Lecture / Ecriture
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Tous les hommes sont frères de Mohandas Karamchand Gandhi

Mohandas Karamchand Gandhi
  Tous les hommes sont frères

Tous les hommes sont frères - Mohandas Karamchand Gandhi

Vérité et Non-Violence
Note :

   Ce qu’il y a de remarquable avec les grands hommes, c’est qu’on croit les connaitre mais, finalement, on découvre souvent des faces cachées, des pans de leur vie dissimulés par leur trop grand rayonnement, des pensées et des idées noyées par l’immensité retentissante de leur œuvre.
   Gandhi n’échappe pas à ce paradoxe.
   
   "Tous les hommes sont frères" est une sorte de compilation des pensées du Mahatma, recueillies dans divers ouvrages. Et c’est là l’erreur de ce livre. Si cela permet un plus facile abord du personnage pour celui ou celle qui n’en aurait qu’une mauvaise ou partielle connaissance, très vite on se rend compte de la frustration de lire des phrases mises bout à bout. Comme on feuillette un album photo à la place de visionner un film; comme on picore quelques bouchées dans quarante plats différents plutôt que s’attabler à un festin bien ordonné.
   
   Ne reste plus que la pensée brute, en pièces détachées, de ce philosophe, avocat de formation et, quelque peu malgré lui, devenu l’un des hommes politique majeur du vingtième siècle.
   Et l’on s’aperçoit que les grandes idées sont éternelles. Elles dépassent un lieu, une époque, pour s’inscrire dans la durée. Tout comme l’art.
   L’art, justement. Gandhi s’émerveille devant la beauté de la nature (la voûte céleste par exemple) et ose affirmer que "la vie est supérieure à l’art". J’adhère.
   
   Citant souvent Thoreau, il fait un pied-de-nez aux arrivistes de tout poil en assurant que "le meilleur gouvernement est celui qui gouverne le moins". Il aurait pu ajouter "la meilleure école est celle qui n’a pas besoin d’exister" ou encore "la plus grande richesse se cache dans les relations humaines". Encore, je valide.
   
   Il prône la force des petites structures (les villages) et l’autosuffisance. On a tous en tête l’image de Gandhi, assis genoux repliés sous lui, en train de manier son rouet et filer son propre fil. Décroissant avant l’heure, plutôt a-croissant et prêchant la proximité. Tout à fait d’accord.
   En ce qui concerne l’éducation, il souhaite que l’instruction vienne après le développement manuel de l’enfant. C’est logique.
   
   Pour libérer l’Inde de la puissance britannique, il n’a jamais combattu les hommes, mais leurs méthodes, leur système. S’attaquer à l’homme avilit l’homme, il finit par devenir comme ses tortionnaires. L’Histoire n’a que trop montré pareille insuffisance du précepte "œil pour œil, dent pour dent". On n’a rien à gagner à répondre à la violence par la violence. Quant à tendre l’autre joue, c’est un autre problème.
   
   Gandhi est devenu synonyme de non-violence. Il érige cette philosophie au plus haut point, déclenchant l’admiration de ses pairs, du moins la mienne sans limite.
   En revanche, là où je ne le suis plus du tout, c’est sur la question de la religion. Car Gandhi, apôtre de la non-violence, est un homme de Dieu. De tous les Dieux, et cela amoindrit le propos, l’exclut de tout danger intégriste. Il dit que la vérité est Dieu, cela va au-delà de Dieu est vérité. N’empêche. Tout le second chapitre (après une entrée en matière relatant brièvement son parcours et sa découverte de la non-violence) lui est consacré. A Dieu.
   
   Et une fois encore, je constate ce qui me sépare de ceux qui croient. Les religieux font une séparation sans partage entre l’âme et le corps. Gandhi allant jusqu’à prétendre que, en tant qu’animal, l’homme est violent, mais pas en tant qu’esprit. Peut-on parler de violence chez l’animal? Personnellement, je pense le contraire, que c’est la conscience qui crée la violence. Plus le psychisme de l’animal est évolué, plus il peut devenir malveillant. Parfois envers lui-même. On a constaté des suicides chez les dauphins.
   
   La sexualité ne doit exister que dans un but de procréation, niant les plaisirs de la chair. Dans la même logique, la nourriture ne doit servir qu’un seul dessein : que le corps fonctionne. Le jeûne, Gandhi connait si bien. Alors, comment un homme si humain, érigeant le pardon en dogme, émerveillé devant les beautés du monde, peut-il nier les plaisirs de la vie? La réponse est toute simple : un croyant fait abstraction de son corps pour devenir un pur esprit. Pourtant même France Gall l’a chanté "nous ne sommes pas des anges".
   Lorsque Gandhi fait une distinction entre l’homme et ses actes, c’est encore une manifestation de ce clivage esprit/corps qui est la base de toute croyance.
   Toutefois, le Mahatma se contredit quelques chapitres plus loin en affirmant un certain anti manichéisme et en annonçant qu’il faut développer chez l’enfant à la fois le corps et l’esprit.
   Alors, que penser? Que Gandhi était un homme religieux supérieur, qu’il embrassait toutes les religions, affirmant même que "Dieu est l’athéisme de l’athée" (ben voyons!).
   
   En réalité, il n’a jamais mis en avant ses convictions religieuses, mais de plus grandes pensées, de celles qui existeront encore lorsque le monde aura dépassé le stade de la croyance…

critique par Walter Hartright




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