Lecture / Ecriture
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La vie parfaite de Silvia Avallone

Silvia Avallone
  D’acier
  Marina Bellezza
  Le Lynx
  La vie parfaite

Silvia Avallone est une romancière italienne née en 1984.

La vie parfaite - Silvia Avallone

Pas convaincue, hélas
Note :

   "Adele avait appris que les soucis des hommes sont mille fois plus sérieux que ceux des femmes"
   

   A Bologne, Dora, la trentaine, handicapée, est mariée à Fabio. Elle rêve d'un enfant et ce désir inassouvi la torture, menace son couple et sa santé mentale. Pendant ce temps, Adele, presque dix-huit ans, va mettre au monde une petite fille, qu'elle s'apprête à confier à l'adoption. Cette décision déchirante semble s'imposer d'elle-même, tant la vie d'Adele est difficile et son avenir bouché... Entre un père en prison et une mère larguée, aigrie, sans le sou, Adele galère et continue d'aimer Manuel, le père de sa petite fille. Manuel, un voyou malmené par la vie, qui rêve de grandeur et n'est pas franchement prêt à assumer sa paternité. Et puis, il y a Zeno, le voisin, le bon élève, l'écrivain secret, amoureux d'Adele, en charge de sa mère malade. A Bologne, au centre et dans les quartiers populaires, on peut toujours en rêver, de cette vie parfaite, à défaut de la vivre...
   
    L'an dernier j'ai lu et apprécié D'acier de Silvia Avallone, avec quelques bémols néanmoins. Une amie m'a gentiment offert La vie parfaite et je m'y suis plongée avec plaisir.
   
   La lecture fut plaisante : Silvia Avallone a une écriture très vivante, elle sait raconter une histoire, faire rebondir les situations (celle-là nous promet un joli twist que je n'attendais pas) construire des personnages très contemporains, pleins de fougue et de passion (on est en Italie, normal). Adele, Zeno et les autres sont empêtrés dans les difficultés, le déterminisme social est souvent en leur défaveur, mais ils ont de l'énergie à revendre. Et surtout, ils aiment, ils sont fous d'amour, et l'amour les tient debout.
   
   J'émets toutefois les mêmes critiques que pour D'acier. Je n'ai pas toujours cru à ce que je lisais. Il faut dire que la mule est quand même bien chargée : dans La vie parfaite, on trouve à peu près tout les drames possibles et imaginables : des crimes (même un parricide) des parents toxiques, obèses ou alcooliques ou les trois à la fois, des accidents terribles, du handicap, de la stérilité, des violences conjugales... Je n'ai pas trouvé les personnages très crédibles (cette Dora, franchement, on n'a pas du tout envie de lui confier un enfant. Elle est complètement folle, on a juste envie de partir en courant en la voyant arriver, quant à Manuel, il a lu Dostoïevski et avec mes a priori bien pourris, je n'y crois pas une seconde) ils sont encore une fois trop beaux ou trop laids, trop amochés par la vie, ne me demandez pas pourquoi, mais ça me gêne. Si tout est permis dans la fiction, il faut quand même que le lecteur croie un minimum à ce qui lui est raconté...
   
   Dommage, car ce livre dit des choses très belles et très justes sur la maternité, le désir d'enfants, le parcours semé d'embûches de l'adoption, (Dora, qui n'est que souffrance pendant tout le roman m'aurait davantage touchée, si elle avait été plus nuancée, moins hystérique: l'arrachage de cheveux des femmes enceintes qu'elle croise, non vraiment...) il décrit de façon très précise et réaliste la vie des familles dans les cités, il se lit bien et facilement, du coup je suis frustrée, d'autant qu'il semble faire l'unanimité.
   
   "Diplômé avec les félicitations du jury [...] il s'était toujours vu comme un progressiste aux idées larges. Mais cette idée d'un enfant qui ne serait pas le sien le taraudait. LE SIEN. Sans oublier l'empreinte génétique. Cette chose primordiale, le sang. Sauvage, furieuse, tyrannique. Le sperme, la transmission héréditaire. Les bijoux de famille qui fonctionnent. Le pouvoir de procréer, marquer un corps, transmettre ton nom et te transmettre, engendrer quelqu'un qui te continuera.
   C'était réactionnaire, stupide, primitif, mais c'était ce qu'il ressentait."

