Lecture / Ecriture
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La troisième balle de Leo Perutz

Leo Perutz
  La nuit sous le pont de pierre
  Le cavalier suédois
  Turlupin
  Où roules-tu, petite pomme?
  La Neige de saint Pierre
  Le Judas de Léonard
  La troisième balle
  Le tour du cadran
  Le miracle du manguier
  Seigneur, ayez pitié de moi !
  Le marquis de Bolibar

Leo Perutz est un écrivain autrichien de langue allemande (Prague, 1882 - Bad Ischl, 1957).

La troisième balle - Leo Perutz

La soif de l'or
Note :

   La troisième balle fut le premier roman publié par Leo Perutz, et dès ce premier roman, il sut trouver le cœur des lecteurs et la voie du succès, ceci grâce à un talent tout particulier pour le roman d'inspiration historique.
   
   Quand on lit Perutz, on est frappé de voir le nombre d'époques et de lieux dans lesquels il peut se mouvoir à son aise et dont il peut parler avec naturel et même brio. Ce mathématicien statisticien dévoile ainsi également une énorme culture historique qui lui permet de réaliser ces prouesses. Quels que soient l'époque et le lieu choisis, il saura vous y faire vivre comme si vous aviez réellement pu y aller, et cela est loin d'être à la portée du premier venu. Vous qui vous désolez aujourd'hui du nombrili, de l'autofiction et des puérils règlements de compte familiaux par voie littéraire, tournez votre regard vers Leo Perutz, vous en serez récompensé.
   
   Donc, où l'auteur nous emmène-t-il pour cette première expérience ? Ce sera au Mexique, à l'époque des Conquistadores, pour assister -entre autre choses- à la mort de Montezuma.
   
   L'approche de Perutz se caractérise par une absence totale de recul. On est pleinement « dedans », et pas seulement comme spectateurs mais on est partie prenante car nous suivons le récit que nous en fait de façon particulièrement vivante, réaliste et pleine de passion, l'un des participants. Ce narrateur est souvent en position de tiers omniscient, mais le lecteur ne songe guère à contester quoi que ce soit de ce qui nous permet de coller mieux à l'action. Alors, en route ! Charles Quint règne sur la majeure partie de l'Europe, mais Allemands et Espagnols alors alliés ne s'apprécient guère, surtout pour ceux des Allemands qui, à l'instar de Luther aspirent à une religion plus pure spirituellement et moins avide de puissance.
   
   C'est un groupe de ces Allemands, avec à leur tête le Prince ou Comte (Rhingrave) Franz Grumbach que son anticléricalisme a contraint à s'expatrier, que nous allons suivre. Ils soutiennent, armes à la main, les Indiens trop mal armés, aussi bien psychologiquement que matériellement pour avoir la moindre chance contre Cortez et son bras droit Mendoza qui veulent leur or pour l'Espagne. Mais en même temps, Grumbach est proche et même parent de ces seigneurs espagnols, ce qui, on le sait, n’empêche pas de s'entretuer. Et c'est ainsi que le rhingrave rebelle ne va finalement plus avoir à sa disposition pour empêcher la conquête du Mexique par Cortez, que trois balles d'arquebuse, et encore, frappées d'un sort plus qu'inquiétant...
   
   Porté par une écriture splendide, qui ne craint pas la poésie, Perutz nous offre un récit historique plein d'une multitudes d'histoires très belles souvent teintées de superstition, de magie et de fantastique car l'époque n'est pas encore à la logique et à l'esprit scientifique, et l’interprétation du monde et de ses manifestations prenait un tout autre chemin. Les mauvais romans historiques font couramment des anachronismes de pensée, leurs personnages ont la mentalité de l'époque de leur auteur et non de celle qu'ils sont censés habiter. Ce n'est jamais le cas chez Perutz, ce qui ne l’empêche pas de montrer dès ce premier roman, une vision moderne et réaliste de l'Histoire, délivrée des idéologies cosmétiques :  »Ce pays était florissant et prospère avant votre arrivée. A présent, il n'est pas un champ que vous n'ayez abreuvé de sang, et pas un arbre dont vous n'ayez fait une potence. (…) Piller, voler et prendre de l'or, voilà ce que vous appelez la Gloire de la Chrétienté, cria Grumbach.» Tandis que, clairvoyance pas si courante au début de 20ème siècle, l'auteur montre les Indiens  »C'est un peuple de danseurs, de moines et d'enfants, se dit-il. Ils ne savent pas se défendre tout seuls de leurs ennemis. Ils préfèrent de beaucoup tenir à la main des clochettes, plutôt que des épées. »
   Lisez La troisième balle, il le mérite.

critique par Sibylline




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