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La plus précieuse des marchandises de Jean-Claude Grumberg

Jean-Claude Grumberg
  La plus précieuse des marchandises

La plus précieuse des marchandises - Jean-Claude Grumberg

Un conte
Note :

   Où?
    Le roman se déroule vraisemblablement en Allemagne ou Pologne. On y évoque aussi la France et ses camps de rétention.
   
   Quand?
    L’action se situe de 1942 aux années d’immédiat après-guerre.
   
   En deux mots:
    Il était une fois un pauvre bûcheron et sa femme. Un jour des hommes construisent une voie ferrée dans leur forêt et un jour un paquet est jeté d’un wagon de marchandises. À compter de ce moment – nous sommes en 1943 –, leurs vies vont être bouleversées.
   
   Ma chronique:
   Le cadeau fait au pauvre bûcheron
   C’est sous la forme d’un conte que Jean-Claude Grumberg nous rappelle au devoir de mémoire. Quand on train de marchandises lâche une partie de sa cargaison dans une forêt, c’est l’Histoire qui est en marche.
   
   Comment dire l’indicible, comment raconter l’inhumanité, comment expliquer l’inexplicable? On sait qu’au retour des camps, nombre de victimes de la Shoah ont été confrontées à ce problème, préférant fort souvent le silence au témoignage leur faisant revivre le drame dont ils venaient d’être extirpés. Jean-Claude Grumberg a choisi la forme du conte pour nous rappeler au devoir de mémoire. Un conte très réussi, un conte qui devrait figurer au programme de tous les établissements scolaires.
   
    Tout commence comme dans un grand bois où vivent une bûcheronne et son mari. Alors que lui est réquisitionné pour couper le bois, elle essaie de trouver de quoi manger. L’hiver est rude et il n’est pas rare que le faim s’invite à leur table tant sont maigres les provisions qu’elle peut trouver. La grande saignée dans la forêt pour faire passer une voie ferrée apporte un peu de distraction, surtout pour la pauvre bûcheronne qui prend pour habitude de regarder passer le train. Son mari lui a expliqué qu’il s’agissait de convoi de marchandises, aussi espère-t-elle qu’un jour peut-être une partie du chargement tombera du convoi.
   
    Pour l’heure, elle ne récolte que des petits bouts de papier sur lesquels on a griffonné un message qu’elle ne peut déchiffrer, ne sachant ni lire, ni écrire. Et puis un beau jour le miracle a lieu. Dans un tissu brodé d’or un petit paquet est jeté vers elle. Cette "marchandise" est un bébé!
   
    Le lecteur aura compris qu’il s’agit d’un geste désespéré de prisonniers partant vers les camps de la mort et qui confient ainsi l’un de leurs enfants à une inconnue pour le sauver d’une issue mortelle plus que probable. Il va suivre en parallèle la famille arrivant dans ce sinistre endroit où les chambres à gaz fonctionnent déjà à plein régime et la famille de bûcherons essayant de sauver le bébé. Avec dans chaque couple ces mêmes questions et ce même sentiment de culpabilité. "Le père des ex-jumeaux souhaitait mourir, mais tout au fond de lui poussait une petite graine insensée, sauvage, résistant à toutes les horreurs vues et subies, une petite graine qui poussait et qui poussait, lui ordonnant de vivre, ou tout au moins de survivre. Survivre. Cette petite graine d’espoir, indestructible, il s’en moquait, la méprisait, la noyait sous des flots d’amertume, et pourtant elle ne cessait de croître, malgré le présent, malgré le passé, malgré le souvenir de l’acte insensé qui lui avait valu que sa chère et tendre ne lui jette plus un regard, ne lui adresse plus une seule parole avant qu’il ne se quittent sur ce quai de gare sans gare à la descente de ce train des horreurs."
    Le bûcheron, après avoir résisté aux suppliques de son épouse, va laisser son épouse tenter de sauver cet enfant, de le nourrir, de le cacher aux yeux des occupants. Mais la nasse se referme sur eux avant qu’ils ne parviennent à fuir.
    L’épilogue de ce conte aussi terrible que précieux va vous secouer.
   
    Si, comme le rappelle Raphaëlle Leyris dans Le Monde, Jean-Claude Grumberg est "l’un des auteurs les plus étudiés dans les écoles, pour ses pièces et livres jeunesse", elle nous rappelle aussi "l’arrestation, sous ses yeux, de son père, Zacharie, emmené à Drancy puis déporté par le convoi 49, parti pour Auschwitz le 2 mars 1943". D’où sans doute la force de ce livre d’orphelin et la transcendance qui s’en dégage. Précipitez-vous toutes affaires cessantes chez votre libraire!
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critique par Le Collectionneur de livres




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Un wagon, une main
Note :

    100 pages d'émotion pure, 100 pages pour raconter ce qui ne peut exister et qui pourtant un jour a été fait par l'homme, 100 pages pour ne pas oublier.
   
    "La plus belle des marchandises" est un conte. C'est marqué sur la couverture, mais alors c'est un conte des temps modernes celui qui a fait exploser l'humanité.
   
    Dans les bois vivent un pauvre bûcheron et sa pauvre bûcheronne, parce qu'il en faut un bois dans les contes. Dans la plus profonde des forêts là ou existent la peur, le froid et la faim et où vivent des hommes soumis travaillant pour des vainqueurs vert de gris.
   
    Un train traverse la forêt profonde, à des heures régulières tous les jours, il passe. La pauvre bûcheronne rêve d'enfant et d'amour à donner, et elle a faim aussi.
   
    Il paraît que c'est un train de marchandises, alors c'est un conte on peut rêver et un jour un petit paquet est jeté par une main anonyme, un petit paquet enveloppé d'un fichu de prières d'or et d'argent.
   
    C'est un bébé, une petite fille, c'est l'amour qui revient l'amour que l'on donne et celui que l'on reçoit. Mais le mal s'abat tout autour.
   
    Bien sûr, on sait tous que ce train qui passe si régulièrement comme jamais les trains n'ont été aussi ponctuels, est un des nombreux trains qui sillonnent l'Europe pour transporter les Juifs et autres indésirables mourir dans les camps de la mort.
   
    Jean-Claude Grumberg s'est malheureusement nourri de son histoire personnelle pour perpétrer le devoir de mémoire. Les mots dits se lisent avec respect et émotion.
   
    Dans ce très beau texte, il nous raconte une histoire de famille et de main tendue d'un wagon par amour qui va sauver son enfant et de celle qui va recevoir, l'aimer et le porter à la vie.
   
    L'épilogue que l'auteur nous délivre est puissant et bouleversant.
   
    Oui les contes ça existent, et celui là plus que jamais alors faisons-le lire et étudier dans les écoles. Raconter cette main qui s'échappe du wagon de marchandises pour honorer la mémoire de tous ceux qui ont souffert et sont morts sous le joug nazi.
    A lire absolument.

critique par Marie de La page déchirée




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