Lecture / Ecriture
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Palais lointains de Abilio Estévez

Abilio Estévez
  Palais lointains

Abilio Estévez est né en 1954 à La Havane où il vit toujours assez modestement. Il a écrit des poèmes, des nouvelles, du théâtre et des romans.

Son premier roman, intitulé «Ce royaume t'appartient », lui valut une reconnaissance internationale.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Palais lointains - Abilio Estévez

Douter de la réalité
Note :

   " Palais lointains" est le second roman d’Abilio Estévez.
   
   C’est un roman assez étrange, porté par une belle écriture et une puissance poétique indéniable. Je dis "assez étrange" parce qu’assez rapidement il devient impossible de savoir si l’histoire est réputée réelle, comme il semble sous-entendu, ou s’il s’agit d’un rêve, voire…, je me le suis demandé, de "mémoires d’outre-tombe ". Nous admettrons donc tout simplement qu’il y a plusieurs niveaux de lecture et tout le monde sera content.
   
   Quel que soit le niveau auquel elle se situe, voici les grandes lignes de cette histoire :
   Nous découvrons Victorio, que nous suivrons jusqu’à la fin du livre, qui survit, dans un état de misère extrême dans un immeuble croulant de La Havane. Intellectuel, homosexuel, rêveur et guère tenté de s’en tenir à la sordide réalité qui l’entoure, il se réfugie parfois dans un monde imaginaire. Ce que l’on comprend sans peine.
   
   Dès le début du livre, il perd ce seul bien dont il pouvait jouir : un abri. Puisque l’immeuble, amplement insalubre est détruit. Il brûle ses maigres hardes et part, pratiquement sans rien. Il erre dans les rues de la grande ville dont le rôle dans cet ouvrage est très important.
   Ici, le décor (La Havane) est sans arrêt présent et pèse constamment sur l’histoire. Parce que c’est une ville de misère, de luxe perdu dont les races transparaissent partout, de sensualité forte (fenêtres toujours ouvertes sur les intimités), d’injustice (loi du plus fort) et de violence. Un climat, de chaleur étouffante et humide, qui rend tout encore plus difficile. Une ville à laquelle Victorio est bien évidemment totalement inadapté. Et il suit cette pente sans désespoir, avec un fatalisme qui est sans doute le vrai anéantissement.
   
   Il va, assez rapidement dans cette nouvelle existence de vagabond, à la fois développer des techniques de survie (les coins où s’abriter, ceux où trouver un peu de nourriture) et perdre le peu qu’il lui restait. On sent cependant que la balance ne s’équilibre pas et qu’il décline au point qu’à un moment, je n’ai plus été sûre qu’il ne fût pas mort.
   
   Au cours de ce vagabondage, il fait deux rencontres étranges : un vieillard qui est un clown chenu mais de talent et qui s’est mis en tête de faire rire là où la tristesse a le mieux su s’imposer (funérariums, hôpitaux etc.) Moi, l’idée m’a parue… hum, hum. Mais à l’auteur, apparemment pas.
   
   Seconde rencontre, Salma, jeune, très belle, prostituée, bientôt à la rue elle aussi. Vivante ? Jusqu’ à la fin ?
   
   Ils vont se lier tous les trois, non pas d’amour, mais d’amitié et ce, dans un lieu inimaginable : un luxueux théâtre baroque, ignoré de tous et caché au cœur de la ville. (mais qu’est ce lieu ?) Ils vont également avoir à lutter contre une incarnation humaine du mal qui croisera sans cesse leur chemin: El Niegro Piedad, dit Saintsuaire. Personnage beau comme le diable et si extrême que l’on peut là encore s’interroger sur sa " réalité".
   
   Ces rencontres, ces errances, ces actions – car les clowneries vont de plus belle- amènent de nombreux échanges et réflexions sur la vie, la mort, et ce qui fonde une vie humaine. Et je le répète, on est sans cesse entre récit et métaphore, ne sachant pas trop de quel côté doit pencher notre compréhension de ce qui nous est narré là.
   
   C’est pour tout cela que ce roman peut bien être qualifié d’ "assez étrange" et également de "très intéressant ".
   Mais je dirais aussi, en pensant à Victorio qui est tout de même le personnage principal, que c’est un livre sur l’absence d’amour, ce truc dont on parle tant et que l’on voit en fait si rarement.

critique par Sibylline




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