Lecture / Ecriture
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Les yeux au ciel de Karine Reysset

Karine Reysset
  Comme une mère
  Ados: Un automne à Kyoto
  Les yeux au ciel
  La Fille sur la photo

Karine Reysset est une romancière française née en 1974.

Les yeux au ciel - Karine Reysset

Réalisme familial
Note :

   "Mickael Jackson venait de mourir, et ça ne lui faisait rien. Derrière la fenêtre à petits carreaux entrouverte, le cèdre bleu effleurait le toit, les fils électriques. Il faudrait l'élaguer. Il y avait tant de choses à faire, toujours, des choses ordinaires. Assise sur son lit, Lena tenait un body d'une main, une robe à pois de l'autre. Autour d'elle, des piles plus ou moins droites de vêtements, quatre exactement. Une pour Zoé, une pour Théo, une pour Vincent, et une pour elle, évidemment. Il ne fallait pas qu'elle s'oublie. Cela ne risquait pas avec les pensées qui l'assaillaient, des mauvaises pensées. S'il n'y avait eu que ça. Ces derniers mois, elle avait des bouffées, des pulsions, des crises, elle ne savait comment les nommer. Puis elle avait envie de pleurer - souvent même elle pleurait - et de sauter par la fenêtre. Pourtant, elle n'était pas malheureuse, n'avait aucune raison de l'être."
   

   Une famille se retrouve le temps d'un week-end au bord de la mer, à l'occasion de l'anniversaire du grand-père. C'est une famille recomposée, aux multiples éclats et parcours personnels. Les adultes n'en ont pas encore tout à fait fini avec les maux de l'enfance, et les petits-enfants forment un brouhaha réclamant également une part d'attention.
   Sous le regard des autres, chacun sera à même de prendre tout à coup des décisions concernant son avenir. Lena, la mère épuisée, mais aussi Achille, le frère aîné mal aimé, ou Merlin, l'éternel dilettante, mettront à jour le drame qui trente ans plus tôt a marqué à jamais leur enfance...
   
   Voici un livre acheté samedi et déjà dévoré. Il colle parfaitement avec l'ambiance du jour, le week-end étant souvent synonyme de retrouvailles familiales. La couverture me plaisait énormément, le thème était alléchant, et j'ai beaucoup aimé l'écriture simple de Karine Reysset, sa manière très douce et fine de croquer ses personnages. Pour moi, c'est un coup de cœur, car j'ai retrouvé dans ce roman le plaisir que j'ai pu avoir par exemple à regarder le film Le premier jour du reste de ta vie... La maison familiale grouille de vie, on se dispute, on boit, on se serre dans les bras, on se réconcilie, on tombe sur un enfant à chaque coin de couloir, le soleil tape, on a oublié la crème solaire, quelqu'un part sans avoir dit au revoir, on se promet de changer enfin, on cherche sans cesse dans les yeux de ses parents l'assurance d'être aimé pour ce que l'on est.
   
   Les caractères sont réalistes sans être caricaturaux, la douceur est là, le réconfort aussi, toute froideur apparaît très vite comme n'étant que de façade.
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critique par Antigone




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Simplifié, mais plaisant
Note :

   "Stella sentit la boule d'angoisse grossir dans sa poitrine. Elle avait du mal à respirer. Si elle prenait plaisir à nager dans la mer, à marcher sur les sentiers côtiers, à courir sur le sable, c'était auprès de ses parents qu'elle se rechargeait de son stress. Quoi qu'elle en dise, leur avis comptait beaucoup. Elle se mordilla les ongles, son vernis violet n'avait pas très bon goût. Elle était arrivée confiante, mais en franchissant le seuil de la villa, toute sa nouvelle assurance avait volé en éclats, ses peurs était revenues au galop. Ce questionnement incessant qui la taraudait depuis des semaines et qu'elle avait réussi à faire taire bourdonnait à nouveau à ses oreilles, tel un acouphène."
   

   Une famille recomposée se retrouve au complet pour la première fois depuis longtemps à Saint-Lunaire, du côté de Saint-Malo. C'est l'anniversaire du patriarche, Noé, qui les réunit. La vie a dispersé les enfants, le retour au bercail va réactiver des blessures et faire ressurgir de vieilles histoires mal réglées.
   
   Il y a là Achille, issu d'un premier mariage de Noé, avec ses triplés. Sa femme est restée aux Etats-Unis. Achille ne s'est jamais senti accepté par Marianne, la deuxième femme de Noé et il a gardé une rancune à l'égard de son père qui l'a délaissé.
   
   Lena, la fille aînée, mère de deux enfants, est à bout de nerfs, plus rien ne lui convient dans sa vie, elle ne sait pas où elle va, elle se sent vide, plus rien ne la fait vibrer. Merlin, le deuxième fils est un marginal qui a confié sa propre fille à ses parents, incapable de l'élever lui-même. Stella, la dernière vit en couple avec une femme et traverse une crise dont elle ne voit pas l'issue.
   
   Mais le vrai problème dans cette famille, c'est l'absente, celle dont on ne parle pas, mais qui hante tous les esprits. Les quinze jours de retrouvailles permettront peut-être de lui redonner enfin une place.
   
   J'ai pu me dire au cours de ma lecture que décidément cette famille concentrait une gamme de problèmes peu ordinaires, que l'approche des uns et des autres était assez superficielle, mais en fait j'ai passé un très bon moment en leur compagnie.
   
   Que les problèmes soient effleurés laisse place à l'imagination du lecteur, libre de deviner les sous-titres. La fluidité de l'écriture rend la progression de l'histoire simple et agréable et lorsque l'heure de la séparation a sonné, je les aurais bien accompagnés encore un moment tous ces personnages.

critique par Aifelle




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