Lecture / Ecriture
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Les gratitudes de Delphine De Vigan

Delphine De Vigan
  No et Moi
  Les heures souterraines
  Rien ne s’oppose à la nuit
  Les Jolis Garçons
  D'après une histoire vraie
  Les Loyautés
  Les gratitudes

Delphine de Vigan est une romancière française née en 1966.

Les gratitudes - Delphine De Vigan

Les attachements profonds
Note :

    Delphine de Vigan poursuit sa réflexion sur les sentiments humains.
    Un an après Les loyautés où elle parlait de l'alcoolisme des jeunes adolescents, elle explore ici la reconnaissance, celle de tous les jours que l'on ne montre pas forcément ou alors trop tard.
    Un texte court met en scène trois personnages qui vont trouver un réconfort dans une affection commune.
    Michka, une vieille dame arrive à un moment douloureux de sa vie où les mots se perdent pour ne plus revenir. Elle ne peut plus rester chez elle et doit aller dans une maison de retraite.
    Désormais, elle reste dans sa chambre. Marie une voisine qu'elle a connue enfant la soutient et lui rend visite.
    Jérôme, l'orthophoniste s'occupe d'elle et essaie que sa mémoire et ses mots continuent de l'habiter encore un peu.
    Mais trop vite, son monde devient petit et Michka ne possède plus l'énergie pour continuer. Les mots lui manquent et les conversations deviennent décousues. La peur survient face à l'inéluctable fin.
    Pourtant sa mémoire résiste et avant de partir, elle voudrait retrouver les personnes qui l'ont sauvée pendant la guerre, elle, la petite juive.
   
    Avec une profonde délicatesse, Delphine de Vigan lie les destins de ses personnages sans entrer dans les détails d'une vie et le lecteur ressent leur attachement profond.
    Chaque personnage reprend la narration pour se répondre, dans un roman d'une grande sensibilité et les non-dits nous touchent alors davantage.
   
    Il est question d'un sujet difficile et douloureux celui de la maladie et de la fin de vie. Les mots qui ne reviennent plus ou mal, le corps affaibli, la peur qui s'installe devant le vide qui arrive et cette vie que l'on ne peut retenir.
   
    Ce n'est pas gai, mais c'est beau. De Vigan transmet la beauté des sentiments dans des personnages attachants et la lecture en est plus lumineuse encore.
    ↓

critique par Marie de La page déchirée




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La Delphine De Vigan que j'aime
Note :

    "Sans le langage, que reste-t-il?"
   

   Michèle Seld, dite Michka, est une dame âgée qui perd peu à peu son autonomie, au point de ne plus pouvoir vivre seule. Atteinte d'aphasie, les mots qui ont occupé toute la vie de cette ancienne correctrice lui échappent à présent, sa mémoire lui fait défaut, elle s'affaiblit de jour en jour. Michka doit se résoudre à intégrer un EPHAD. Autour de Michka, il y a Marie, sa jeune voisine, qui veille sur elle avec tendresse, et Jérôme, l'orthophoniste, pour qui Michka n'est bientôt plus une patiente comme les autres. Pour ces trois là, la gratitude n'est pas un vain mot. Jérôme et Marie auront à cœur d'aider la vieille dame à réaliser son vœu : retrouver le couple qui lui a sauvé la vie, lorsqu'elle était enfant, pendant la guerre...
   
   Après la déception des Loyautés, j'étais à la fois pressée et pas pressée de retrouver Delphine de Vigan. Pressée parce qu'elle fait incontestablement partie de mes auteurs chouchou : je lui dois quelques coups de cœur mémorables. (J'ai de la gratitude moi aussi...) Mais avec les écrivains qu'on aime, il y a aussi la crainte d'être déçue, plus désagréable qu'avec des auteurs qu'on attend moins. Vous me suivez ?
   
   J'ai donc pris mon temps pour découvrir Les gratitudes et hourra, j'ai retrouvé MA Delphine. L'écriture sensible, précise, la délicatesse, l'équilibre dans l'émotion, tout y est : on pourrait pleurer en lisant ce récit de fin de vie, de l'impuissance face à la perte inéluctable, mais Michka est si attachante, si drôle quand elle utilise un mot à la place d'un autre (les trouvailles langagières sont délicieuses), qu'on sourit autant qu'on est ému. J'ai aimé ce parti pris d'aller à l'essentiel (le livre est court, on dirait presque une pièce de théâtre), de privilégier les dialogues : dans un roman où les mots occupent une place centrale, c'est judicieux.
   
    S'il est reproché à Delphine de Vigan de faire dans "les bons sentiments" ("Le Masque et la Plume" pour ne pas les citer, où les chroniqueurs se sont montrés particulièrement féroces envers le livre...) j'ai envie de dire et alors, pourquoi pas? Quand c'est touchant, bien écrit, ni larmoyant ni dégoulinant. Juste sincère et beau. Et que ça fait du bien. Comme ici.
   
   "C'est ça qui change tout, tu sais, Marie. C'est d'avoir peur pour quelqu'un d'autre, quelqu'un d'autre que soi. C'est une grande chance que tu as".
   
   "La fin du corps, on ne sait pas, bien sûr, mais la fin sans la tête, ça a commencé, les mots se font la balle et puis hop."

critique par Une Comète




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