si stupides qu'elles deviennent universelles, et qui mélangent barbituriques et cocktails, poudre au nez et pétards à la fumée bien blanche, afin de stimuler leurs fantasmes, bien évidemment sexuels. Tout cela, c'est leur métier. Vivre dans le lucre comme des sybarites modernes fait partie intégrante de leur ipséité: un publicitaire, c'est un peu rock'n roll, la musique en moins.
   
   
   "99 francs", un produit littéraire
   
   Frédéric Beigbeder a tout tenté pour rendre son ouvrage le plus littéraire possible, dans le sens où la construction est ordonnée en pronoms personnels / chapitres (je, tu, il, nous, vous, ils), entrecoupée de passages publicitaires pour rendre l'écriture performative, appuyée par l'usage abusif d'épigraphes souvent inappropriées, taillée en forme de récit à la fois romantique (une histoire d'amour!), mais un peu à la sauce Tarentino, avec du sexe, de l'hémoglobine et de la drogue partout, sous toutes ses formes, avec des personnages indécents ou décadents. Même parfois irrespectueux.
   
   Pour tout cela, je pense comprendre qu'on puisse abhorrer les livres de cet auteur très jet-set, de surcroît! Trop c'est trop. Et pourtant... et pourtant, la lecture de ce "99 francs" ne m'a pas laissé indifférent, loin de là. Si l'édifice semble imparfait, si le contenu ne révèle rien que nous ne sachions déjà, le roman a l'énorme qualité de ses défauts: ce produit de publicité, écrit pour en faire un film (et lorsque je l'ai lu à sa sortie en poche, je ne savais pas encore qu'il y en aurait un, mais à la lecture, il m'a paru évident que le livre était formaté pour le cinéma), un vrai coup de pub, de marketing, ce produit dénonce ce qu'il est lui-même, il se nourrit de sa propre consistance, les mots, et les ingère avec un certain brio, pour notre plus grand plaisir. La lecture est fluide, simpliste dirait-on, mais Beigbeder a fait passer son message et c'est là sa plus grande réussite.
   
   
   Voir la société de consommation autrement?
   Loin d'être élitiste, et on aurait pu croire le contraire, mais il y a une raison à cela, Beigbeder se met à la portée de l'individu lambda que je suis, loin des querelles littéraires ou technocratiques, loin des théories nobellisantes ou universitaires ou autres paradigmes incompréhensibles pour le commun des mortels. Il écrit avec des mots simples, une histoire facile, qui n'est qu'un prétexte finalement, pour faire passer un message d'amour, quelque part, de liberté ensuite, et surtout une réflexion sur la société de consommation telle que nous la subissons. C'est brillant, après tout.
   
   Malheureusement, comme ce livre n'a pas changé ma façon de voir le monde, ni de l'appréhender, il ne m'a donné aucune clef, à moi l'individu lambda, pour m'en sortir. Il s'agissait donc bien d'une gageure, et l'auteur a échoué dans son entreprise de nous sortir de cette société (à défaut d'éclairer quelques derniers réticents!). C'est la décadence. Inévitablement.

critique par Julien




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