Lecture / Ecriture
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England England de Julian Barnes

Julian Barnes
  La table citron
  Love, etc
  Arthur & George
  Le perroquet de Flaubert
  Une fille, qui danse
  Rien à craindre
  Quand tout est déjà arrivé
  Le fracas du temps
  England England
  La seule histoire

Julian Barnes est un auteur anglais, né à Leicester le 19 janvier 1946, publiant également sous le pseudonyme de Dan Kavanagh.
Il vit à Londres et ses livres sont traduits en plus de trente langues. Il a reçu en 2011 le David Cohen Prize pour l'ensemble de son œuvre. Toujours en 2011, son roman "Une fille, qui danse" a été couronné par le prestigieux Man Booker Prize.
(source éditeur)

England England - Julian Barnes

Un monde apolitique
Note :

   J'aime Julian Barnes pour sa belle écriture classique, pour ses histoires originales et captivantes, pour ses analyses et démonstrations toujours intelligentes. La prouesse étant qu'il arrive à faire tout cela d'une façon qui ne pèse jamais au lecteur qui dévore ses romans comme il dévorerait un banal roman d'aventure, avec le même appétit, la même facilité et le même plaisir. Et pourtant, les romans de Barnes sont bien plus que de simples romans d'aventures. Ils mettent toujours en scène une situation imprévue qui éclairera notre monde et nous amènera à de nouvelles réflexions sur notre vie ou à une nouvelle vision des choses. C'est pour cela que j'aime Barnes, pour la pensée intelligente qui s'exprime toujours à travers ses romans.
   
   Ici, le sujet est l'Angleterre, la bonne vieille Angleterre qui vieillit mal en choisissant le repli plutôt que la participation au vaste monde depuis qu'on lui en interdit la suprématie. Un sujet qui n'a rien de bien surprenant pour J. Barnes, vous direz-vous. Oui mais voilà. L'auteur ne perd pas une seule ligne à regretter ce passéisme frileux et stérile, il se lance au contraire dans tout autre chose et nous pose, à notre grande surprise une toute autre question : A l'époque de l'internet, de la mondialisation et de la toute puissance des innombrables règlements internationaux et des multinationales, peut-on faire (et réussir) un coup d'état sans armes, et sans verser une goutte de sang ? Mais une vraie guerre de conquête, à savoir s'approprier un bout de territoire d'un pays (cette bonne vieille Albion), l'arracher au pays-mère et y régner sans partage. C'est ce que va tester l'auteur.
   
   Pour ce faire, il mettra en scène Sir Jack Pitman, milliardaire audacieux et mégalomane, et son équipe de collaborateurs plus ou moins dévoués, dont notre héroïne, Martha Cochrane, que nous suivrons principalement. Pitman qui a soudain l'"idée originale de rassembler dans une seule zone de cent cinquante cinq miles carrés tout ce que le visiteur peut désirer voir de ce qu'évoque pour nous tous le mot Angleterre.". N’hésitant pas à prendre le contre pied de la pensée de Debord (évoquée) il maintiendra que l'a représentation, le spectacle et la copie valent mieux que le vécu et l'original, puisqu'on peut les présenter au mieux et les aménager pour un meilleur rendu. Et il va nous faire un double modèle réduit de la Grande Bretagne, en plus pratique à visiter. On l'appellera England England, pour la distinguer d'England tout court.
   
   On a souvent l'occasion de rire ou sourire. Les coups tordus seront nombreux et savoureux, les péripéties surprenantes et réjouissantes, régalant le lecteur qui passera un bien bon moment sur cette île de Wight, prenant au passage une indolore mais magistrale leçon d'économie et de politique internationale. Tandis qu'à l'arrière plan sombre la bonne vieille Angleterre...
   
   Nous le savons (ça a fini par se voir) les multinationales règnent sur les pays et les politiques d'ores et déjà, d'une autre façon. Celle-ci n'a pas encore été testée me semble-t-il, quoique... en tout cas, Barnes parvient à en faire une histoire presque vraisemblable et plus drôle que la réalité. Il nous présente "un état purement basé sur l'économie de marché. Il n'y a pas d'ingérence gouvernementale parce qu'il n'y a pas de gouvernement. Donc il n'y a pas de politique étrangère ou intérieure, seulement une politique économique. C'est une pure interface entre des acheteurs et des vendeurs, sans que le marché soit faussé par un gouvernement central avec ses agendas complexes et ses promesses électorales."
   
   A lire. Pour s'amuser et pas que.

critique par Sibylline




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