Lecture / Ecriture
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L'Herbier de Marcel Proust de Dane Mc Dowell

Dane Mc Dowell
  L'Herbier de Marcel Proust

L'Herbier de Marcel Proust - Dane Mc Dowell

Tout est dans le titre
Note :

   Illustrations de Djor
   
   Parmi mes plaisirs il y a la littérature, l'art, la musique et la nature, alors lorsque deux d'entre eux se marient je ne peux pas résister. Pour ce premier des quatre billets annoncés place à la littérature et à la botanique réunies.
   
   Environ soixante plantes ou fleurs sont présentes dans LE roman de Marcel Proust, de mémoire je n'aurais été capable d'en citer qu'une dizaine je crois.
   
   Toute l'œuvre de Proust est emplie de parfums qui accompagnent les personnages, les moments, les lieux. Les métaphores liées à la botanique sont innombrables.
   On peu dire que c'est un comble concernant un homme qui ne pouvait sentir une fleur sans être aussitôt victime d'une crise d'asthme !
   
   Dane Mc Dowell a eu l'heureuse idée de nous ouvrir les pages de l'herbier de Proust.
   
   Habilement plutôt que de suivre l'ordre du livre, elle choisit de nommer les fleurs selon des catégories rappelant les mots et les métaphores du roman.
   
   
   Les Fleurs de l'Innocence
regroupe ces demoiselles qui s'habillent de blanc ou de bleu jusqu'au jaune et au pourpre
   
   La boule de neige, le nymphéa, l'aubépine, les fleurs de cerisier, de pommier, le camélia ou le gardénia, le myosotis, le lys, la pervenche, le bleuet, la jacinthe ou le volubilis
   Le bouton d'or, la jonquille, le coucou, le souci, le blé, la giroflée, la capucine.
   
   Déjà là, j'avais peine à croire que toutes ces fleurs soient nommées, mais si, preuve à l'appui, elles sont bien dans La Recherche.
   "Je leur demandai des nouvelles des fleurs, ces fleurs de l'aubépine pareilles à de gaies jeunes filles étourdies, coquettes et pieuses" A l'ombre des jeunes filles en fleurs

   
   Mais Proust fut, chacun le sait, pendant des années, un homme de salon, alors il y a Les fleurs de salon, celles qui fleurissent sur les tables, dans les boudoirs, les parcs et les jardins de ses hôtes.
   La rose, l'hortensia, l'ancolie, le lilas, la violette, la pensée, l'anémone, l'héliotrope, l'iris, la clématite, la glycine
   L'oeillet, le pavot, le fushia, la digitale, le coquelicot…
   
   Mais il y en a une que, si vous avez lu Un amour de Swann, vous n'avez pas oublié : le catleya, Dane Mc Dowell conserve l'orthographe choisie par Marcel Proust, une orchidée rare qui rehausse la toilette d'Odette de Crécy. Depuis, la fleur symbolise l'amour charnel et faire catleya est dans toutes les mémoires.
   
   Devinez le nom que Dane Mc Dowell a donné à cette catégorie de fleurs ? Les fleurs du mal voyons ! Petit clin d'œil à Baudelaire que Proust aimait tant. Ajoutez le seringa, la datura et la belladone et quelques fleurs capiteuses.
   "Elle tenait à la main un bouquet de catleyas et Swann vit, sous sa fanchon de dentelle, qu'elle avait dans les cheveux des fleurs de cette même orchidée attachée à une aigrette en plume de cygne" Du côté de chez Swann

   
   Mais l'herbier ne serait pas complet sans les fleurs et L'herbier de la mémoire avec les trois arbres d'Hudimesnil, la ronce, ou le tilleul
   "Le dessèchement des tiges les avait incurvées en un précieux treillage dans les entrelacs duquel s'ouvraient les fleurs pâles, comme si un peintre les eût arrangées, les eût fait poser de la façon la plus ornementale" Du côté de chez Swann
   

   L' herbier se constitue au fil des pages, Dane Mc Dowell ajoute quelques touches historiques, quelques précisions botaniques.
   On butine, sans obligation d'ordre aucun, on peut grappiller en fonction de ses propres souvenirs de lecture, ou de ses préférences.
   
   On savoure toute la poésie des situations évoquées, les descriptions minutieuses, mais aussi les situations cocasses des personnages en lien avec cette brassée de nature.
   
   C'est donc une explosion de couleur, de fragrances, de réminiscences qui porte le lecteur de Jean Santeuil aux dernières pages du Temps retrouvé
   
   C'est une promenade jouissive dans un jardin splendide.
   
   Le livre est savant mais avec finesse, l'auteur nous adresse quelques clins d'oeil et ajoute souvent une touche de malice.
   C'est un livre qui possède un grand charme grâce à sa superbe présentation et surtout grâce aux illustrations de Djor qui habillent les pages de somptueuse façon.
   
   Pour les amateurs ce livre va tout naturellement trouver sa place, et pour ceux qui hésitent à se lancer dans la lecture de La Recherche, une lecture longue, tellement longue que Robert Proust disait qu'il fallait s'être cassé une jambe pour en faire la lecture ! ce livre leur fera faire une jolie promenade dans le monde de Marcel Proust.

critique par Dominique




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