Lecture / Ecriture
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L’heure bleue de Celia Fremlin

Celia Fremlin
  L’heure bleue

L’heure bleue - Celia Fremlin

Mère débordée
Note :

   Un excellent roman sous un tel emballage, c’est comme verser un vin grand-cru millésimé dans un verre plastique…
   
   Dur dur, d’être un bébé, chantait ( ?) Jordy en 1992. Dur dur d’être une maman pourrait scander Louise Henderson dont toutes les nuits sont perturbées par son fils Michael, sept mois. Elle n’en peut plus, d’autant qu’il faut assurer le ménage, la cuisine, et s’occuper de ses deux filles de huit et sept ans. Car son mari Mark est fort pris par son travail. Elle sait qu’il travaille dans l’aéronautique, mais sans plus.
   
   Mais les plus embêtées par les cris quotidiens, ce sont peut-être les voisines. Car Michael ne se contente pas de pleurer la nuit, la journée aussi. Et quand il s’exprime, c’est comme si un camion de pompier, toutes sirènes hurlantes, passait et repassait dans la rue. En parlant de repasser, il faudrait aussi s’intéresser au linge en attente, au repassage, aux boutons à recoudre des chemises de Mark.
   
   Sans oublier qu’une nouvelle locataire arrive et que la pièce située au second étage doit être débarrassée des livres de sa belle-mère. Justement Véra Brandon arrive. Miss Brandon, environ la quarantaine, habituée à donner des ordres puisqu’elle est enseignante. Et elle affirme qu’elle va s’arranger, pas la peine de s’inquiéter pour elle.
   
   Elle est discrète, ne faisant aucun bruit, ou si peu, lorsqu’elle descend l’escalier ou lorsqu’elle rentre. Sauf quand elle veut que la famille Henderson sache qu’elle est là. Si discrète que lorsque Louise et sa belle-mère, persuadées que Vera Brandon est sortie, viennent récupérer les livres sur les étagères, se trouvent quasiment nez à nez avec la jeune femme. Elle est juste accoudée à sa table nette de tous papiers ou ouvrages.
   
   Seulement un sentiment de déjà vu s’infiltre dans les esprits de Mark et de Louise. Mark est persuadé l’avoir rencontrée quelque part, mais où, impossible de fixer son attention sur un endroit précis. Quant à Louise, se sont les décalcomanies représentant des escales collées sur sa valise. D’autres personnes aussi s’en font la remarque, sans plus. Pourtant Louise n’est pas rassurée. Même si, un soir, Mark et Vera échangent autour du thème de Médée, un dialogue de spécialistes qui laisse Louise indifférente. D’ailleurs elle a Michael à s’occuper. Et elle est si fatiguée.
   
   De petits faits l’importunent, lui titillent l’esprit. Une nuit, Michael étant particulièrement virulent, elle décide de promener l’enfançon dans son landau. Elle va jusqu’au parc mais s’endort. Lorsqu’elle reprend ses esprits, plus de landau et bien évidemment, plus de gamin.
   
   La tension monte de plus en plus, et il faudra la curiosité d’un gamin chargé de veiller sur Michael, car bien sûr, lorsque Louise a besoin de sortir pour une raison ou pour une autre, aucune de ses amies n’est disponible pour veiller dessus. Pourtant elles n’hésitent pas à requérir ses services le cas échéant et Louise ne refuse jamais, ou n’ose pas.
   
   Donc c’est ce gamin un peu trop curieux et indiscret, mais dans ce cas la curiosité devient une qualité, qui mettra le doigt sur la faille, ainsi que Margery et Harriet, les deux filles de Louise.
   
   Celia Fremlin décrit la vie quotidienne d’une mère débordée par un gamin bruyant, le lot de bien des parents, peu aidée et devant supporter toutes les charges matérielles de la famille. Elle se rend souvent chez Nurse Fordham, afin de trouver une solution, mais il n’y en a pas. Et ses amies, toujours prêtes à en donner, avancent leurs théories souvent contradictoires.
   
   Les préoccupations féminines sont exposées avec simplicité mais également avec force. Dans les années 1950, l’homme ne participait pas aux travaux ménagers et la femme au foyer se coltinait toutes les tâches. L’heure bleue est presque un reportage sur ces années qui suivent la fin de la guerre. Mais c’est surtout un suspense psychologique, dans lequel les différents personnages possèdent leur caractère entier, ou malléable, suivant les circonstances, avec des gamines, des adolescentes qui ne sont en rien intéressées par les événements extérieurs.
   
   Vera Brandon s’impose à l’esprit du lecteur comme le protagoniste qui passe en coup de vent, s’efface à la moindre occasion et qui pourtant prend une place importante dans cette intrigue qui tourne autour d’un gamin et de sa mère somnolente en journée.
   
   L’aspect policier est un prétexte, d’ailleurs seul un policier est présent comme figurant, mais c’est la confrontation intense et évanescente entre Vera Brandon et Louise Henderson qui prédomine. Quant aux autres personnages, on pourrait penser à des caricatures. Des pantins confits dans leurs jugements et leurs préjugés.
   
   Depuis quelque temps, Le Masque a perdu son identité et son âme. D’abord cette couverture, horrible à mon humble avis comme on dit, est-elle susceptible d’attirer le lecteur ? Je ne pense pas, même si les libraires consciencieux proposent cet ouvrage dans le rayon polar.
   
   Ensuite, l’affubler d’un bandeau l’annonçant comme "Prix du Masque étranger de l’année", alors que ce roman date de 1958 et qu’il a été édité en France, dans la collection Le Masque Jaune justement, en 1996, c’est, il me semble, se moquer du monde. Le Masque se démasque et est tombé bien bas…

critique par Oncle Paul




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