Lecture / Ecriture
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La douce indifférence du monde de Peter Stamm

Peter Stamm
  Un jour comme celui-ci
  Comme un cuivre qui résonne
  Agnès
  Paysages aléatoires
  Tous les jours sont des nuits
  Sept ans
  Au-delà du lac
  L'un l’autre
  La douce indifférence du monde

Peter Stamm est un écrivain suisse né en 1963.

La douce indifférence du monde - Peter Stamm

L'étrangeté des souvenirs et des rêves
Note :

   Christoph, le narrateur devenu un écrivain connu avec le roman d'une rupture amoureuse, revient dans sa petite ville natale afin d'y présenter son livre en librairie. Après la séance et quelques verres, il retourne après minuit dans le complexe commercial où se trouve son hôtel, là où il travailla naguère jeune homme. Le portier qui lui ouvre n'est autre que lui-même.
   
   On a compris que la dimension fantastique habite le dernier roman de Peter Stamm. On y retrouve l'atmosphère trouble et mélancolique qui caractérise les écrits de l'écrivain suisse. La scène reprise ci-dessus n'est relatée que plus loin dans le récit. Au début, Christoph vieillissant donne rendez-vous à une jeune femme, prénommée Lena, qu'il a croisée par hasard et qui ressemble fort à l'amoureuse d'il y a vingt ans : Magdalena, celle qu'il a racontée dans son roman. Lena lui dit qu'elle fréquente un jeune homme prénommé Chris, en train d'écrire aussi un livre et dont la vie ressemble à celle que Christoph a vécue lui-même une génération auparavant. Le couple qu'il formait avec Magdalena semble revivre sous deux autres entités qu'il va croiser et poursuivre.
   
   L'objet du récit de Stamm n'est pas le fait rebattu du voyage temporel, comme le fit Richard Matheson dans Le jeune homme, la mort et le temps ("Bid time return"), livre de science-fiction qui, passé le frisson de la plongée dans le passé pour y retrouver une femme désirée, lasse très vite .
   
   La douce indifférence du monde est une histoire bien plus subtile. La Croix écrit : "La réalité est bien là, mais aussi, d’abord, comme leurre, façade ou décor. Elle est pour ainsi dire dépassée par la force des sentiments, des souvenirs, des rêves… Quant à la vérité, elle est instable, en fuite perpétuelle." Le personnage confronté à un réel perturbant dégage un sentiment d'inquiétude face à des "revenants", à la fois homologues et distincts, presque indifférents. Ceci installe une forme de distance étrange que souligne le titre tiré des dernières lignes de L'étranger de Camus: "... devant cette nuit chargée de signes et d’étoiles, je m’ouvrais pour la première fois à la tendre indifférence du monde."
   
   La maîtrise que Stamm manifeste pour mener cette histoire de doubles est impressionnante, il en joue jusqu'aux limites de la confusion, d'une manière que la traduction ne galvaude pas, sans jamais induire une seule impasse logique mais des superpositions subtiles surgissent qui donnent le vertige, et si l'on pense soudain avoir perdu ses repères, on retrouve tôt le fil d'une cohérence, néanmoins soutenue par un réel équivoque. C'est de la virtuosité.
   
   Rencontre du présent et du passé, ricochets du destin, le récit est enclos entre deux chapitres saillants, l'un inaugural, l'autre tout à la fin – il serait maladroit de les dévoiler – qui donnent à ce roman une signification et un supplément esthétique qui en font une merveilleuse lecture méditative.

critique par Christw




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