Lecture / Ecriture
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Où vivre de Carole Zalberg

Carole Zalberg
  La mère horizontale
  Je dansais
  Où vivre

Carole Zalberg est une écrivaine française née en 1965.

Où vivre - Carole Zalberg

L'idéal du kibboutz
Note :

   "Il écrit qu'il se sent chez lui, qu'il ne peut plus imaginer être entouré uniquement de juifs. Ça c'est le ghetto, dit-il, ça c'est les camps. Mais là n'est pas la question. Je me fiche comme d'un poisson crevé que mes voisins d'ici soient des juifs. Qui prie encore, d'ailleurs, autour de nous ? Qui n'a pas retiré sa confiance à celui qu'on ne nomme pas ? La question est d'être maître de son sort. Si je suis chez moi, si j'invente en cultivant, bâtissant, commerçant, le pays qui n'existait pas et ainsi devient mien, personne, jamais, ne viendra un matin m'arrêter, personne ne nous emmènera avec nos parents tremblants d'impuissance et de rage, au commissariat d'où on nous enverra on ne sait où."
   

   J'hésite devant ce billet depuis plusieurs jours, ne sachant pas comment le rédiger, non pas que j'aie des réserves sur ce que j'ai lu, au contraire c'est un coup de cœur, mais je crains de ne pas arriver à bien décrire ce qui m'a tant plu dans ce roman, fortement autobiographique.
   
   Roman choral sur une famille éclatée après la Shoah. Où vivre après un tel séisme est en effet une question cruciale et tous n'y apporterons pas la même réponse. Deux sœurs, Léna et Anna décident de partir et de participer à la création d'un kibboutz dans leur pays tout neuf. Léna partira d'abord. Là-bas, elle va rencontrer Joachim, avec qui elle aura trois fils. Anna restera finalement en France où elle se marie et travaille comme infirmière.
   
   Nous suivons la famille sur trois générations, chaque chapitre étant centré sur un personnage et progressant chronologiquement. Le lien est fait par Marie, la fille d'Anna, qui revient en Israël après trente ans d'absence, essayant de renouer les liens avec ses cousins et leur histoire commune.
   
   Dans un tel contexte, la grande histoire est bien sûr très présente. L'enthousiasme des débuts ne se retrouve pas à la fin, où chacun à leur manière les trois fils de Lena ne se reconnaissent plus dans leur pays. Noam, le plus jeune et le plus tendre ira d'ailleurs vivre aux Etats-Unis, ne supportant pas les trois ans de service militaire obligatoire.
   
   La première génération est hantée par les ruines et les morts laissés derrière elle, surtout Joachim qui trouve un dérivatif dans un travail acharné. Léna a plus de mal avec la vie dure qu'ils mènent au kibboutz, mais elle aime Joachim et ne remet pas son choix en cause. Au départ, sa sœur Anna l'enviait, plus tard ce sera un peu l'inverse.
   
   Je me suis tout de suite attachée à cette famille soudée et à son histoire tourmentée, mais par-dessus tout aimante. Les interrogations se poursuivent au fil du temps, sur le bien-fondé de rester là, sur l'obligation de se battre qui revient régulièrement, sur le délitement progressif des idéaux de base.
   
   L'écriture est ciselée et fluide, la narration limpide. C'est le genre de roman qui permet de mieux comprendre la réalité d'un pays, de ses habitants, sans sacrifier l'aspect profondément humain de chaque parcours.
   
   Comme je l'ai dit au début de mon billet, c'est un coup de cœur, pour l'histoire et pour l'écriture.

critique par Aifelle




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