Lecture / Ecriture
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Piano Ostinato de Ségolène Dargnies

Ségolène Dargnies
  Piano Ostinato

Piano Ostinato - Ségolène Dargnies

Dans la peau de Robert Schumann
Note :

   Où?
   Le roman se déroule en France, principalement à Paris. On y évoque aussi Dreux.
   
   Quand?
   L’action se situe de nos jours. On y évoque aussi la vie de Robert Schumann durant le seconde moitié du XIXe siècle.
   
   En deux mots:

   Gilles Sauvac est un homme qui n’aime pas faire les choses à moitié. Il s’investit corps et biens dans l’étude du piano et avec la même rigueur, il se met à la natation. Tout bascule lors d’un concert. Soudain, son majeur le fait souffrir atrocement.
   
   Ma chronique:
   Un petit premier roman, court mais d’une grâce exquise. Ségolène Dargnies nous raconte comment la vie d’un pianiste de concert bascule le jour où son majeur droit lui provoque une forte douleur.
   
   Gilles Sauvac est un pianiste qui nage. S’il a commencé le piano dès l’enfance et s’est astreint à une discipline de fer, se donnant corps et âme pour cet instrument et franchissant rapidement les paliers qui l’ont conduit à devenir un concertiste de renom, il s’est mis beaucoup plus tard à la natation, mais petit à petit, il s’est imposé la même rigueur et la même discipline que pour la musique.
   Si bien que son corps est devenu plus athlétique, si bien qu’il ne peut quasiment plus se passer de son rendez-vous quotidien avec la piscine chlorée, aux longueurs qu’il avale avec une sorte d’addiction.
   
   À part ça? "Gilles menait une existence douillette, plutôt enviable, propriétaire qu’il était d’un superbe trois-pièces au dernier étage d’un immeuble haussmannien avec terrasse fleurie de lilas et vue sur les Buttes-Chaumont". Dans la presse, on apprend en outre qu’il a quelques amis, dont un écrivain, et qu’il partage "la vie d’une chanteuse lyrique brune et splendide, haute comme le ciel, à l’esprit vif et effronté, prénommée Clara". Mais bien vite le lecteur va se rendre compte qu’il n’a guère envie de s’investir dans cette relation, que son travail prend toute la place.
   Il est "dans" le Concerto pour piano en la mineur opus 54 de Robert Schumann. Mieux même, il est dans la peau du créateur. Parce qu’il veut tout savoir de la genèse de l’œuvre, de l’état d’esprit du compositeur, de sa vie pour pouvoir se fondre en lui.
   Si au fil des répétitions il maîtrise de mieux en mieux l’œuvre, c’est qu’il converse avec celui qu’il appelle familièrement Bobby et n’hésite pas à l’interpeller sur tel aspect, à creuser sa psychologie. Le mimétisme devient troublant. Est-ce d’ailleurs vraiment un hasard si la femme de Schumann, qui a créé l’œuvre à Dresde la 4 décembre 1845 s’appelait Clara?
   Que leurs relations se dégradent et que, en plein concert, son majeur droit le fasse atrocement souffrir? Le compositeur allemand souffrait aussi de douleurs rhumatismales et de lombalgie. Après avoir cherché sans succès un remède à son mal, Gilles va déprimer, retrouvant cette fois encore les symptômes de la "maladie de Schumann".
   
   Ses biographes racontent que le 27 février 1854, jour de carnaval, il sort de chez lui en pantoufles, et, après avoir traversé Düsseldorf sous la pluie, se jette dans le Rhin. Deux bateliers vont alors le repêcher et le ramener à son domicile.
   Est-ce-en pensant à celui dont l’œuvre hante ses jours que Gilles pense à se jeter dans la Seine?
   
   Ségolène Dargnies nous propose une interprétation toute en délicatesse du thème de l’appropriation d’une œuvre par son interprète. Elle le fait piano ostinato, par petites touches répétées, en suggérant les choses. Mais sa petite musique ne vous lâche plus. À tel point que l’on se sent un peu en manque, en refermant le livre.

critique par Le Collectionneur de livres




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