Lecture / Ecriture
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La pharisienne de François Mauriac

François Mauriac
  Le désert de l’amour
  Le mystère Frontenac
  Genitrix
  Le Sagouin
  Thérèse Desqueyroux
  La pharisienne

François Mauriac est un écrivain français né en 1885 à Bordeaux et décédé en 1970 à Paris.
Il fut élu à l'Académie française en 1933 et reçut le prix Nobel de littérature en 1952.

La pharisienne - François Mauriac

Celui qu'on ne lit plus
Note :

   S'il faut citer un maître pour donner vie à des personnages, c'est bien François Mauriac. L'effet est d'autant plus vif que ces êtres viennent de sphères visitées naguère, première moitié de siècle un peu poussiéreuse, ces univers de lectures de jeunesse, quand on dévorait des romans au coin du feu, les devoirs un peu bâclés, ou dans les draps, parfois à la lampe de poche, refoulant l'idée du lever pour l'école du lendemain.
   
   J'ai trouvé ce roman (1941) de François Mauriac plus "moderne" que ceux que j'ai lus auparavant. Il propose une construction plus complexe, où le narrateur, Louis Pian, déclare détenir des documents qui étaient le récit: "Au vrai, j'ai survécu à la plupart de mes héros dont plusieurs ont tenu dans ma vie une grande place. Et puis, je suis paperassier de nature et détiens, outre un journal intime (celui de M. Puybaraud), les agendas que Mirbel avait trouvés dans la succession de M. Calou. Par exemple, j'ai en ce moment sous les yeux la lettre que l'abbé relisait, [...]". Plus loin : "Si c'était un roman que j'écrivais ici, ce Malbec serait un type amusant à crayonner, [...]".
   

   Un article de "L'information littéraire" (Cairn) souligne à ce propos l'écriture polyphonique de "La Pharisienne": Mauriac y remanie sa technique narrative en réaction aux critiques incisives de Sartre publiées dans la NRF en 1939 ("Dieu n'est pas un artiste, M. Mauriac non plus"), notamment sur son écriture monolithique.
   
    Pour le pitch, je vous renvoie au résumé de l'éditeur. En y ajoutant les frustrations que rencontre Louis, encore enfant, lorsque son ami, la forte-tête Jean de Mirbel et sa propre sœur aînée Michèle, l'excluent de leurs jeux car ils nourrissent l'un pour l'autre des sentiments de "grandes personnes".
   
    Les questions de la foi religieuse ont toujours passionné Mauriac, écrivain fervent catholique. Il se montre critique en dénonçant les limites de la foi pratiquée sans humilité ni discernement, par Brigitte Pian en l'occurrence, la belle-mère de Louis : "... j’ai vraiment centré ce livre autour de la folle dévotion" ("Souvenirs retrouvés" 1981). "La Pharisienne" peut donc être vu comme une satire de la sainteté.
   
    "Était-elle une sainte ? Elle s'y efforçait en pleine conscience et, à chaque pas en avant, défendait contre toute contestation le terrain conquis. Il ne s'était jamais rencontré personne pour lui apprendre qu'un homme, à mesure qu'il fraie sa route vers la sainteté, découvre un peu plus sa misère et son néant et rapporte à Dieu seul, non par dévotion mais parce qu'il cède à une évidence, les quelques bons mouvements que la Grâce lui inspire. Brigitte Pian suivait le chemin inverse, renforçant de jour en jour les raisons qu'elle avait de remercier le Créateur qui l'avait faite créature si admirable."
   

    Pierre Masson, dans une analyse pointue (Persée), veut pénétrer plus avant les êtres de François Mauriac et écrit : "Le refoulement de la sexualité, qui entraîne sa réprobation à l'égard des autres, est clairement désigné chez deux, voire trois personnages: Brigitte, femme "à la nature de feu" qui voit dans toutes ses semblables "des chiennes", Louis le jaloux, obsédé par l'amour de Michèle et de Jean, et même à un moindre degré l'abbé Calou, qui n'hésite pas à briser la liaison d'Hortense Voyod et de son amie, ont à l'égard de la sexualité la même attitude fascinée et répressive qui les amène, supposant le mal partout, à vouloir le prouver pour mieux le combattre ; le refoulé se fait inquisiteur, quand ce n'est pas tyran."
   
   Un film en 1980 (Gilbert Pineau).
   Mauriac prolonge plusieurs personnages dans "L'agneau" (1954).
   Et toujours cet admirable style choisi.

critique par Christw




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