Lecture / Ecriture
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Placement libre de Ella Balaert

Ella Balaert
  Canaille blues
  Placement libre

Placement libre - Ella Balaert

Le grain de sable
Note :

   4 jours de la vie d'une femme à un tournant de sa vie. Le premier, J-2, elle achète deux billets pour aller à un spectacle de Denis Marescat qu'elle aime beaucoup avec Pierre son compagnon. Ce sont des billets à placement libre, ça l'angoisse. Arriver tôt et attendre Pierre qui arrive toujours à la dernière minute dans le hall d'accueil pour risquer d'être mal placés ? Réserver des places et l'attendre dans la salle ? 3 jours à ressasser et faire le point sur sa vie, car d'angoisse en interrogations, c'est bien de cela qu'il sera question.
   
   D'Ella Balaert, j'ai lu Canaille Blues, il y a quelques années (je débutais le blog, c'est l'un des tout premiers). Le relisant, très vite forcément, la brièveté a du bon, je retrouve assez aisément des détails de l'histoire, preuve qu'il m'a marqué. Pour Placement libre, autre ambiance et personnage quasi unique. Ce qui surprend dès le départ, c'est le "tu" employé, à la fois un peu accusateur et bienveillant. Accusateur ou critique lorsque le repli sur soi, la faiblesse ou la flemme de bouger, de se bouger prennent le dessus. Bienveillant lorsque l'inverse se produit et que le positif domine. Je comprends cette femme, moi qui suis toujours enthousiaste lorsqu'un spectacle qui m'intéresse se joue près de chez moi, je peux même acheter des billets et puis ensuite angoisser pour les mêmes raisons ou parce que ma claustrophobie m'oblige -enfin m'oblige, disons que ça me rassure- à m'asseoir plutôt près d'une issue, en bout de rang, parce que ma hantise des foules m'oppresse et qu'icelles -les foules- me privent de ma liberté. Autant dire que je suis entré dans ce roman très vite et m'y suis senti bien, et contrairement à ce qu'on pourrait croire, il est globalement positif. Cette femme fait le point, arrivée presque à la moitié de sa vie, donc des questions importantes et profondes surgissent : sur la vie à deux ou seule, sur le travail obligé et/ou donner libre cour à ses envies, ses passions, sur la différence entre l'image que l'on donne de soi et qui l'on est réellement, sur la liberté que l'on s'octroie ou sur les contraintes que l'on se donne, sur sa place dans la société, sur la société dans laquelle on veut vivre, ...
   
   Très bien écrit, jouant avec les codes de la ponctuation, avec les longueurs de phrases, la mise en page, ce court roman est présenté par une maison d'édition que je ne connaissais pas, Des femmes qui, comme son nom l'indique fait la part belle aux femmes.
   
   C'est un très beau portrait d'une femme actuelle qui se pose des questions et veut vivre enfin pour elle. Fine et délicate, l'écriture nous amène au plus profond de ses réflexions et de ses sentiments et émotions, sans voyeurisme, par petites touches. Ella Balaert va au plus direct, mais en prenant des chemins détournés. On saisit très bien ce qu'elle écrit, même si parfois, elle utilise les allusions, les images, les bribes d'informations disséminées qui rassemblées font sens. Pour finir, un extrait choisi dans lequel l'auteure part de son titre, ces deux mots : placement libre :
    "Tu hais furieusement tout à coup ces deux mots, pourtant libre ce n'est pas rien, ça pourrait dire que les hommes sont égaux, ça devrait signifier qu'on se respecte, qu'on se choisit, et de nouveau chaque jour. Au lieu de ça, chacun ne pense qu'à soi dans un jeu de libre concurrence
    et ce qui te fait peur, c'est d'être la dernière, c'est cette possibilité n'est-ce pas ?" (p.30)

critique par Yv




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