Lecture / Ecriture
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La mort du roi Tsongor de Laurent Gaudé

Laurent Gaudé
  Le soleil des Scorta
  La mort du roi Tsongor
  Dans la nuit mozambique
  Eldorado
  La porte des enfers
  Cris
  Ouragan
  Caillasses
  Pour seul cortège
  Les oliviers du Négus
  Danser les ombres
  Écoutez nos défaites
  Salina, les trois exils

Laurent Gaudé est né en 1972.

Après des études de Lettres, il décide de se consacrer entièrement à l'écriture et se fait d'abord connaître comme dramaturge.

Il publie son premier roman "Cris" en 2001, qui sera suivi notamment par "La mort du roi Tsongor" (Prix Goncourt des lycéens 2002) et "Le soleil des Scorta" (Prix Goncourt 2004).


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

La mort du roi Tsongor - Laurent Gaudé

«Puisqu'on ne peut l'obtenir, qu'elle meure!»
Note :

   Prix Goncourt des lycéens 2002
   
   Ce devait être un jour de liesse que celui du mariage de la princesse Samilia avec le prince des terres du sel. Or, dès son réveil, Katabolonga, le porteur du tabouret d’or du roi Tsongor, le sait : c’est le jour où il doit tuer le roi. Il le lui annonce, mais Tsongor ne comprend pas sa phrase, dans un premier temps. Puis viendra Sango Kerim, détenteur d’une promesse ancienne : Samilia est à lui. Que faire ? Puisqu’il est écrit qu’il doit mourir, le roi se faufile dans cette solution « de facilité » : mourons, puisque nous ne pouvons trancher.
   
   Mais ça ne changera rien, la guerre va éclater, durer, l’un après l’autre chaque protagoniste va mourir, tous, sauf deux...
   
   C’est une lecture apaisante, paradoxalement. On y côtoie pourtant de nombreuses scènes d’horreur, l’accomplissement de tragédies, de destins individuels stériles, mais dans une langue si simple et dépouillée qu’on a l’impression d’écouter.
   
   On est assis au coin du feu, et le conteur nous achemine doucement et lentement vers la fin de son histoire, moment à partir duquel il nous appartiendra de l’intégrer et d’en extraire le sens.
   
   Pendant ces deux cent pages, on retient son souffle, on ne pense à rien d’autre, et c’est une respiration dont on a bien besoin.
    ↓

critique par Cuné




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Roman contemporain et tragédie antique
Note :

   L’action se déroule en Afrique dans des temps très anciens.
   
   Une intense activité règne au palais de Massamba, en raison du futur mariage de Samilia, la fille du toi Tsongor, avec le prince des terres du ciel Kouame. Tout le monde s’agite et s’occupe des derniers préparatifs.
   
   C’est alors qu’un cavalier arrive aux portes du palais et demande audience au roi. Il s’agit de Sango Kerim, que le roi a toujours chéri comme son fils et qu’il reconnaît à peine car il était enfant lorsqu’il est parti. Il vient d’apprendre le mariage de Samilia. Or celle-ci lui a fait une promesse dont il a la preuve lorsqu’ils étaient enfants: l’épouser.
   
   Face à ces deux prétendants légitimes, le roi doit choisir. Il demande alors une nuit de réflexion pour trancher. «Demain vous saurez tous avec qui se marie ma fille et celui qui n’aura pas été choisi n’aura plus qu’à disparaitre ou à pleurer face à ma colère».
   
   Samilia est à Massamba ce qu’Hélène est à Troie. Ce livre est magnifique: à la fois roman contemporain et tragédie antique, il vous transporte hors du temps et l’écriture est magnifique. C’est une lecture à ne manquer sous aucun prétexte.
   
   Prix Goncourt des Lycéens 2002
   Prix des Libraires 2003
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critique par Clochette




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Entendre...
Note :

   Tout au long de ce livre, lu au coin du feu chez moi, j'ai cru entendre les mots d'un conteur qui me parvenaient d'un autre âge, d'un autre monde, du coin d'un feu depuis longtemps éteint. Les mots sont tout simples, mais j'ai adoré la plume de l'auteur. J'ai cru entendre une vieille légende. Et oui, je dis bien "entendre" car c'est l'impression que ça m'a fait.
   
