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La fortune est un fleuve de Roger D. Masters

Roger D. Masters
  La fortune est un fleuve

La fortune est un fleuve - Roger D. Masters

Léonard de Vinci et Machiavel
Note :

   La fortune est un fleuve s’intéresse à un fait peu connu de l’Histoire, la tentative de détournement de l’Arno pour faire de Florence un port maritime, projet qui réunit deux célèbres figures de la Renaissance Italienne, Léonard de Vinci et Nicolas Machiavel.
   
   Ces deux grands hommes se sont connus à la Cour de César Borgia en 1502. Machiavel qui occupait alors le poste de deuxième conseiller à la Signoria de Florence y était envoyé en mission pour négocier avec César Borgia, fils du pape Alexandre VI. Léonard de Vinci y était employé comme ingénieur et architecte notamment dans la conception des fortifications, l’architecture urbaine et les techniques militaires.
   Tous deux rentrent ensuite à Florence en 1503 et leur collaboration pour la réalisation de ce projet surprenant, détourner l’Arno de Pise, commence.
   
    Le premier but de ce projet est militaire. Florence vient de subir deux défaites dans la guerre qui l’oppose à Pise. En détournant l’Arno de cette ville et en privant les Pisans d’eau, les Florentins s’assurent de la reddition de la cité ennemie. Mais le but ultime poursuivie par Vinci est de fournir un port à sa ville en rendant le fleuve navigable de Florence à la mer. D’autre part, il prévoit des travaux d’irrigation d’envergure permettant aussi de rendre fertile et productive la nouvelle vallée ainsi créée.
   
   Vinci a conçu trois projets différents mais celui qui est retenu est d’amener L’Arno directement de Florence au Stagno de Livourne. p 142
   
   Si les travaux commencés en 1504 échouèrent, l’on sait que les plans de Léonard de Vinci n’en sont pas la cause. L’ingénieur hydraulicien, Colombino, choisi pour diriger le projet n’était pas à la hauteur et ne respecta pas le plan initial de Vinci qu’il jugeait trop difficile à réaliser. Le manque d’argent, l’insuffisance du nombre d’ouvriers, et peut-être aussi le manque de volonté, l’indécision de Pier Soderini, gonfalonier de Florence, expliquent aussi que le projet fut un échec et eut des répercussions fâcheuses sur leur vie à tous deux.
   
   En dehors de la description très documentée, cartes à l’appui, de ce projet pharaonique, le livre de Roger D. Masters dresse un portrait de ces deux grands personnages et les accompagne tout au long de leur vie, de l’enfance à la mort, une vie mouvementée faite de hauts et de bas, de brillantes réussites et d’échecs qui les laissent démunis. Il présente au lecteur leur œuvre respective, peinture, recherches scientifiques, militaires, pour Vinci, poésie, ouvrages historiques et politiques pour Machiavel. Il décrit leur philosophie respective, leur humanisme dans le tourbillon intellectuel de cette période tourmentée et florissante, leurs différences aussi et ce qui les unit. Et puis, c'est la partie que j'ai préférée, bien sûr, leurs héritages, tout ce que nous devons à ces esprits supérieurs.
   
   Un livre qui présente donc des qualités et de l’érudition mais j’avoue avoir été désagréablement surprise, surtout de la part d’un historien qui se doit d’être objectif, des parallèles établis à deux reprises entre le passé et l’histoire des Etats-Unis pour justifier l’utilisation de la bombe atomique (p 149 et p181) sur Nagasaki et Hiroshima. Choquant !
   
   "L'échec du projet de l'Arno fut une catastrophe pour Léonard de Vinci et Machiavel, comme pour Soderini et le gouvernement de Florence. Buonaccorsi conclut avec tristesse, "cette entreprise coûta sept mille ducats ou plus, parce que, outre les salaires des ouvriers et d'autres choses, il fallut garder sur place un millier de soldats pour protéger les ouvriers des attaques des Pisans." Pour comprendre les implications, il suffit d'imaginer que les bombes atomiques larguées sur Hiroshima et Nagasaki n'aient pas explosé, menant à une invasion longue et onéreuse du Japon par les troupes américaines et à l'abandon de la technologie nucléaire."

critique par Claudialucia




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