Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Beethoven avait un seizième de sang noir de Nadine Gordimer

Nadine Gordimer
  Le Conservateur
  Ceux de July
  Bouge-toi !
  Un amant de fortune
  Beethoven avait un seizième de sang noir
  Le magicien africain
  Histoire de mon fils
  Fille de Burger
  Vivre à présent

Nadine Gordimer est une écrivaine sud-africaine née en 1923 et morte en 2014, qui combattait l'apartheid.
Elle a reçu le prix Nobel de littérature en 1991.

Beethoven avait un seizième de sang noir - Nadine Gordimer

Inquiétudes et incertitudes
Note :

   Dans ce recueil de nouvelles paru en 2007, Nadine Gordimer évoque les aléas de l’existence, les inquiétudes et les chagrins. A la perte de repères identitaires de Frederick Morris, héros de la nouvelle éponyme, fait écho le malaise de Charlotte, écartelée entre père biologique et père adoptif. Les souffrances du veuvage, la fragilité des couples croisent les difficultés des émigrés en Afrique du Sud. La romancière convoque souvent l’histoire et la difficulté de connaître et comprendre le passé. En fait, d’après elle, "Tout arrive par hasard" : c’est le leitmotiv de la plupart de ces nouvelles, quand elle ne s’essaie pas à ce qui semble de l’humour, en relatant la pérégrination intestinale d’un ver solitaire ou la résistance d’un cancrelat coincé dans un écran d’ordinateur... Les trois derniers récits illustrent sa conception de l’écriture romanesque et du travail de l’écrivain. Opposée au roman "bourgeois", Nadine Gordimer revendique un style "moderne" qui entrave souvent la lecture.
   
   Tout est métissage, incertitude des limites dans le melting pot de l’Afrique du Sud. L'auteure prête son amertume d’ancienne militante anti-apartheid à un professeur d’université dépité devant la révolte des étudiants — "mettre à sac le campus ne va pas faire baisser les frais d’inscription" — "ils nous salopent ce pour quoi nous nous sommes battus, ce qu’on voulait faire pour eux". "L’idéal de la Lutte pour la reconnaissance que le genre humain n’a besoin d’aucune distinction dans le pourcentage des couleurs" n’est pas devenu réalité. Noirs et Blancs peinent à faire société, l’émigré venu d’Europe du Nord ou d’Angleterre peine à communiquer tant sont mêlées les langues. De rencontres en adultères, le hasard fait et défait les couples de blancs aisés, souvent professeurs d’université ou musiciens. Le style de la romancière accentue le sentiment d’imprévisibilité et d’incertitude. Voulant écrire moderne, elle privilégie les phrases elliptiques, inachevées, parfois déstructurées, ce qui rend la situation énonciative souvent confuse, voire incohérente.
   
   Agréable touche à tout, ce recueil peine à susciter l’enthousiasme du lecteur.
   ↓

critique par Kate




* * *



11 nouvelles
Note :

   Au contraire des nouvelles figurant dans "Le magicien africain", les nouvelles de ce recueil n’ont pas à proprement parler de connotations politiques en lien avec la situation en Afrique du Sud (il est vrai également que les nouvelles du "Magicien" datent de l’époque Apartheid quand celles de ce recueil sont post-apartheid). La quatrième de couverture l’expose d’ailleurs ainsi :
   "Au moment même où, dans ses écrits politiques, elle explorait les compromissions morales de l’apartheid, Nadine Gordimer faisait preuve d’une remarquable capacité à analyser le terrain plus intime des relations humaines.../…
   Cependant, c’est dans ses nouvelles, et en particulier celles où la politique ne joue pas un rôle de premier plan, que la romancière traite avec le plus d’intensité et d’imagination les personnages de femmes, de maris, de parents et d’enfants, d’amants aussi, et en extrait l’universalité, dans le désir, ou la douleur de la perte."
   
   "Remarquable capacité à analyser le terrain plus intime des relations humaines"
, certes. C’est réellement le facteur "plus" de Nadine Gordimer que sa capacité à fouiller et conserver cohérentes les attitudes psychologiques de ses personnages.
   
   Mais dire que c’est dans les nouvelles où la politique ne joue pas un rôle qu’elle traite ses personnages avec le plus d’intensité et d’imagination... non. Ce n’est pas ce que j’ai ressenti après avoir lu "Le magicien africain" et "Beethoven avait un seizième de sang noir". Il m’a plutôt semblé que les nouvelles "apolitiques" étaient comme incomplètes, un poil bancales, un peu comme la jacinthe en pot devant moi qui s’écroule faute de tuteur peut-être...
   Non pas qu’elles manquent d’intérêt (Beethoven avait un seizième de sang noir, Mètre à ruban, Rêver des morts, Une femme frivole, Gregor, Mesures de sécurité, Langue maternelle, Allesverloren, Histoire, Légataire, Trois dénouements possibles), mais il leur manque le sel de la réalité inique de l’Afrique du Sud que Nadine Gordimer a beaucoup combattue.
   
   L’adultère tient une énorme part dans ces nouvelles. C’est manifestement une problématique qui lui parait importante.
   
   Enfin, la dernière de ces nouvelles : "Trois dénouements possibles", sous-titrée successivement "Le premier sens", le deuxième sens" et "le troisième sens" m’a laissé décontenancé. J’imaginais bien qu’à partir d’un tronc initial commun trois dénouements différents allaient être développés. Que nenni ! Les trois textes "premier, deuxième, troisième sens" n’ont pas de rapports spécifiques entre eux ? Leur point commun reste l’adultère, plus ou moins différemment conclu. Le point commun ?
   
   Non, définitivement, les nouvelles sélectionnées" par Nadine Gordimer pour "Le magicien africain" me paraissent plus fortes.

critique par Tistou




* * *