Lecture / Ecriture
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Contours du jour qui vient de Léonora Miano

Léonora Miano
  L'intérieur de la nuit
  Contours du jour qui vient
  Tel des astres éteints
  Soulfood équatoriale
  Les aubes écarlates
  La saison de l'ombre
  Crépuscule du tourment

Léonora Miano est une écrivaine camerounaise vivant en France. Elle est née à Douala en 1973.

Contours du jour qui vient - Léonora Miano

Les mésaventures de Musango
Note :

   « Ici, les contes ne servent pas à endormir, mais à réveiller.» Cette sentence résume l'esprit du livre de Léonora Miano. Il s'agit d'ouvrir les yeux de Musango, fille d'Ewenji, sur ses origines personnelles et sur les maux de l'Afrique. De lui faire découvrir « les contours du jour qui vient » en vivant comme un douloureux rite de passage.
   
   L'histoire de Musango est celle d'une fille chassée par sa mère sur les conseils de Sésé, « la diseuse de nos mésaventures ». Musango avait neuf ans, elle en a maintenant douze et raconte, à l'adresse de cette mère tutoyée d'un bout à l'autre du récit, les évènements qui ont peuplé ces trois années passées à la haïr et à se préparer à la retrouver. Ewenji a été violente à son égard quand elle s'est aperçue que le père était mort sans rien lui laisser en héritage n'étant pas une épouse légitime. Adieu les robes et les parfums de luxe. À son tour, Ewenji s'est retrouvée à la rue et sa fille errante est tombée entre les griffes d'une secte évangélique liée à un réseau de prostitution. Musango a pu s'échapper du village où les filles sont détenues, puis de l'église de la secte dans la capitale, avant de rejoindre sa grand-mère près des ordures du bidonville d'Embényolo. L'aïeule lui révèlera les secrets de ses origines et la confiera à Mbalè, un adolescent qui la mettra sur la piste de sa mère.
   
   Le Mboasu, imaginaire pays d'Afrique équatoriale où l'action est située, porte la marque réelle et abominable de la traite négrière : « Nous ne pourrons jamais lire l'obituaire des disparus sans sépulture qui forment une nation sous les flots.» La colonisation, non contente de piller la terre a imposé une culture étrangère et la décolonisation a ensuite dégénéré en guerre civile. Les cadavres traînent dans les rues en attendant la fosse commune. Sur ces ruines des valeurs traditionnelles, prospèrent les sectes.
   
   Le "Soul Food" est une ancienne boîte de nuit devenue "centre de rééducation spirituelle". Aux "Portes ouvertes du Paradis" officient les ambitieux disciples de Papa et Mama Bosangui : Lumière, Don de Dieu, Colonne du Temple et Vie Éternelle. Ils séquestrent des filles en attendant de les expédier "faire l'Europe", après les avoir prétendument "purifiées". Soutenue par son ancienne institutrice, Musango parvient à échapper à cette secte après avoir retrouvé dans la chorale des "Fruits du Paradis", non pas sa mère, mais sa tante Épéti.
   
   Avec ce second roman superbement écrit, Léonora Miano nous plonge à nouveau "à l'intérieur de la nuit" africaine. Elle en exhume à la fois les tristes figures, celles des bandits sanguinaires et des prédicateurs ripoux, et celles des aïeules porteuses de la sagesse africaine. On y invoque Nyambey aussi bien que "Celui qui est tout ce qui est". Attention tout de même aux sortilèges qui sont dans les besaces de Lumière et avant d'entrer gare "aux maléfices du seuil" : …c'est édité chez Plon.
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critique par Mapero




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Une quête
Note :

   C’est une petite fille, Musango, qui nous raconte sa quête. Elle cherche l’amour de sa mère qui l’a rejetée quand elle était encore toute jeune. C’est en Afrique dans un pays imaginé, le Mboasu, pays sortant d’une guerre que cette mère a abandonné son enfant. C’est cette enfant qui nous parle de ce qu’elle vit alors.
   
   Elle s’adresse à sa mère et s’explique les raisons superstitieuses qui l’ont poussé à la rejeter. Elle raconte ensuite ses trois années recluses à seconder Kwédi qui s’occupe de jeunes filles perdues en partance pour l’Occident et ses espoirs. Puis elle s’échappe. Elle découvre alors l’univers des sectes. Puis elle s’échappe. Elle est recueillie et retrouve son ancienne école et sa directrice qui l’aide. Elle croise à nouveau Kwin, puis Mbambé, puis Mbalé…
   
   Par la voix de Musango, l’auteur nous dit plein de choses dans un texte dense qui parle d’Afrique, qui parle de relation mère-fille, qui parle de réalisation personnelle… C’est touffu sans être illisible. C’est admirable d’équilibre entre l’histoire romancée de l’héroïne et les considérations sur la vie et l’Afrique.
   C’est sans concession sur une certaine Afrique capable de comportements insupportables vis-à-vis d’enfants, vis-à-vis de voleurs de rue… Mais on y rencontre des personnages exemplaires tel Kwin capable de protéger ceux qui sont rejetés par tous.
   
   Le thème central est la relation mère-fille. Relation dont l’enfant ne peut se passer même en cas de rejet. Relation qui construit ou détruit. Le livre en est rempli. On rencontre une fille et sa mère «l’une sur l’autre», une fille et sa mère «dans une famille nombreuse»
   
   Enfin c’est un livre sur la vie, démontrant que n’importe quelles circonstances positives ou négatives de la vie n’empêchent l’obligation qu’a chacun de construire sa propre histoire.
   
   J’ai aimé, comme dans mon autre lecture de Léonora Miano «tels des astres éteints», la densité de ce qui est exprimé. L’histoire est là mais elle est accompagnée de toute une pensée.
   
   C’est une lecture exigeante et épanouissante.

critique par OB1




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