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critique par Une Comète




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Lumineux d’humanité
Note :

   Ecrire sur un roman qui vous a percuté le cour, tâche ô combien malaisée.
   Bon je me lance.
   
   Aux confins de Bologne se dressent les tours dans le quartier Labriola. Ces tours où l’on parque ceux que l’on considère comme pure perte dans les villes. Autant les parquer dans un endroit bétonné, de taille gigantesque.
   
   Adèle, de sa fenêtre, ne voit que d’autres femmes sur leurs balcons, d’autres mères. Gris couleur des façades. L’horizon des antennes paraboliques.
   Elle vit dans ce minuscule appartement avec sa sœur Jessica et sa mère Rosaria qui les élève comme elle peut depuis que le père a disparu, envolé, en prison il paraitrait. Adèle se souvient de la belle maison que sa famille habitait mais il y a de cela si longtemps.
   
   Adèle, dix huit ans. Enceinte. Mère fille puisque le père Manuel est en prison. Depuis l’enfance, elle n’a aimé que lui dès leur arrivée dans ce lieu où le bonheur ne pousse que de travers.
   Elle décide de partir seule à la maternité. Elle veut accoucher seule et abandonner son enfant seule.
   
   Au même instant, Dora, la prof de littérature, sait qu’elle va enfin pouvoir adopter un bébé. Cela fait des années qu’avec son mari Fabio, elle se bat contre sa douleur de ne pouvoir enfanter. Elle la femme dont une jambe n’est qu’une prothèse. Sa douleur est telle qu’elle ne supporte plus ces femmes enceintes. Elle les tuerait.
   Avoir un enfant, n’importe quel enfant.
   Elle a même été si hystérique qu’elle a hurlé sur son meilleur élève Zeno. Elle l’a aperçu en compagnie d’une jeune fille enceinte, sûrement de celles qui vivent dans le même quartier que Zeno et l’a insulté. Zeno lui a tourné le dos.
   
   Zeno qui s’occupe seul de sa mère, le père ayant lui aussi pris la poudre d’escampette. Zeno qui observe depuis longtemps Adèle par la fenêtre. Il écrit même le livre de ces instants magiques.
   
   Zeno le meilleur ami de Manuel. Eux qui voulaient devenir quelque chose d’extraordinaire mais Manuel a sombré vers la facilité du dealer et Zeno continué sa route dans un lycée classique.
   
   Il n’est pas prêt Manuel pour prendre le manteau du père. Il l’a dit à Adèle.
   
   Adèle accouche donc seule. Elle sait que c’est une petite fille, elle qui avait imaginé que ce serait un garçon. Le garçon, elle l’aurait gardé mais une fille, non. Une fille dans ce quartier, cela se crève pour ses enfants car les pères abdiquent tous. Le seul souvenir de cette mère qui l’abandonnera, elle désire pour Bianca que ce soit cette petite grenouillère rose.
   
   "Je suis née avec une jambe en moins, c’est vrai. Ma mère fumait pendant sa grossesse, ou bien un gène n’a pas fonctionné, allez savoir, ça ne m’intéresse pas. Mais je vous assure que ce manque a le plus compté que la jambe que j’aurais pu avoir. Que c’est grâce à ce manque que je suis ici et que je ne cède pas. Et je veux pouvoir un jour prendre mon enfant dans mes bras., et l’aider à faire face à tous les manques qu’il rencontrera dans sa vie, et à tous les manques qu’il a déjà connus" Elle repris le roman sur la table de nuit, le serra fort. "J’ai mis vingt ans à comprendre ça, que ce n’est pas une faute."

   
   Des personnages qui s’imbriquent les uns les autres, par hasard. Ils se croisent et font parfois partie une seconde du regard de l’autre car ils vont tous se rencontrer à un moment à un autre.
   
   Des jeunes qui ne voient que leur vie de misère et qui rêvent à un ciel qui pourrait parfois ressembler à l’arc-en-ciel.
   
   Les livres, oui les livres qui aident à se comprendre, la porte vers d’autres horizons mais qui ne sont pas assez forts pour briser ces tours de pauvreté. Non les livres ne peuvent pas tout changer.
   
   La souffrance de se sentir diminuée sans enfant.
   
   La souffrance de donner la vie à celui qu’on ne verra pas grandir.
   
   Un roman lumineux d’humanité. Un roman parsemé de larmes, de cris mais également de coins de bonheur.
   
   Un roman inoubliable.

critique par Winnie




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