Lecture / Ecriture
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De toute éternité de Audrey Niffenegger

Audrey Niffenegger
  Le temps n'est rien
  Les jumelles de Highgate
  De toute éternité

Audrey Niffenegger est une romancière américaine de science-fiction, née en 1963, dans le Michigan.

De toute éternité - Audrey Niffenegger

Le voyageur du temps
Note :

   Henry aime Claire.
   Claire aime Henry.
   C’est tout.
   Point final.
   C’est un peu court, jeune homme. On pourrait dire... Oh ! Dieu ! … bien des choses en somme…
   En y mettant le ton et la manière.
   Une belle histoire d’amour demande des contraintes. Les gens qui s’aiment sans histoire n’ont pas d’histoire.
   Alors, qu’est-ce qui va empêcher Claire et Henry de s’aimer vraiment, de convoler dans une passion partagée?
   En fait, ce qui entrave leur vie commune renforce leur amour, comme s’il fallait forcément être séparés pour s’aimer pleinement.
   
   Voilà. Henry a une particularité génétique. Non, vous n’y êtes pas, bande de petits vicieux!
   Henry voyage dans le temps.
   Première surprise. Parce que la couverture évoque davantage un roman à l’eau de rose (une petite fille, de dos, avec une basket d’adulte à ses côtés, observant un paysage romantique, le tout dans les tons pastels), renforcé par ce mauvais titre français : de toute éternité.
   Fantôme de Barbara Cartland, sors de ce livre immédiatement!
   
   Il faut découvrir le titre original (l’épouse du voyageur du temps) pour mieux comprendre.
   Attention, je n’ai pas dit qu’il serait question de rocambolesques aventures singeant Retour Vers le Futur ou la machine à remonter le temps de Wells, pour rester dans un domaine plus littéraire.
   En fait, l’auteur s’attache davantage aux désagréments subis par le héros qu’aux possibilités multiples qu’offrent un tel privilège.
   
   Privilège? Sans doute. Surtout quand on peut revoir sa maman, chanteuse lyrique disparue trop tôt, découvrir sa future femme encore enfant et, accessoirement, gagner au loto. Facile.
   Mais nous sommes au XXIème siècle et, de tels prodiges nécessitent une explication, du moins un prétexte scientifique. Les gênes d’Henry dysfonctionnent et en font une personne chrono déficiente.
   
   Réfléchissez deux minutes : vous avez la chance de pouvoir voyager dans le temps, certes. Mais vous ne maitrisez ni où vous allez, ni quand, ni pour combien de temps. Et, bien entendu, vous voyagez léger, comprendre : vous vous retrouvez à poil quelque part en plein parc grouillant d’enfants, dehors par un matin givrant de Janvier ou encore dans un lieu inaccessible. Sans argent. Sans nourriture (cela n’est pas explicité mais visiblement ce mode de transport rend affamé).
   C’est déjà un petit peu moins tentant, n’est-ce pas?
   
   N’allez pas croire que l’on nage en pleine science fiction. Le propos du roman n’est pas de comprendre comment et pourquoi Henry se balade d’une époque à l’autre, mais sert à cette superbe relation qu’il entretient avec Claire, à qui il apparait quinze ans avant leur première rencontre.
   Alors là commence le labyrinthe. On doit se concentrer comme devant une grille de Sudoku. Surtout les 50 premières pages (qu’il serait bon de relire à la moitié du roman).
   On aborde le roman en ne sachant rien de rien (enfin là, à cause de moi, un petit peu quand même). Les retours incessants dans le passé ou les bonds dans le futur risquent de déstabiliser les moins attentifs. Henry aura par exemple 35 ans quand Claire fêtera son dixième anniversaire, alors que 8 ans les séparent. Ca se complique lorsque deux versions d’Henry apparaissent dans la même scène.
   Rassurez-vous, toute cette technique ne nuit pas à l’essentiel : une histoire d’amour peu commune.
   Un bémol cependant qui empêche ce roman d’atteindre le saint des saints. Pourtant fourni de 650 pages, on se demande où veut en venir l’auteur. Il manque un sens à tout ça.

critique par Walter Hartright




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