Lecture / Ecriture
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A crier dans les ruines de Alexandra Koszelyk

Alexandra Koszelyk
  A crier dans les ruines

A crier dans les ruines - Alexandra Koszelyk

Tchernobyl
Note :

   Rentrée littéraire 2019
   
   ❤ Voici mon deuxième coup de cœur de cette rentrée littéraire. Un coup de cœur pas aussi évident qu’il peut le paraître. Car oui, effectivement, je connais Alexandra depuis une éternité, en tant que copine blogueuse, mais aussi organisatrice de l’atelier d’écriture auquel je participe régulièrement… J’étais donc très enthousiaste à l’idée de découvrir son premier roman. Et justement, ce n’est pas si facile de se laisser entraîner par une écriture quand on connaît si bien l’auteure… et je dois dire que recevoir ce titre, ce premier roman tellement attendu, a été l’objet d’une grande émotion. Dans cet état, je n’ai pas apprécié tout de suite ma lecture. J’ai dû en réalité m’arrêter à plusieurs reprises (je vous dis tout), car je faisais bien trop attention à la tournure des phrases, à ce que je reconnaissais des thèmes fétiches d’Alexandra (à ses tics de langage ?) pour me laisser prendre par l’histoire. Il y avait des oh et des ah, et des "comment a-t-elle fait pour imaginer et décrire tout ça ?" Il a donc fallu faire une pause, et j’en ai été bien mortifiée. J’ai repris son livre, une quinzaine de jours plus tard, et cette deuxième tentative a été la bonne… ouf ! J’ai oublié Alexandra pour m’intéresser enfin à Léna, son héroïne.
   
   Nous sommes en 1986, Léna vit avec ses parents à deux pas de la centrale, dans la ville de Pripiat. Lorsque la catastrophe survient à Tchernobyl, ses parents quittent la ville, la séparant d’Ivan, le jeune garçon dont elle est proche depuis toujours et dont elle a frôlé les lèvres pour la première fois il y a peu encore. Convaincue qu’il est mort, elle tente de refaire sa vie en France, en Normandie, comme ses parents le souhaitent. Mais un vide persiste en elle, qui va la poursuivre jusqu’à l’âge adulte, moment où elle décide de retourner sur les lieux de son enfance. La zone est depuis devenue un lieu touristique, malgré le danger des radiations. La nature a repris ses droits, et les ruines de Pripiat fascinent. Mais, plus que d’être un roman sur Tchernobyl, A crier dans les ruines nous parle du déracinement, de l’appel des origines, et du pouvoir des schémas familiaux. Ce qui va sauver Léna de la vie terne à laquelle elle se destine avec résignation, c’est sans conteste la littérature et la mythologie, les contes, la force des mots. La présence du personnage d’Antigone (Sophocle,) page 116, en est un exemple frappant, exemple qui ne pouvait m’échapper. Comme beaucoup de jeunes filles discrètes, aux parents taiseux, ou stricts, Léna se construit à travers ces figures de papier, fortes et émouvantes. Elle mettra pour autant du temps à se rendre compte qu’elle peut aussi agir et essayer de retrouver cette part amputée d’elle même qui lui manque depuis trop longtemps. Et c’est ce que j’ai aimé dans le roman d’Alexandra, toute la part onirique qui parcourt son texte, la présence de cette amie, Armelle, qui croit à la magie celte… la poésie qui regorge à chaque page. J’ai eu beaucoup d’admiration, tout au long de ma lecture, pour la qualité de son récit, sa force, les portraits complexes des personnages qu’elle nous permet de rencontrer, et la beauté des images qu’elle nous transmet. Si vous avez aimé lire Thomas Vinau par exemple, dans ce qu’il évoque poétiquement de la nature, ou imaginer la fin du monde dans le Trois fois la fin du monde de Sophie Divry (gros coup de cœur de l’an dernier), ce livre est fait pour vous, foncez !
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critique par Antigone




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Pour un public adolescent
Note :

   "De nous deux, c'est moi la morte. J'ai oublié d'où je venais, comment pourrais-je savoir où aller?"
   

   En 1986, quelque part en Ukraine, Léna et Ivan ont construit un lien d'amitié exceptionnel. Ils partagent tout, ne font qu'un, on ne peut les imaginer l'un sans l'autre. La terrible catastrophe de Tchernobyl, le 26 avril de cette même année, va hélas tout bouleverser et séparer brutalement les deux adolescents : Léna fuit avec sa famille vers la France tandis qu'Ivan est contraint de rester sur place. Ils ne cessent penser l'un à l'autre pendant de longues années, tout en tentant de se reconstruire : Léna réussit brillamment son intégration, devient enseignante, rencontre un homme qui s'appelle lui aussi Yvan mais Tchernobyl et son ami -amour-d'enfance, qu'elle croit mort, continuent de la hanter. Quant à Ivan, il a survécu et écrit sans cesse à Léna, espérant son retour, sans jamais poster ses lettres...
   
   II est très délicat d'évoquer le premier roman d'Alexandra Koszelvyk encensé par la blogosphère, blogueuse elle-même, sans rejoindre le concert de louanges dont il fait l'objet. Je dois cependant me situer à contre-courant de l'enthousiasme général si je veux être sincère.
   
   Je ne suis ni amatrice de romance ni férue de littérature jeunesse. Sans aucune volonté de dénigrer l'une et l'autre, les deux réunies m'ennuient très vite. A crier dans les ruines, malgré l'érudition de l'auteure me semble destiné à un public adolescent, ce que clairement je ne suis plus, et raconte une mignonne histoire d'amour entre deux jeunes, certes contextualisé pour lui donner du corps, mais qui m'a laissé totalement en dehors.
   
   Ça n'était pourtant pas si mal parti : le roman démarre avec l'arrivée de Léna, devenue adulte, sur les lieux de la catastrophe. Un retour aux sources assez intrigant. L'émotion et la tension sont palpables : sur place la nature a repris ses droits depuis l'incendie, mais Tchernobyl reste encore et toujours la zone de tous les dangers. C'est ensuite -assez vite- que ma lecture se gâte et que je me lasse : l'écriture trop travaillée avec métaphores en abondance souvent maladroites, mythes et légendes à profusion, références littéraires à n'en plus pouvoir, finit par m'agacer, tout comme le romantisme échevelé des deux héros qui me fait définitivement décrocher. Le mieux étant l'ennemi du bien, j'aurais aimé plus de simplicité et moins d'effets stylistiques, moins de démonstration, de volonté de bien faire, de bien écrire, davantage d'émotions et de non-dits. L'ensemble est trop chargé, trop explicite, trop... littéraire.
   
   On sent que l'auteure a mis beaucoup d'elle-même dans ce premier roman et je lui souhaite sincèrement de réussir, après tout il ne s'agit là que de mon opinion, mais comme disent les frères Dupondt, "je la partage"
   
   "Au mot exil s'accole le mot "valise". Celle qu'on porte, qu'on traîne le plus précieux des biens. La valise est une maison miniature. La famille de Léna n'emportait rien."

critique par Une Comète




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