Lecture / Ecriture
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Feel good de Thomas Gunzig

Thomas Gunzig
  Mort d'un parfait bilingue
  Manuel de survie à l'usage des incapables
  Kuru
  La vie sauvage
  Feel good

Libraire, professeur de littérature, chroniqueur à la télévision, Thomas Gunzig est un écrivain belge francophone né à Bruxelles en 1970.

Feel good - Thomas Gunzig

Alice au pays sans merveilles
Note :

   Rentrée littéraire 2019
   
   Second roman que je lis de cet écrivain belge après Manuel de survie à l'usage des incapables, et ici aussi il passe notre société à la moulinette !
   
   Alice est une femme plutôt jolie de quarante cinq ans. Elle vient d'une famille modeste du monde ouvrier. Enfant, elle a eu pour amie Séverine qui, elle, est l'enfant d'une famille riche.
    Alice travaille comme vendeuse dans un magasin de chaussures. Elle a eu une liaison avec un dénommé Nathan qui l'a abandonnée après l'avoir mise enceinte. Le petit Achille est né, mais Alice n'est pas riche, elle est obligée de compter sans arrêt, même pour les vacances. La boutique de chaussures doit fermer, elle accepte plein de petits boulots et envisage de se prostituer. La première expérience sera la dernière.
    Elle pense que la solution est de kidnapper un enfant de riches. Passant à l'action, elle ne sait pas dans quel guêpier elle s'est fourrée ! Elle laisse une demande de rançon sur, ce qu’elle pense être, la voiture des parents de l’enfant !
   
    Puis nous faisons la connaissance de Tom, une enfance triste, un gamin laid, amoureux fou d’une dénommée Charlotte. Ils feront l’amour une fois puis elle l’enverra paître ! Il épousera Pauline, travaillera, sera licencié, mais poursuivra son rêve : devenir écrivain. Il accomplira son rêve mais ne connaîtra pas la consécration. Puis son épouse le quitte. Un matin il trouve une demande de rançon sur la voiture de sa belle-sœur, pour un enfant qu’il ne connaît ni d’Adam ni d’Eve ! Il répond à l’adresse mail indiquée et fait ainsi le connaissance d’Alice !
   
   Deux personnages principaux, chacun cassé par la vie, le manque d’argent ou de notoriété, deux perdants du monde actuel. Que faire pour s’en sortir, même si l’on doit franchir certaines lignes blanches, ou jaunes ou rouges ?
   
   Très belle écriture et fine observation des travers de la société libérale qui crée de grosses inégalités. La scène où Alice rencontre Séverine dans un café "branché" est un pur moment de lecture et une très belle description du ridicule du monde de la richesse et du snobisme.
    Un humour un peu désespéré pour égayer des vies tout ce qu’il y a d’ordinaire.
   
   Extraits :
    - Il était incroyablement quelconque. Il essayait d'être à l'aise mais Alice vit qu'il était nerveux et qu'il soit nerveux, bizarrement, ça la rassura.
   
   - Elle pleura parce qu'elle comprit que sa vie, ce serait la misère.
   
   - Elle avait essayé de gagner son fric en travaillant, ça n'avait pas marché. Le travail ne rapportait rien, c'est un mensonge qu'on faisait à ceux qui travaillaient. Le travail vous maintient tout juste dans la survie mais vous laisse à la merci des vicissitudes de l'existence.
   
   - Non… Et si quelqu'un avait enlevé un bébé devant la crèche, je serais au courant, tout le monde en aurait parlé !
   
   - Les filles, bien entendu, se mirent à l'intéresser. Pas toutes les filles, seulement les grandes filles belles et inaccessibles.
   
   - Tom fut d'ailleurs un peu déçu par cet accent du Midi, il n'avait pas imaginé qu'un éditeur sérieux puisse avoir un accent du Midi.
   
   - Il savait qu'il n'avait jamais vraiment désiré cette petite femme aux cheveux frisottants d'un vrai désir brûlant et impétueux et qu'au fond de lui, le feu qui s'était allumé pour Charlotte des dizaines d'années plus tôt ne s'était jamais éteint.
   
   - Je me demande si tu ne vas pas un peu loin… C'est peut-être exagéré par certains côtés… Mais bon… Sinon, ça sonne pas mal…
   
   - Tous, à leur façon, avaient détruit sa vie, lui avaient volé son destin, l'avaient jeté à la rue.

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critique par Eireann Yvon




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Absurde et magnifique
Note :

    J’ai eu un énorme coup de cœur de rentrée pour ce titre de Thomas Gunzig que j’ai absolument dévoré… J’aime véritablement quand un auteur sait manier ainsi la satire sociale, fait pour autant avancer des personnages auxquels on ne peut s’empêcher de s’attacher, et en profite pour égratigner le monde du livre et ses travers médiatiques. J’ai vu également un clin d’œil au fabuleux destin de JK Rowling dans ce livre, mais là je spoile un peu.
   
