Lecture / Ecriture
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Le rire des philosophes de Philippe Arnaud

Philippe Arnaud
  Le rire des philosophes

Le rire des philosophes - Philippe Arnaud

La grimace est plus belle
Note :

   "Il ne faut pas rire mais comprendre", disait Spinoza. Ce qui n'empêche pas de rire de ce que l'on a compris.
   
   Le sourire du jeune homme en couverture (par Antonello de Messine, vers 1470) illustre bien ce livre instructif et récréatif: les philosophes sourient mieux d'un air entendu qu'ils ne rient grassement. Car il faut rire silencieusement de nous et du monde humain, de nos passions dérisoires, de nos craintes de la mort et des dieux, de notre volonté illimitée de jouissance dans un corps et un temps finis. L'alliance du tragique et du rire est nécessaire.
   Philippe Arnaud traque furtivement l'hilarité chez une trentaine de philosophes, trois-quatre pages chacun, rappelant furtivement des traits de leur pensée, de quoi éveiller une approche plus fouillée si affinités. Afin d'échapper au ton scolaire, l'auteur agrémente le propos de plaisanteries personnelles plus désopilantes que ce que l'on trouvera comique chez les philosophes. Il décrit Kant solitaire, hypocondriaque, chaste et célibataire toute sa vie, profil "pas vraiment porteur sur des sites de rencontres tels Meetic ou Attractive World". Arnaud voit cependant un rire radical dans la pensée de l'Allemand lorsqu'il affirme que penser n'est pas un droit mais un devoir. Même perception dans la morale kantienne où le désintéressement n'existe pas, de sorte que, "proposition énorme et furieusement drôle", aucune action morale n'a jamais été accomplie en ce monde.
   
   De Pascal, qui trouvait risible la vanité des hommes, Philippe Arnaud écrit "Comparé à Descartes, Pascal ferait presque figure de joyeux drille."
   Pour Freud – en allemand le mot d'esprit est Witz, qui surgit comme Blitz, l'éclair – les plaisanteries ont un point commun avec le rêve ("Le mot d'esprit et sa relation avec l'inconscient").
   L'hermétique Lacan, continuateur de Freud, a osé un jour "La femme n'existe pas" : son mot visait l'article "la", évidemment. Le même disait que "La psychanalyse est un remède contre l'ignorance. Elle est sans effet sur la connerie".
   
   Et puis de belles visions, le temps selon Saint-Augustin, simplement : "La seule chose "palpable" dans le temps, c'est qu'il est ce trait d'union entre passé, présent et avenir. Il y a, en quelque sorte, trois présents. [...] l'éternité n'est pas un présent qui dure toujours, c'est un présent qui ne passe plus : une forme de plénitude."
   
   
Et si vous n'avez pas encore ri, au chapitre sur Hobbes, deux plaisanteries de présidents des États-Unis, du temps où ils avaient de l'esprit.
   Reagan, lors de la guerre froide : "Trois chiens, américain, polonais et russe, parlent ensemble. L'Américain dit: - Quand tu aboies, ici on t'apporte de la viande. Le Polonais dit : - C'est quoi, la viande ? Le Russe demande : C'est quoi aboyer ? "
   Obama : "Je respecte vraiment la presse. Mon job est d'être président des États-Unis. Le vôtre est de me forcer à rester humble. Franchement, je trouve que je fais mieux mon job que vous."
   
   
Il est même possible de rire avec Schopenhauer, Philippe Arnaud rappelle que "Samuel Beckett faisait du Schopenhauer dans le texte lorsqu'il écrivait : "Quand on est dans la merde jusqu'au cou, il ne reste plus qu'à chanter." "
   

   David Hume pour conclure, beaucoup apprécié pour prendre le sens commun à rebrousse-poil : "La philosophie est nécessaire mais pas suffisante. Il faut l'assaisonner avec de l'humour."

critique par Christw




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