   C'est une histoire bien humaine, que celle de cette belle cité de Moussaba érigée au prix d'efforts et de 20 ans de conquêtes. Un événement heureux gâché par un incident... qui influencera tout un monde et les projettera tous dans une guerre sans merci qui durera des années et des années. Et comme dans bien des guerres, armées comme personnelles, la vengeance et l'orgueil éclipsent bien souvent la raison première de la bataille... raison qui finit trop souvent pas être oubliée. Cette lecture m'a amenée à réfléchir sur de nombreux conflits, cette éternelle histoire qui commence sur une idée, des convictions... et qui se poursuivent pour le pouvoir ou simplement par habitude, pour gagner, laissant derrière une grande désolation. Conflits remplis de batailles qui trahissent souvent la cause même pour laquelle on se battait au départ. Humain, quoi. Et la quête de Souba, quête d'acceptation, quête initiatique est tout aussi humaine.
   
   J'ai bien aimé les descriptions des différentes tribus hautes en couleur, les terres africaines que parcourt Souba, les cités et les déserts. Laurent Gaudé réussit également à décrire des scènes d'une grande violence sans sombrer dans le morbide. Le beau côtoie l'horreur et la mort. Afrique imaginaire peut-être... mais tout de même très actuelle.
   
   Un bien agréable moment de lecture. La seule chose qui m'empêche d'en faire un coup de cœur est qu'il m'a manqué ce petit "quelque chose" pour m'attacher davantage aux personnages. Mais tout de même, il s'agit d'un livre que je n'oublierai pas de sitôt!
    ↓

critique par Karine




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Allez au devant de vous-même!
Note :

   La tragédie du Roi de Tsongor, c'est aussi la tragédie de la famille Tsongor, de ses fils chéris et de sa fille maudite parmi les maudites; c'est une épopée telle qu'il est rare d'en lire de belles lignes, un de ces romans que l'on ne peut lâcher tellement il vous entraîne avec lui et pour lequel vous vous immergez dans le monde imaginaire de Gaudé, de l'Afrique c'est un de ses romans épique qui parcourt la terre d'une coup d'oeil, qui vous révèle les réalités de la vie, l'amour et la haine, la lutte pour le pouvoir et l'éloignement, l'orgueil des Hommes, la bassesse aussi et puis la beauté qui existe par delà, aux confins et qu'il faut trouver, rechercher.
   
   "Mes frères, dit-elle, il nous reste une dernière nuit à passer ensemble. Demain, je le sens, commenceront, pour nous des épreuves qui nous laisseront exsangues et esseulés (...) A partir de demain chacun creusera le chemin de sa vie. C'est bien. C'est ce qu'il faut. Mais profitons, une dernière fois, de cette nuit commune. Que le clan Tsongor existe jusqu'à l'aube. Prenons ce temps-là. Le temps de la vie et du partage."

   
   Tsongor vous accompagne dans cette découverte, le temps et la mort n'a pas de prise sur lui, il attend le denier du passage, inexorablement, il est le témoin horrifié des évènements; son seul apaisement vient de Katabologa, son fidèle parmi les fidèles qui veille sa dépouille.
   
   On est dans l'Antique Grèce avec Homère, devant Troie assiégée qui ne respire plus qu'à travers le souffle de la mort qui est là, partout; qui use, suinte et détruit. La victoire qui s'inscrit dans la défaite, la grandeur et la honte; la beauté des paysages qui vous transpose avec Souba et sa vie d'errance et d'Architecte d'une Vie "C'est ici que je veux être enseveli. Je ne sais pas quand je mourrai mais aujourd'hui j'ai rencontré le lieu de ma mort. C'est ici. Je ne l'oublierai pas. C'est ici que je reviendrai au tout dernier jour."
   
