Lecture / Ecriture
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Le renard était déjà le chasseur de Herta Müller

Herta Müller
  L'homme est un grand faisan sur terre
  La convocation
  La bascule du souffle
  Animal du cœur
  Le renard était déjà le chasseur

Romancière allemande d'origine roumaine née en 1953, elle s'est vu attribuer le Prix Nobel de Littérature en 2009.

Le renard était déjà le chasseur - Herta Müller

Amer. Dur et amer
Note :

   Dure, la lecture de Le renard était déjà le chasseur. Dure et amère. A ne pas lire en période de déprime ! Le sujet, à dire vrai, ne porte pas à la joie puisque Herta Müller saisit l’occasion de ce roman pour décrire la chape de plomb qui pesait sur son pays, la Roumanie, du temps de l’inénarrable Ceaucescu. Inénarrable, certes, mais mortifère, sûrement.
   
   Herta Müller qui a dû s’exiler en Allemagne pour pouvoir publier, censurée et persécutée qu’elle était à "Ceaucesculand". Son héroïne, ici dans Le renard était déjà le chasseur, Adina, est institutrice, comme elle le fût.
   
   Adina vit (survit) misérablement, à l’instar de tous ses compatriotes peu ou prou, ce qui ne l’empêche pas d’évoluer dans une mouvance gentiment contestataire (on n’ose dire dissidente). Mais la tristement nommée "Securitate", la Sécurité intérieure, veille et Adina se retrouve dans son collimateur en compagnie de Paul, Abi, Anna, … Elle va donc subir une espèce de sourde et cachée persécution destinée à instiller peur et insécurité. (Mon Dieu que les ex – Paradis socialistes étaient beaux !)
   
   Mais Herta Müller traite ceci d’une manière proche de l’onirisme, de la poésie, laissant délibérément de côté réalisme et précision. C’est d’autant plus déstabilisant pour le lecteur qui se retrouve devoir interpréter beaucoup de données, jamais données de manière très claire. Dans une certaine mesure je me demande si Herta Müller n’a pas été amenée à donner cette tournure à son style pour donner le change (ou disons "un petit change") à la Securitate, aux censeurs du régime ?
   
   Le contexte et les faits évoqués sont en eux-mêmes déjà pas gais, mais traités ainsi ça ne vous incite pas à sauter sauvagement sur l’ouvrage en toutes occasions. La lecture en est aride et amère. Il ne s’agit pas d’un ouvrage facile à lire. Autant le savoir. Entre les petites infamies au quotidien du paradis roumain et la misère sociale et physique du régime Ceaucescu…
   
   J’ai une pensée émue pour Claire de Oliveira, la traductrice ; je gage que traduire ce genre d’ouvrage n’est pas simple.

critique par Tistou




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