Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Le paradoxe d'Anderson de Pascal Manoukian

Pascal Manoukian
  Les échoués
  Ce que tient ta main droite t'appartient
  Le paradoxe d'Anderson

Pascal Manoukian est un journaliste et auteur français, né en 1955.

Le paradoxe d'Anderson - Pascal Manoukian

Perdue en vol
Note :

   "Anderson a défini que l'acquisition par un étudiant d'un diplôme supérieur à celui de ses parents ne lui assurait pas nécessairement une position supérieure dans la vie professionnelle. Par exemple, imagine que moi, après trois ans de fac ou cinq ans d'école de commerce, je finisse caissière chez Simply. Ça, c'est le paradoxe d'Anderson"
   

   Aline et Christophe travaillent tous les deux à l'usine. Ils ont deux enfants : Léa, qui sera probablement la première bachelière de la famille (section économique et sociale, ce détail a son importance) et Mathis, un petit garçon à la santé fragile. Ils vivent raisonnablement, bouclent plus ou moins les fins de mois et parviennent à payer leurs crédits jusqu'à ce que frappe la crise économique. Aline se retrouve brutalement au chômage et l'usine de Christophe est paralysée par une grève dure. A partir de là, c'est la dégringolade que le couple tente de cacher aux enfants....
   
   C'est ma première rencontre avec Pascal Manoukian dont j'ai beaucoup entendu parler (en bien) via les blogs. J'ai bien aimé la première partie de ce livre social, au démarrage enthousiasmant, (personnages bien campés, contexte brûlant d'actualité), à l'écriture si vivante, aux accents poignants. Manoukian fait vivre ses personnages et les rend très attachants. L'amour qui unit le couple, leur volonté de protéger leurs enfants, de maintenir l'illusion que rien ne bouge, tout cela est décrit de façon juste et sensible...
   
    Et puis le soufflet est retombé : c'est simple, soudain, je n'ai plus cru à ce que je lisais. Tout me paraissait peu crédible et tiré par les cheveux. La bascule d'Aline et Christophe vers quelque chose que je ne dévoilerai pas ici m'a fait ouvrir de grands yeux, les personnages tournent à la caricature (le méchant, très méchant patron... ) les coïncidences sont de plus en plus étranges... Quant à la fin, elle joue sur de grosses ficelles, tellement grosses que je l'ai relue deux fois, pour être sûre de mes impressions. Les deux dernières phrases en particulier... oh là là, non, pas ça... ben si, ça.
   
   Le tort de Pascal Manoukian, sans doute, est d'avoir voulu jouer à fond la carte du romanesque, au point de multiplier les situations improbables et de faire fi de la crédibilité qu'on est en droit d'attendre d'un roman "moderne" et engagé comme celui-là. Vraiment dommage. La sincérité de l'auteur et la force du sujet auraient suffi à faire de ce paradoxe un grand roman.
   
   "Le recruteur continue :
   Ma cible, ce sont les pauvres, et c'est pour ça que vous êtes là. Parce qu'il n'y a pas mieux que d'autres pauvres pour leur fourguer des choses dont ils n'ont pas besoin"

    ↓

critique par Une Comète




* * *



Une chronique sociale
Note :

   Prolétaires : Citoyens de la plus basse classe, dont les enfants sont la seule richesse.
   

   Aline habite dans l’Oise, près de Beauvais avec son mari Christophe et leurs deux enfants Mathis et Léa. Mathis, parfois l’air lui manque, il quitte brusquement le monde et il revient chaque fois sans l’ombre d’un souvenir. Léa passe le bac cette année et rêve d’aider le monde à changer, d’en arrondir les angles afin qu’il ne blesse plus personne.
   
   Les communistes ont disparu depuis longtemps et le travail aussi laissant la place à des friches industrielles, la commune ne compte pas d’école, pas de café non plus, il ne reste que des fermes. Les lettres de licenciement, les dettes, les pièces jaunes que l’on compte à la caisse du supermarché, l’huissier. Le déjeuner sur l’herbe qui se transforme en radeau de la méduse. Deux bouteilles de Meursault, du foie gras, s’offrir une dernière soirée de riches avant de devenir pauvres. Une seule issue, le seul courage qu’il leur reste : se soustraire à la vie.
   
   Une chronique sociale, un livre militant sur la détresse du monde ouvrier face à la mondialisation et aux délocalisations. " Il n’y a pas mieux aujourd’hui pour enseigner la géographie aux enfants que de leur apprendre où sont passées les usines de leurs parents. "
   
    Un roman profondément humain qui m’a beaucoup touché. Des portraits saisissants comme Léon, le grand-père, tout le monde le surnomme Staline à cause de ses colères rouges chaque fois que quelqu’un s’en prend aux ouvriers. Il berce sa petite fille en lui chantant tout bas " l’internationale ". Il est mort à 85 ans, d’une crise cardiaque en voulant en découdre avec un militant du Front national, ses derniers mots avaient été " Va te faire foutre ! ", il était mort comme il avait vécu, sans mâcher ses mots.
   
   La langue est vivante, simple comme le sont les ouvriers, l’humour fait oublier la triste condition. Pascal Manoukian peint avec justesse la détresse des ouvriers licenciés, perdus comme des abeilles dont on vient de détruire la ruche. Leur seul rêve la réussite de leurs enfants : " C’est pour ça que l’on fait des enfants, pour les hisser sur ses épaules, le plus haut possible, les aider à atteindre ce que l’on n’a pas pu atteindre soi-même. "
   

   Des passages m’ont mis mal à l’aise comme le cynisme du recruteur de vendeurs à domicile auquel Aline participe. " Ma cible, ce sont les pauvres, et c’est pour ça que vous êtes là. Parce qu’il n’y a pas mieux que d’autres pauvres pour leur fourguer des choses dont ils n’ont pas besoin. "
   
   Je regrette cependant que l’auteur transforme peu à peu son livre en une sinistre farce lorsqu’Aline et son mari avec l’aide d’autres pieds nickelés décident de braquer le supermarché. La puissance et l’émotion des premiers chapitres retombent un peu et le récit perd de sa crédibilité. Reste un roman qui nous fait réfléchir sur les dérives de notre société où l’auteur aborde des thèmes auxquels je suis très sensible. Malgré une fin terrible, magnifiquement écrite, il faut garder espoir dans notre jeunesse, la génération 0 qui saura reconstruire un monde plus juste.

critique par Y. Montmartin




* * *