Lecture / Ecriture
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La punition de Tahar Ben Jelloun

Tahar Ben Jelloun
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  La punition

Tahar Ben Jelloun (en arabe : طاهر بن جلون) est un écrivain et poète marocain de langue française, né à Fès en 1944.

La punition - Tahar Ben Jelloun

Avoir vingt ans dans l’Atlas
Note :

   Où?
    Le roman se déroule au Maroc, notamment à Rabat, Fès, Meknès, El Hajeb, Taza, Abermoumou, Larache, Rmilat.
   
   Quand?
    L’action se situe en 1965, puis les mois et les années suivantes.
   
    Durant presque deux ans le narrateur a été contraint à un "service militaire" dans un camp qui ressemble davantage à une prison insalubre qu’à un centre de formation. Pou retracer cet épisode, Tahar Ben Jelloun aura mis plus de cinquante ans.
   
   Tahar Ben Jelloun raconte comment sa vie s’est arrêtée un jour de 1966. Emprisonné dans un "camp militaire", il devra subir pendant dix-neuf mois vexations et humiliations.
   
   Quand on a vingt ans, la vie devant soi, un premier amour et des envies plein la tête, on imagine ce un emprisonnement totalement arbitraire peut entraîner comme traumatisme. Il aura fallu un demi-siècle à Tahar Ben Jelloun pour "digérer" l’épisode qu’il retrace dans La punition et pour oser l’écrire.
    Nous sommes en 1965. L’auteur, qui est aussi le narrateur, est étudiant. Avec quelques amis, il participe à des réunions pour parler des Droits de l’homme et défile pour davantage de liberté. Ce qu’il ne sait pas, c’est que le groupe est infiltré par la police politique, que son nom est alors enregistré comme fauteur de trouble.
    Un an plus tard un homme se présente chez lui, muni d’une convocation pour un "service militaire". Il doit se rendre dans un camp situé à El Hajeb dans les contreforts du Moyen Atlas. Outre des locaux proches de l’insalubrité et une cuisine qui ne mérite pas ce nom, il doit aussi subir les humeurs de sous-officiers bien décidés à le mater. Pour quelqu’un qui n’a rien à se reprocher, ces conditions de vie sont proprement insupportables. "Ici, pas de pensées, pas d’idées, que des ordres de plus en plus stupides avec un brin de cruauté au passage."
   Le courrier est censuré, les cheveux sont rasés, les humiliations quotidiennes.
   
    Pour "s’évader", on peut lire et écrire. Avec un morceau de crayon et quelques feuilles de papier, l’auteur s’essaie à la poésie. Ce qui peut s’apparenter à une transgression suprême, car "poètes et philosophes sont ici indésirables, impensables, exclus. Nous sommes réduits à nos plus bas instincts, notre part bestiale, animale, inconsciente. Ils ont tout fait pour nous vider de ce qui nous engage à réfléchir, à penser. Je me bats la nuit contre moi-même pour ne pas devenir comme mes trois voisins de chambre qui agissent en militaires automates. Ils acceptent tout sans broncher. On dirait que leur cerveau a été déposé dans la consigne d’une gare perdue."
   
   Tout est alors bon pour ne pas sombrer, comme par exemple cet Ulysse qui traîne là. "Je lis la quatrième de couverture: c’est une histoire qui se passe durant une journée à Dublin, le 16 juin 1904. Leopold Bloom et Dedalus se promènent dans la ville… Je me demande quel est le rapport avec L’Odyssée. Je plonge le soir même dans le pavé. Je me sens perdu, en même temps heureux d’avoir un ami, un nouveau compagnon. Je ne comprends pas la finalité du roman, mais je le lis lentement comme s’il avait été écrit pour un amoureux de littérature privé de sa liberté. Quand je repense aujourd’hui à ce livre, je me souviens des émotions de la lecture volée, clandestine, et de la jouissance qu’elle me procure. Je me moquais pas mal de comprendre ou non ce que je lisais."
   
   Des maigres informations qui parviennent de l’extérieur la rumeur d’un conflit avec l’Algérie semble se concrétiser lorsque l’on vient leur annoncer leur transfert dans une autre caserne pour les préparer à défendre leur pays. En montant dans les camions bâchés, la peur de servir de chair à canon étreint la petite troupe. Mais elle va petit à petit s’avérer infondée. Au conflit avec l’Algérie va suivre une tentative de coup d’État contre le roi et une extrême nervosité du côté des officiers qui va entraîner… la libération des "têtes brûlées".
   
   Au-delà de ce terrifiant récit, on comprend entre les lignes comment est née la vocation de Tahar Ben Jelloun, comment la seule décision raisonnable pour lui était dès lors de quitter le pays. On se rend malheureusement aussi compte que depuis ce demi-siècle les choses n’ont sans doute guère changé dans ce royaume. Liberté, j’écris ton nom…
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critique par Le Collectionneur de livres




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Dix-neuf mois
Note :

   Juillet 1966, des mains sales qui arrachent à une mère son fils qui n'a pas vingt ans, c'est l'époque où des jeunes gens disparaissent, où l'on vit dans la peur, où les murs retiennent les phrases prononcées contre le régime et contre le roi Hassan II. Son crime ? Avoir participé à une manifestation étudiante pacifique qui a été réprimée dans le sang. Une convocation militaire, il est tondu comme un mouton et emprisonné dans un camp isolé du monde pour le remettre sur le droit chemin. Ici ,il n'existe plus, c'est un numéro de matricule.
   
   Comme dans tous les pays, quand on est jeune on veut lutter contre les injustices, la répression, le manque de liberté. Mais ici, au Maroc la monarchie a donné carte blanche aux militaires et au sinistre général Oufkir, pour rétablir l'ordre par tous les moyens. Un système où tout est sous contrôle.
   
   Tahar Ben Jelloun nous raconte une histoire, son histoire, dix-neuf mois d'emprisonnement dans un camp de redressement pour avoir manifesté. Sous les ordres de soldats analphabètes, il va subir les humiliations, devoir faire des travaux inutiles comme la construction d'un mur, au milieu des champs, dont personne n'a besoin et qui sera ensuite détruit. Heureusement, il y a la poésie, son seul refuge, point de départ de sa carrière de poète et d'écrivain.
   
   Un récit poignant sur un royaume qui dans les années 60 se maintenait uniquement grâce à la terreur. L'auteur raconte simplement, son quotidien, partagé avec ses quatre-vingt-treize camarades fait de vexations et de mauvais traitements. Aujourd'hui, le Maroc est devenu selon les dires de Tahar ben Jelloun, un pays de modernité et il a pu même y présenter son livre.

critique par Y. Montmartin




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