Lecture / Ecriture
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Un Anglais sous les tropiques de William Boyd

William Boyd
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  La femme sur la plage avec un chien
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William Andrew Murray Boyd est un écrivain britannique né en 1952 au Ghana.

Un Anglais sous les tropiques - William Boyd

Kinjanja by day and night
Note :

   Morgan Leafy est premier secrétaire au Haut Commissariat Britannique de Nkongsamba, capitale du Kinjanja, petit état imaginaire de l'Afrique occidentale.
   
   L'Afrique l'emmerde profondément, il a échoué ici pour son premier poste après un début de carrière à Londres des plus minables. 30 ans, plus de 100 kg pour 1,70 m, couvert de tâches de rousseur et en permanence en nage, il boit trop, fréquente une prostituée africaine et drague tout ce qui bouge. Son supérieur, Monsieur Fanshawe, a tout de l'ambassadeur guindé et long à la comprenette que véhicule le cliché. A eux deux, ils vont mal appréhender la situation politique du Kinjanja et se retrouver embarqués dans un chantage odieux. La mission de Morgan: sympathiser avec l'honnête docteur Murray, dans le but de le soudoyer pour Adékunlé, le leader politique qu'ils croient être l'avenir de ce pays...
   
   Voilà une satire tout à fait réjouissante! William Boyd fait feu de tous bois, véhicule les idées reçues et les incarne dans des personnages plus vrais que nature. L'action se déchaîne de page en page, Morgan étant incapable de cesser de s'agiter. Ca ne l'empêche pas pour autant de procéder à de longues réflexions, silencieusement il ne cesse d'insulter tout ce qui bouge autour de lui. Un mal-léché de première, qu'on ne peut s'empêcher de trouver au plus haut point sympathique. Le colonialisme en prend pour son grade, tout autant que l'esprit africain, tourné en dérision mais jamais remis en cause.
   
   L'épilogue m'a paru très juste, enfin Morgan s'interrompt et tente de réfléchir avant d'agir...
   
   Bref un très, très bon roman, le premier de l'auteur, qui a été prolifique par après, que je vous recommande!
   
   PS. William Boyd, c'est LE fameux auteur qui a inspiré la phrase de Pivot: "Achetez ce livre, si vous ne l'aimez pas, je vous rembourse." au sujet de son roman «Comme neige au soleil». Si ce n'est pas une référence, ça...
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critique par Cuné




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L’Afrique post-coloniale
Note :

   William Boyd a vécu en Afrique, plus exactement il est né en Afrique, à Accra, au Ghana, puis il l’a quittée pour poursuivre ses études à Glasgow, Nice, … Quelque part, aussi bien dans les propos, l’écriture, que le parcours, je le comparerais volontiers à Le Clézio. Il a vécu en Afrique et il sait donc de quoi il parle à propos de ce continent et de sa situation post-coloniale. On peut penser au Russell Banks de «American Darling», mais avec de l’esprit de dérision et de l’humour. Britannique, l’humour.
   
   Nkongsamba est la capitale imaginaire du jeune état; Kinjanja, tout aussi imaginaire. On le situerait facilement en Afrique occidentale ou centrale, près du Ghana par exemple! Morgan Leafy est premier secrétaire au Haut-Commissariat britannique. Aussi adapté à l’Afrique que certain à la fonction présidentielle. Il est gros, sue excessivement, a une peau peu adaptée au soleil et est affublé d’une moralité et d’un moral … peu reluisants. Pas vraiment ce qu’on pourrait qualifier «d’homme de la situation».
   
   Et William Boyd va se régaler à nous exposer les petitesses et les tares de nos sociétés occidentales dans des régimes mal décolonisés, et les incohérences et les méfaits qu’elles peuvent y provoquer via les actes immanquablement malheureux de Morgan Leafy.
   C’est très drôle (parfois, pas la fin), à mon avis parfaitement documenté du fait du vécu du sieur Boyd, et remarquablement écrit, comme toujours avec Boyd.
   
   «La fille derrière le bar fouillait paresseusement dans la glacière. Elle avait des fesses puissamment musclées qui faisaient remonter sa robe trop serrée sur le haut de sa croupe. Elle choisit une bouteille et la posa sur le comptoir. Ses yeux étaient pâles de fatigue et d’ennui. Elle allait faire sauter la capsule quand Morgan s’aperçut qu’il s’agissait d’un Fanta Orange:
   "Arrêtez, dit-il. Attendez. Moi demande Coca Cola." Il retombait naturellement dans le petit-nègre, adoptant inconsciemment l’accent épais et nasillard.
   "Pas de Coke", dit la fille. Elle déboucha la bouteille, prit une paille et la laissa tomber dedans.
   "Un shilling", exigea-t-elle.
   Morgan tâta la bouteille: tiède.
   "Pourquoi lui pas froid?" demanda-t-il.
   - Machine y en a cassée, dit-elle, retournant s’asseoir avec son shilling en traînant les pieds.
   - OK, dit-il. Toi y en a donner Seven Up à la place.
   De la limonade tiède serait plus supportable que de l’orangeade sucrée chaude. A peine plus.
   La fille le regarda avec l’air de lui dire: te fatigue pas, mon pote:
   "Y a que du Fanta", énonça-t-elle catégorique.»

critique par Tistou




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