Lecture / Ecriture
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Femme masquée de Anne-Laure Thieblemont

Anne-Laure Thieblemont
  Femme masquée

Femme masquée - Anne-Laure Thieblemont

Bien mal acquis...
Note :

   Lorsqu’elle rentre chez elle, Audrey Lambert est stupéfaite et suffoquée. Sa sœur Catherine est recroquevillée dans sa pièce, tenant dans ses bras un tableau de Seurat et leur femme de ménage, Ottavia, est dans le coma. Un vol sans aucun doute qui s’est mal terminé.
   
   Catherine refuse d’alerter la police car leur père, collectionneur et marchand d’art n’avait jamais assuré les tableaux et objets de valeurs qu’il possédait, n’ayant aucune preuve d’achat. Certifications et autres papiers nécessaires pour les déclarations lui manquant. Il existe bien une alarme, mais Catherine, psychologue, la débranche lorsqu’elle reçoit ses patients.
   
   Les deux sœurs sont totalement différentes, aussi bien physiquement que psychiquement. Et parfois cela crée des heurts. Audrey se demande bien pourquoi Catherine tient autant à ce tableau de Seurat alors que d’autres, peut-être plus prestigieux, manquent à l’appel. Audrey, qui tient un stand sur les Puces de Saint-Ouen, réparant et embellissant des objets décoratifs, n’a pas la force de caractère de sa sœur, pourtant lorsqu’elle aperçoit Jean Darrieux en compagnie de Catherine, elle peste. Elle n’aime pas celui qui fut l’associé de son père.
   
   Un père et une mère qui se montraient indifférents à son égard et elle se demande toujours si elle les aimait ou non. Mais aujourd’hui ils sont décédés et les deux sœurs, toutes deux divorcées, vivent seules dans le grand hôtel particulier qui leur a été légué, au milieu de tableaux et d’objets d’art constituant une véritable richesse.
   
   En examinant bien le revers du Seurat, du tableau signé Seurat je précise, Audrey est intriguée par une inscription comportant lettre et chiffres. Elle se renseigne auprès d’un spécialiste, un galeriste qui lui fournit sans problème l’explication de cette sorte de rébus. Ce qui l’amène à approfondir son enquête dans les milieux de l’art, à la célèbre salle Drouot, mais également en Suisse ou à Montcalm dans le Gard.
   
   Et cela ne sera pas sans incident car elle est persuadée être suivie. Mais qui peut ainsi en vouloir à cet héritage paternel acquis d’une façon fallacieuse ? Et pourquoi ? Une quête qui interfère entre relations familiales et l’origine de ces biens obtenus durant la Seconde Guerre mondiale.
   
   Une plongée dans l’histoire proche qui joue sur deux tableaux. L’origine des œuvres d’art, leur acquisition mais également la lente dégradation relationnelle entre deux sœurs que tout oppose.
   
   Cette histoire dans l’Histoire, qui intéressera les amateurs d’art pictural mais pas que, n’est pas souvent traitée dans les romans policiers. Pour mémoire citons Maudits soient les artistes de Maurice Gouiran qui abordait ce sujet, mais Anne-Laure Thiebelmont va plus loin dans cette introspection.
   
   Ce n’est pas déflorer l’intrigue que de dire que la spoliation des détenteurs juifs de tableaux de maîtres est l’un des ressorts de cette intrigue, mais c’est bien tout ce qui tourne autour qui donne son sens à cette narration fluide.
   
   Mais pour l’auteur, spécialiste en la matière, c’était un peu se comporter en fildefériste qui se produirait en sabots. En effet l’histoire se déroule dans les années 2010 ou 2012. Un des protagonistes déclare être en partie responsable de ce qui est arrivé soixante-dix ans auparavant. En 1940 donc ou 1942. Or il est délicat de remonter si loin et de retrouver des témoins de cette époque ayant activement participé à quelques-uns des événements. Et d’autres détails de dates me turlupinent, mais je vous laisse le soin de chercher ce qui pour moi est une erreur, mais qui en fin de compte ne l’est pas. Peut-être.
   
   L’auteur aurait pu m’éclairer sur ces écarts mais elle est décédée en 2015. Hélas !
   
   Quoiqu’il en soit, malgré mes toutes petites réserves, il reste que ce roman qui prend sa source dans des faits réels avec des personnages évoqués ayant réellement existé, est une admirable introduction à un épisode plus ou moins méconnu de la Seconde Guerre Mondiale, ce que l’on pourrait qualifier de détail parmi les atrocités commises, lesquelles ont plus retenu l’attention des historiens en général.

critique par Oncle Paul




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