Lecture / Ecriture
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La mélancolie de la résistance de László Krasznahorkai

László Krasznahorkai
  Sous le coup de grâce
  Guerre et guerre
  La mélancolie de la résistance

László Krasznahorkai est un écrivain et scénariste hongrois de SF, né en 1954.

La mélancolie de la résistance - László Krasznahorkai

Comme il y en a peu dans la vie d'un lecteur
Note :

    Vraiment pas de chance ! Un instinct très sûr me conduit vers les livres moyennement épais - mais ce n'est pas le problème-, d'auteurs pas trop connus -toujours pas de problème, j'aime défricher-, denses (très très) et à longues phrases emberlificotées qui vous happent une fois dedans -là j'en entends qui disent 'longues phrases, adieu', mais des livres dont on ressort un poil assommé en se disant "wahou c'est génial, je dois absolument convaincre la terre entière, un truc pareil, on en rencontre peu dans la vie d'un lecteur".
    Sauf que les billets sur ces livres là sont très très coton à écrire. Citer un passage relativement court, même pas en rêve.
   
    Il fait extrêmement froid quand Mme Pflaum s'installe dans un train bondé devant la ramener chez elle, une petite ville de Hongrie. Bien sûr ce n'est pas le train prévu, il est en retard, et la pauvre dame doit subir une promiscuité haïssable, elle, bourgeoise tranquille habituée au doux confort de son appartement étouffant sous les plantes vertes et les bibelots.
    Arrivée enfin en ville saine et sauve, plus d'éclairage public, les tas d'ordures gelés bloquent les rues, rues et places sont vides, sauf parfois des hommes patibulaires rodant en groupes.
   Mais que se passe-t-il dans le coin?
    Et ce gros camion sur la place, un cirque montrant une baleine empaillée? Et tous ces badauds, attendent-ils de visiter ou quel est leur projet? Violent?
   
    En fait peu de personnages nommés, à chaque chapitre c'est l'un d'eux sur qui tout se focalise, à hauteur d'homme (ou de femme). Par l'un on connaît mieux l'autre, l'histoire se déroule, implacable en dépit de digressions apparentes. Le mystère, le malaise, la peur rodent, toujours l'impression d'obscurité, de nuages. Et ça va péter, forcément.
   
   Des moments grandioses. Valuska, quelque part l'innocent du roman, fait mimer une éclipse de soleil dans un café, par des types déjà bien imbibés. Eszter apprend sur le tas à planter des clous avec un marteau. Mme Eszter tombe vraiment amoureuse. Et ce dernier chapitre, la biologie de la décomposition!
   
    Il faut accepter de se jeter dans le torrent, pour à la fin s'apercevoir de la construction maîtrisée.
   
    "Avant-hier, l'énorme château d'eau situé au fond du parc Göndöcs s'était mis dangereusement - et pendant plusieurs minutes, - à vaciller au-dessus des petites maisons, phénomène qui -selon les dires d'un expert, le professeur de mathématiques et physique du lycée, responsable du laboratoire d'astronomie installé au sommet de la tout, lequel, interrompant une longue partie d'échecs solitaire, avait dévalé l'escalier, respiration coupée, pour propager la nouvelle - était totalement 'incompréhensible'. Hier, l'horloge du clocher de l'église de la grand-place du centre-ville, muette depuis des décennies, avait fait tressaillir les gens (galvanisant Mme Eszter), car trois des mécanismes rouillés, alors qu’autrefois les aiguilles avaient même été démontées, s'étaient soudain remis en marche et signalaient, depuis, l'écoulement du temps par de sourds battements, de plus en plus rapprochés."

    (citation, pour l'ambiance)

critique par Keisha




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