   Vous l’aurez compris, Feel good n’est pas vraiment un roman Feel good, mais un roman qui sait s’amuser de la mise en abyme, s’amuser des codes du roman Feel good, s’amuser du lecteur, s’amuser tout court. A priori, je déteste utiliser des termes éculés comme "jouissif" ou "une claque" mais ils collent parfaitement cette fois-ci à mes ressentis. Je les garde quand même entre guillemets (n’exagérons rien), il ne faudrait pas s’habituer.
   
   L’histoire ? Alice, vendeuse de chaussures, se retrouve du jour au lendemain sans travail. Mère d’un jeune garçon, déjà marquée par une enfance où tout était compté, la voici, la quarantaine bien tassée, au bord du gouffre financier. Ni une ni deux, elle décide de kidnapper un bébé afin de réclamer une rançon. Mais ce bébé ne semble appartenir à personne, et surtout pas au père présumé, Tom, qui s’étonne qu’Alice lui réclame de l’argent. Lui, est un écrivain au succès très mitigé, qui écrit des romans un peu bizarres, publiés chez un petit éditeur obscur qui garde tout de même confiance en son auteur. Les parents de Tom lui ont toujours affirmé qu’il était exceptionnel et voué à un destin similaire. Aujourd’hui, Tom doute. Sa femme et sa fille ont quitté la maison, le voici seul, et lui aussi au bord du gouffre financier. Le message d’Alice arrive donc à point nommé. Il propose à Alice de raconter son histoire. Mais Alice a une meilleure idée, celle de fomenter un braquage, un braquage littéraire…
   
    Je ne vous en dirai pas plus sur l’intrigue car ce roman a avant tout le talent de très bien décrypter notre société et notamment la précarité sociale. J’ai été très impressionnée, moi qui ai parfois connu le chômage et le manque d’argent dans ma vie, de voir combien l’auteur a su rendre ce sentiment d’étouffement que l’on ressent alors, la honte et l’anxiété du quotidien. J’ai aimé aussi sa vision du milieu littéraire. Il pointe d’ailleurs du doigt les dérives actuelles qui font du livre un objet de mode jetable (à son détriment futur ?). Certains passages sont d’ailleurs hilarants de vérité. Bref, ne passez pas à côté de ce roman absurde et magnifique, drôle, étonnamment aussi souvent émouvant, vous ne regretterez pas le voyage !
   
   
   "Il me fallait de l’argent, c’est tout. Peut-être qu’ici personne n’a connu ça, le besoin d’argent. Le vrai besoin d’argent ! Pas de l’argent pour vivre, mais de l’argent pour survivre. Et à un moment, pour cet argent, j’ai tout essayé. J’étais prête à travailler, j’étais prête à faire n’importe quoi. Mais c’est simplement qu’il n’y avait plus de travail. Et quand il y en avait, ça ne me permettait même pas de survivre. Ce n’est pas que je voudrais être riche, j’aurais rien contre, évidemment, mais c’était pas le but. C’est juste que le monde étant comme il est, on ne sait pas y vivre sans argent. Et si vous ne me croyez pas, vous n’avez qu’à essayer. C’est juste pas possible."

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critique par Antigone




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Galères
Note :

    Après une enfance sans manquer d'argent mais sans en avoir de trop, Alice se démène pour joindre les deux bouts avec son salaire de vendeuse dans un magasin de chaussures. Elle en a marre de devoir toujours compter, compter et calculer, d'être toujours "trop juste". Comble de malchance pour elle, le magasin met la clé sous la porte. Comment faire pour payer de quoi à manger à son fils, comment régler son loyer ? Elle pense avoir trouvé la solution à ses problèmes d'argent, ne reste plus qu'à l'exécuter .
   
    Tom lui, galère en étant qu'écrivain. Ses livres ne se vendent pas ou trop peu, sa femme vient de le quitter. Il continue de croire qu'un jour son génie littéraire éclatera au grand jour et lui permettra de couler des jours heureux et paisibles. Si le plan d'Alice fonctionne au départ rapidement, elle se retrouve embarquée dans une situation qui la dépasse et la met sur la route de Tom.
   
    Thomas Gunzig égratigne avec cynisme le monde de l'édition et tout ce qui gravite autour. Mais ce livre est surtout un roman social très révélateur d'une précarité, des injustices et des inégalités sans être plombant. On sourit et on tourne les pages avec envie et entrain ! Relevé, drôle et légèrement barré, ce roman est surprenant. Il joue sur les codes du feel good, dévoile pour notre plus grand plaisir les coulisses du monde littéraire actuel et met le doigt sur la souffrance bien réelle de ses personnages. C'est parfaitement réussi !
   
   Être pauvre dans un monde de riches, c'est encore pire que d'être pauvre dans un monde de pauvres.

critique par Clara et les mots




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