Lecture / Ecriture
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La transparence du temps de Leonardo Padura

Leonardo Padura
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  Adios Hemingway
  Les brumes du passé
  L'automne à Cuba
  L'homme qui aimait les chiens
  Hérétiques
  Les quatre saisons - T1 - Passé parfait
  Electre à La Havane
  La transparence du temps
  Mort d'un chinois à La Havane

Leonardo Padura Fuentes est un journaliste et écrivain cubain né en 1955.

La transparence du temps - Leonardo Padura

Enquête réussie
Note :

   Titre original : La transparencia del tempo
   
    Sachez-le, bonnes gens, Métailié fête ses 40 ans, et en profité pour opérer un petit changement d'apparence, très classe avec le rabat, mais qu'on se rassure, le contenu demeure de qualité. Et comme Padura est un de mes chouchous, pourquoi s'en priver? Merci donc à l'éditrice.
   
    "Conde sentit le parfum du Santiago, un rhum vieux servi dans un verre bas et ventru, le plus adapté à ce contenu doré et chaud, et il eut l'impression d'être un personnage de roman qu'on aurait changé de livre. Par erreur."
   

    Mario Conde, notre ex-policier (depuis 25 ans) préféré n'a pas trop le moral, à l'approche de ses 60 ans! Pourtant ses amis et son amoureuse font toujours partie de sa vie. Financièrement il vivote à chercher et vendre des livres anciens.
   
    Un de ses anciens copains de lycée le contacte. Bobby, lui, a bien réussi, malheureusement il a été victime d'un vol, du tout venant facile à revendre, mais aussi bijoux et une vierge noire à laquelle il est fort attaché. Voilà donc Conde menant une enquête, parallèle à celle officielle (des parallèles qui se rejoignent), et l'on retrouve des cadavres. Il est dans le brouillard, mais bien sûr à la fin il en saura plus.
   
    C'est un vrai plaisir de retrouver Conde et son entourage, un Conde carburant à l'alcool et aux cigarettes, parfois désabusé, et trouvant encore à s'étonner de ses découvertes à la Havane. Une ville déglinguée que cherchent à fuir même ses amis. Des quartiers plus que misérables où survivent des immigrés de l'intérieur de Cuba aux beaux quartiers, des petits voyous aux riches marchands d'art, il va tout fréquenter, dans une enquête flirtant parfois avec la transparence du temps, sur les pas d'Antoni Barral, quelle idée fantastique et réussie!
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critique par Keisha




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Qui trop embrasse, mal étreint
Note :

   Mario Condé nous la joue au "vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire" dans ce tome qui le voit arriver à ses soixante ans. Il est bien désabusé, notre enquêteur. Voilà qu'il vieillit ! Que ses articulations ne sont plus ce qu'elles étaient, et même son estomac et sa tète tiennent moins bien l'alcool ! Oubliant donc qu'il y a plus triste que de vieillir, à savoir, ne pas avoir l'occasion de le faire, Mario interdit qu'on lui fasse une fête d'anniversaire et remâche ses désillusions. Mais les amis ne sont pas faits pour tenir compte de ce genre d'interdiction et les désillusions, si elles blessent, ont tout de même l'immense chance de ne toucher ni ses amours, ni ses amitiés. Mario devrait se considérer comme heureux. Pourtant, c'est vrai qu'il n'est pas riche. En temps normal du moins, parce que justement là, un riche client va asperger de beurre les épinards du quotidien.
   
   Le riche client se trouve être un ex-camarade de lycée (quelle surprise!), Boby. Un gamin qui avait beaucoup souffert à l'époque de son homosexualité cachée mais devinée par ses congénères, mais qui a su se rattraper depuis, assumer et faire fortune dans le monde de l’achat et la vente d’œuvres d'art. S'il fait aujourd'hui appel à Mario, c'est que son dernier amant a profité d'une de ses absences pour dépouiller toute la maison de ses valeurs En plus de la perte financière, il y a une statue de vierge noire à laquelle Boby tient énormément car elle est dans sa famille depuis toujours, et qu'en plus de sa valeur marchande, elle "a des dons", au point qu'il lui attribue la guérison de son récent cancer. Boby préférerait que la police ne vienne pas mettre son nez dans ses affaires de cœur et d'argent, et que ce soit Mario qui se charge de tout retrouver, ou au moins, la vierge noire.
   
