Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Cherbourg de Charles Daubas

Charles Daubas
  Cherbourg

Cherbourg - Charles Daubas

Plouf dans la rade !
Note :

   J'ai pris ce livre à la bibliothèque alors que je n'avais jamais entendu parler de son auteur dont c'est le premier roman, à cause du titre en premier lieu car je connais bien Cherbourg et en plus, je l'aime ; à cause de la collection blanche de Gallimard qui me semblait gage de grande qualité et là, disons-le en espérant ne vexer personne, j'ai revu mon a priori à la baisse.
   
   De Charles Daubas, je continue à ne rien savoir sinon qu'il est un "urbaniste né à Hong-Kong en 1981", comme nous le confie la quatrième de couv. J'aimerais bien connaître ses liens avec Cherbourg dont il nous fait un portrait ni juste ni faux, entendez, il voit des choses que tout le monde peut voir (donc c'est juste) et il les interprète à sa manière sans en envisager d'autres (donc une vision parmi d'autres possibles).
   
   Avant d’embarquer le bouquin (c'est que j'en ai d'autres en attente), j’avais lu sur place la première page et cela me semblait vraiment bien parti. C'était beau.
   Et beau, cela le sera toujours tant qu'il s'agira de descriptions.
   "Depuis la mer, on dirait tout juste une ville. Un rivage étendu de maisons blanches qui écarte les bras pour tenter d’attraper ce qu’il peut de l’océan. Le corps atrophié, à peine ancré à la terre, Cherbourg convoite l’horizon et la mer de ses deux membres immenses, deux digues de pierre élancées au milieu des flots."

    Là, bravo, une vue poétique, originale et "picturale" qui m'a carrément emballée et que j'allais lire plusieurs fois, partout où j'en trouverai, jusqu'à la fin du livre. Et jusqu'au bout, dix sur dix aux descriptions, exercices de style si négligés de notre époque. Là, elles sont une vraie réussite. Mais pour le reste... Les dialogues... Au mieux, quelconques, parfois, peu clairs. Des phrases brèves... ah oui, cela fait langue orale, mais justement, les bons dialogues dans un livre ne sont pas de la vraie langue orale. Des dialogues qui à eux seuls suffiraient à nous faire perdre tout intérêt pour l'histoire.
   
   Parlons-en de l'histoire ! C'était pourtant bien parti : Des morceaux de la démolition de certaines barres de la ZUP reparaissent en mer quelques kilomètres plus loin, près d'une digue qui justement s'est écroulée pour une raison inconnue. Et ils flottent, ce qui n'est pas courant pour du béton. Ils sont par ailleurs couverts d'une substance bizarre. Quant à la digue, son écroulement dans une brume "étrange" aurait peut-être fait une victime, mais on n'a qu'un seul témoin, pas trop fiable, et pas de personne disparue...
   
   Vous l'aurez compris, on est tout près des sous-marins nucléaires et du Centre de stockage de déchets radioactifs de la Hague, de la centrale nucléaire de Flamanville aussi, bref beaucoup de nucléaire dans le secteur et les zones militaires où la Grande Muette est seule à aller voir. Ici, du fait de la disparition soupçonnée d'un adolescent, la police, du moins une policière, tente d'y mettre son nez. Mais l'affaire tourne court, la mère du disparu déclarant qu'il "est dans la Pyrénées avec son père". Et bien sûr, l’inspectrice, Frédérique, notre héroïne, ne vérifie pas...
   
   C'est que l'histoire si bien partie devient tout de suite à peu près n'importe quoi. J'ai lu quelque part que le dénouement était étonnant, en effet, il l'est. Je dirais même invraisemblable. Ni la vraisemblance psychologique, ni la vraisemblance objective ne sont respectées. Quant aux autres divers mystères, eh bien vous en conclurez ce que vous voulez car les explications, dans le meilleur des cas, n'iront pas au-delà de quelques sous-entendus.
   
   Les personnages ? Eh bien là non plus, ça ne marche pas. L'héroïne bien qu'ayant tous les marqueurs d'un esprit libéré bien dans l'air du temps (ce qui agace, c'est du conventionnel par inversion), ne convainc pas et charme encore moins. Elle n'est pas sympathique. Elle ne s'explique pas avec les gens avec lesquels elle devrait s'expliquer, elle communique peu, affiche un humanisme de pacotille qui ne convainc pas, elle décide seule ce qui devrait l'être à plusieurs, a des avis tranchés sur les questions les plus délicates. On ne suit pas son raisonnement qu'elle n'exprime pas, juste ses pas. Et pire pour une enquêtrice, elle semble entretenir le flou plutôt que l'éclaircir.
   
   Bref, pas vraiment apprécié cette énigme cherbourgeoise malgré la belle promenade et j'espère que Charles Daubas ne va pas tenter de faire de son inspectrice un personnage récurrent ; mais j'espère tout autant le lire à nouveau, pour la belle écriture poétique, dans un autre genre de littérature! L'avenir nous dira.

critique par Sibylline




* * *