Lecture / Ecriture
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La seule histoire de Julian Barnes

Julian Barnes
  La table citron
  Love, etc
  Arthur & George
  Le perroquet de Flaubert
  Une fille, qui danse
  Rien à craindre
  Quand tout est déjà arrivé
  Le fracas du temps
  England England
  La seule histoire

Julian Barnes est un auteur anglais, né à Leicester le 19 janvier 1946, publiant également sous le pseudonyme de Dan Kavanagh.
Il vit à Londres et ses livres sont traduits en plus de trente langues. Il a reçu en 2011 le David Cohen Prize pour l'ensemble de son œuvre. Toujours en 2011, son roman "Une fille, qui danse" a été couronné par le prestigieux Man Booker Prize.
(source éditeur)

La seule histoire - Julian Barnes

Love story, life story
Note :

   Titre original : The Only Story
   
   Paul 19 ans, un rien hâbleur comme sont les jeunes gens de cet âge, nous est raconté par Paul, bientôt 70 ans, qui fait le bilan de sa vie. Et la vie de Paul, ce fut d'abord cette puissante histoire d'amour qui s'empara de lui, jeune étudiant, en vacances chez ses parents. Alors que pour se distraire un peu, il s'est mis à fréquenter le club de tennis local, il y rencontre Suzanne, tout de même 29 ans de plus que lui, et tout de suite, ils sympathisent sur un pied d'égalité. A aucun moment il ne voit en elle une égale de sa mère, mais bien une égale de lui-même. C'est le premier miracle de l'amour. De même, aucun des deux ne semble tenir beaucoup compte de son mari riche, grincheux, brutal. Il existe, on en a pris note, mais cela ne change rien. Ce qui frappe dans cet amour, c'est la façon indiscutée dont il s'installe et s'impose. C'est une très belle histoire d'amour, racontée à la première personne. On la lit avec bienveillance et tendresse... mais il n'en est pas de même pour le village, on s'en doute, et au foyer, la situation devient intenable avec le mari, Paul a son diplôme et les deux amants décident de partir vivre ensemble à Londres.
   
   Là, on s'en doute, la vie est un peu différente, mais toujours belle. Paul démarre sa vie professionnelle, Suzanne ne travaille pas, et semble avoir un peu de mal à tourner la page, à dire adieu à son ancienne vie et, pour tout dire, à trouver un équilibre dans la nouvelle. Et soudain, la première personne de narration est remplacée par le "vous" qui interpelle et même, dans mon cas du moins, heurte un peu. J. Barnes sait ce qu'il fait. Ce "vous" accompagnera la découverte des dysfonctionnements de plus en plus marqués de la vie de Suzanne et de leur amour. L'alcoolisme, sans doute préexistant mais jusqu'alors invisible, dissimulé par celui plus spectaculaire de son mari, réapparait et même s'installe et empire. Paul le découvre avec stupéfaction et tente tout pour le vaincre et tirer Suzanne de cet engrenage. Mais la Suzanne qu'il aime s'efface peu à peu derrière celle qui lui préfère l'alcool. La vie de Paul est "bouffée" par ce drame, il bloque sa vie sociale et sa carrière, quant à sa vie amoureuse... Ils vont passer ensemble dix ans. Mais peu à peu, Paul s'incline devant un ennemi plus fort et se détache, se détourne vers le reste de sa vie. Le "vous" des situations de crise se retire, laissant place à une narration plus calme, et bientôt apaisée, à la troisième personne car ce n'est plus entièrement lui, c'est un "lui" un peu réduit par cette expérience douloureuse. La vie sera encore belle, mais finies, les grandes histoires d'amour. Il sera devenu un vrai solitaire.
   
   J. Barnes excelle, avec son intelligence et sa sensibilisé, à dépeindre les évolutions sentimentales et psychologiques. Tout est juste et finement observé dans cette histoire d'une vie. On la suit avec un intérêt qui ne faiblit jamais et avec le sentiment qu'il nous place au plus près du cœur de cette histoire. Une seule chose m'a vraiment étonnée, c'est la totale indifférence de Paul pour ses parents auxquels il ne semble pourtant pas avoir grand chose à reprocher (à part d''être conventionnels quand lui ne l'est pas, mais quel jeune n'a pas pensé de même?). Aucune empathie, aucun souci d'eux. Comme s'ils n'existaient pas, et ce, dès le départ. Etonnant.
   
   Mais un excellent J. Barnes, qui ne faiblit pas et nous livre là au contraire, un de ses tout bons..

critique par Sibylline




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