   Mais cependant, la police (dans laquelle Condé a toujours ses entrées) ne va pas tarder à s'en mêler, car les morts vont pleuvoir, la vierge n'étant semble-t-il pas salvatrice pour tout le monde.
   
   Voilà donc une nouvelle enquête réunissant tous les ingrédients d'un nouveau tome des aventures du grand Mario. Nous voyons toujours en décor et quasi personnage, la Havane et sa vie quotidienne, et elle a évolué au fil du temps. Le carcan s'est relâché, tant côté blocus que côté administratif, mais l'embellie n'est toujours pas là et force est de constater que les décennies de privations endurées pour la bonne cause n'ont pas porté les fruits espérés. Mario promène son regard sur les quartiers les plus contrastés, nous les faisant découvrir, et c'est intéressant. Cependant, ce volume des aventures de Mario Condé ne fera pas partie de ceux que je conseillerai en premier lieu.
   
   Pourquoi a-t-il fallu que L. Padura se lance dans toute cette partie historique ?! Il va entreprendre d’entrelarder l’enquête de Mario de longs chapitres historiques aux dates mêlées du 12ème au 20ème siècle et qu'on a quand même beaucoup de mal à réorganiser et à suivre, sans parler de reconnaître les protagonistes. Cela a le charme d'attirer le lecteur qui aime toujours les histoires de Templiers, mais ce sont de longs chapitres qui coupent la lecture et désarçonnent le lecteur qui finit par retomber dans l'enquête de Mario au moment où il l'avait quelque peu oubliée. Cela nous fait un gros livre (420 pages), lourd dans les deux sens du terme, et sans rythme malgré les assez nombreuses scènes d'action. Il m'a semblé que Leonardo Padura avait été trop ambitieux sur ce coup-là. Il avait voulu que son roman dépasse le statut de polar pour devenir un roman à ampleur historique, affichant une documentation et une connaissance etc. mais la vérité est que tout ce passé historique ne change rien à l’enquête en cours et n'y apporte pas davantage. Mon avis est qu'en voulant enrichir son roman, il en a réduit l'impact et la qualité générale. Quand je lis Mario Condé, c'est pour l’enquête et l'ambiance cubaine réaliste, pas pour l'histoire de France ou d'Espagne. Qui trop embrasse, mal étreint.
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critique par Sibylline




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Encombré
Note :

   Mario Conde va avoir 60 ans dans un mois ! Quelle catastrophe ! En attendant ce jour, il se saoule deux fois plus en compagnie de Carlos le Flaco, et le Conejo, ses vieux amis. Et soigne son vieux chien encore plus vieux que lui… Les femmes cuisinent et retrouvent les hommes au lit et n’ont pas grand-chose à dire comme d’hab’… Pas méchant mais d’un machisme assez primitif, c’est Mario Conde… il aime Hemingway, et aussi Chandler dont il n’a pas le don pour le cynisme et la formule assassine et laconique… non , lui c’est plutôt l’épanchement, et les digressions sans fin…
   
   Un ancien ami de lycée, Bobby, vient le consulter : il possédait une vierge noire léguée par le mari de sa grand-mère, un Catalan qui l’avait rapportée de chez lui. Ancienne, probablement sculptée au Moyen-âge, elle a de la valeur, et elle fait des miracles… pour ceux qui y croient. Son ami à qui il avait confié la maison l’a volée, en même temps que certaines babioles, et s’est tiré…
   
   Mario accepte de rechercher la vierge : il s’aide de comparses policiers, et visite des quartiers sinistrés de La Havane, où pourrait se trouver la sculpture, chez des jeunes gens qui vivotent plutôt mal de commerces illégaux ; il va aussi chez des marchands d’art tout aussi en disgrâce avec la loi, mais qui roulent sur l’or… ce qui nous vaut des contrastes frappants. Et voilà que la vierge bien faisante se met à semer des cadavres !
   
   En parallèle nous suivons l’histoire d’un chevrier Catalan chargé de protéger ladite vierge, récit qui nous conduit jusque chez les Templiers, et de retour des Croisades, c’est le côté "roman d’aventure", bien documenté d’un point de vue historique.
   
   Ce récit a bien des qualités, mais il est trop long, encombré de répétitions. On se lasse un peu, on finit par ne plus savoir pourquoi Bobby est "un sale type" selon Mario, on a dû rater quelque chose… d’autre petites choses restent également obscures.

critique par Jehanne




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