   Rarement vous aurez l'occasion de lire de telles pages ailleurs... alors plongez-y comme vous plongeriez dans l'océan de l'aventure et allez au devant de vous-même...
    ↓

critique par Herwann




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Aventure humaine intemporelle
Note :

   Dans un royaume issu d'une Antiquité imaginaire, se noue la tragédie de tout un empire. Le vieux roi Tsongor, après une vie de conquêtes et de guerres sanglantes, est sur le point de mourir, assassiné par son plus proche serviteur, afin d'honorer une promesse qu'il lui a faite lorsqu'il a exterminé le peuple de celui-ci. Tout le royaume de Massaba, immense empire bâti victoire après victoire par Tsongor, s'apprête à célébrer le mariage de la princesse Samilia et d'un riche et puissant prince étranger, Kouame. Mais à la veille de cette union destinée à sceller l'amitié des deux plus grands empires de l'époque, un autre prétendant, Sango Kerim ressurgit, arguant que Samilia lui aurait promis, lorsqu'ils étaient enfants, de l'épouser. Tsongor, désespéré par cette situation inextricable qui conduira, quel que soit son choix, à la guerre et à la mort, choisit de disparaître avant de se prononcer. Mais juste avant de mourir, il convoque l'un de ses fils et le charge d'une tâche bien particulière: lui édifier, à travers son vaste empire, sept tombeaux, tous plus magnifiques les uns que les autres, dont le dernier seulement abritera sa dépouille. Tant que ces sépulcres ne seront pas construits, le roi Tsongor ne trouvera pas la paix et son âme continuera à errer dans son ancien palais. Hors des murs de la citadelle, c'est une véritable guerre qui se prépare: Kouame et Sango Kerim se disputent le droit d'épouser Samilia, et nul ne pourra les raisonner. Même les frères de Samilia prennent des partis opposés, et transforment la citadelle en Thèbes assiégée, pendant que sous les murailles, c'est toute la Guerre de Troie qui est sur le point de se rejouer...
    
   En lisant la quatrième de couverture, qui nous promet une somptueuse réécriture des plus grands textes antiques, on se dit "Par Apollon, encore un auteur qui va nous refourguer, mal digérés, tous ces souvenirs de cours de grec ancien, nous tartinant des pages et des pages d'une mauvaise réécriture de l'Iliade et de la Thébaïde!". Heureusement, Laurent Gaudé est bien plus fin et subtil que cela, et il distille avec justesse tout un réseau de références antiques parfaitement intégrées au récit, habilement menées, qui éclairent de leur sagesse et de leur pureté ce qui s'annonce comme un magnifique conte africain.
   
    Dans une grande fresque mêlant tragédie et épopée, Laurent Gaudé nous propose un récit initiatique absolument splendide, à l'écriture soignée, rythmée, poétique même, où l'honneur, l'amour et la folie meurtrière jouent les premiers rôles. Le style est simple, épuré, chargé d'une oralité qui rappelle les techniques des aèdes antiques ou des conteurs africains, fort des redondances expressives qui lui confèrent toute sa beauté. Avec deux intrigues mêlées, - la guerre sous les murs de Massaba et l'édification des sept tombeaux -, ce roman joue sans cesse avec le lecteur, sans jamais le perdre dans les méandres d'un récit mené sur plusieurs niveaux de sens. Plongé dans une aventure humaine intemporelle, l'on savoure avec délices chaque page de ce roman qui se lit comme une tragédie grecque. Chaque personnage est habilement ciselé, de la princesse Samilia dépassée par le cours des événements au noble Souba, chargé de bâtir les tombeaux de son père, en passant par le sanguinaire Sango Kerim et le fidèle Katabolonga qui, après avoir assassiné, contre son gré, son roi et ami, reste auprès de sa dépouille et s'entretient avec son âme qui continue à errer dans les murs assiégés de la citadelle.
   
   Un roman audacieux, bien maîtrisé, qui mêle habilement mythes grecs et sagesse africaine. On le lit d'une traite, et l'on regrette de l'avoir déjà fini, tant chaque page est une merveille de style et de poésie. Au diable les clichés, voici un chef-d'œuvre dont on peut dire sans rougir qu'il est beau comme l'antique.

critique par Elizabeth Bennet




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