Lecture / Ecriture
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Les groseilles de novembre de Andrus Kivirähk

Andrus Kivirähk
  L'homme qui savait la langue des serpents
  Les groseilles de novembre

Andrus Kivirähk est un écrivain estonien né en 1970.

Les groseilles de novembre - Andrus Kivirähk

Chronique de quelques détraquements dans la contrée des kratts
Note :

    Les kratts, vous connaissiez, vous ?
   
   Bien sûr que non. Vous ne connaissez pas, et moi non plus, puisqu’on parle là d’une "créature" typiquement estonienne, une créature créée de boue, de paille, de chiffons, de bois et accessoirement de quelques gouttes de sang de son créateur, gouttes de sang payées au Diable en guise de reconnaissance de dette, à charge pour le Diable de donner une âme au Kratt. Et pour quoi faire, me direz-vous ? Oh ! Essentiellement pour aller commettre de menus larcins ou tâches inavouables pour le compte du propriétaire. Bon, on est en Estonie là ! Ca n’arriverait pas chez nous…
   Mais comme ils sont malins, nos paysans estoniens, les gouttes de sang ils se débrouillaient pour les remplacer par du jus de groseilles, écrasées au bon moment. Soit dit en passant...
   
   Et des épisodes de ce genre, c’est à jet continu qu’Andrus Kivirähk nous en sert au fil de courts chapitres au rythme nerveux, avec des évènements, des personnages tous plus improbables les uns que les autres. Il est de bon ton de laisser tomber la moralité si l’on veut survivre à cette lecture. Foin de moralité et tout pour la survie, au détriment des autres si besoin !
   D’ailleurs Andrus Kivirähk nous met en garde via une note de l’éditeur :
   "Pour pleinement goûter les charmes de ce roman, il convient de rappeler que l’Estonie a été l’une des dernières régions païennes d’Europe. Elle n’a été conquise et évangélisée qu’au début du XIIIème siècle, dans le cadre d’une croisade menée par des chevaliers allemands. A partir du Moyen Age, les paysans estoniens sont devenus des serfs au service des grands propriétaires fonciers, les "barons baltes". Mais, chez Kivirähk, le peuple n’a rien perdu de son espièglerie et de ses croyances. S’alliant parfois avec le diable, cohabitant dans leurs villages avec les esprits et les monstres les plus divers, les paysans façonnent régulièrement des kratts pour satisfaire leurs désirs et duper de piètres seigneurs..."
   

   Et donc les sorcières exercent leurs talents au grand jour, des démons et autres monstres traversent de temps en temps le village et rôdent de toutes façons dans les bois, et les kratts, les kratts qui se dématérialisent, qui peuvent voler, passer les murailles, ...
   
   Une drôle de vision de l’Estonie au final. Une vie paysanne misérable mais astucieuse. De l’utilité de conserver des groseilles pour le mois de novembre...

critique par Tistou




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