Lecture / Ecriture
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L'intérieur de la nuit de Léonora Miano

Léonora Miano
  L'intérieur de la nuit
  Contours du jour qui vient
  Tel des astres éteints
  Soulfood équatoriale
  Les aubes écarlates
  La saison de l'ombre
  Crépuscule du tourment

Léonora Miano est une écrivaine camerounaise vivant en France. Elle est née à Douala en 1973.

L'intérieur de la nuit - Léonora Miano

Nuit noire pour Ayané
Note :

   La littérature africaine de langue française, n'avait encore jamais connu un tel succès dans l'Hexagone. Avec « L'intérieur de la nuit » Léonora Miano a écrit, dans un français classique qui se garde de l'emploi de termes empruntés aux langues africaines, un roman-choc sur les réalités contemporaines.
   
   
   • Un village africain comme les autres
   L'action se passe à Eku, un village isolé dans un pays imaginaire, le Mboasu. L'exode rural règne ici comme ailleurs ; la plupart des hommes travaillent au loin, à la Ville où règne le mal comme dans un roman de François Mauriac. Ils ne reviennent qu'en donneurs de leçons : «Lorsqu'ils passaient pas le village, ce n'était que pour y déposer des miettes, faire tonner leurs voix en distribuant des consignes dont ils ne pourraient superviser l'application.» Ils s'impliquent peu dans l'éducation de leurs enfants : les garçons prennent tôt la route de la ville et de ses risques, tandis que les filles demeurent sur place car « nul n'avait jamais eu l'idée saugrenue de les faire étudier…» Ça rappelle ce proverbe africain : « Si ta sœur va à l'école, tu mangeras son porte-plume.»
   
   Ayané est une exception à cause de ses parents. Elle revient en visite au village après des études en France. Son père Eké était doublement original : il n'était pas paysan mais artisan, vivait de poterie et de statuettes, et surtout il n'était pas polygame. Il avait épousé Aama, originaire de Losipotipè, en banlieue de Sombé, autant dire une "étrangère", une fille de la ville, là où l'eau jaillit des fontaines publiques. Contrairement aux autres villageoises, Aama ne cuisinait pas en plein air devant sa case, mais sous un abri de tôle, se reposait sur une chaise longue et utilisait son jardin pour faire pousser des fleurs. Avec de tels parents, Ayané est une fille en marge, au village on l'a crue un peu sorcière. De passage au village, perchée dans un manguier, elle va observer les événements d'une nuit fatale.
   
   • Une tragédie en nocturne
   Le Mboasu, autant dire le pays des bantous, a été colonisé par la France et selon Ié, une vieille femme, « la France, c'était seulement des missionnaires blanches qui avaient créé un dispensaire [et] les premières écoles du pays.» Puis l'indépendance a eu lieu mais la guerre est venue avec : civile, tribale ou internationale ? « Nul ne pouvait quitter le village. Le semaine passé, on était venu le leur dire. Qu'il ne fallait pas bouger. Qu'on leur ferait signe. (…) Depuis un temps qu'ils ne mesuraient pas vraiment, le pays alentour était occupé. Ils ne savaient pas bien d'où venaient les occupants...» En fait la barbarie était arrivée.
   
   Que voulaient ces soldats ? Effacer toutes les traces de la colonisation, retrouver l'authenticité de la vieille civilisation africaine et la régénérer. À la nuit tombée, des hommes armés pénètrent dans Eku. Le chef des miliciens, Isilo, ordonne à la population de femmes, de vieillards et d'enfants de lui livrer des garçons et des filles pour soutenir l'effort de guerre contre les «envahisseurs» nordistes. Il veut aussi sacrifier un adolescent et imposer ainsi aux villageois un repas cannibale au prétexte du retour à la tradition. Les miliciens organisent le sacrifice humain. Après une sinistre parodie d'eucharistie, les miliciens repartent avec leurs enfants-soldats, laissant le village moralement dévasté.
   
   
   • Un roman engagé
   Ayané s'est échappée vers la ville : mais à Losipotipè la terreur règne aussi et ses cousins vivent barricadés chez eux. Revenant peu après avec des secours, elle rencontre stupéfaite l'incompréhension des survivants.
   
   Par ce roman tragique, Léonora Miano a voulu attirer l’attention des Africains sur leur part de responsabilité dans leur malheur présent. Elle se livre en anthropologue et en féministe à la critique de la vision traditionnelle de la famille, de la société et du pouvoir. Elle nous livre enfin ses doutes sur la capacité des politiciens à sortir l'Afrique de son mal-développement, qu'ils soient caciques du parti unique, ou chefs rebelles.

critique par Mapero




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