Lecture / Ecriture
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Les compagnons du livre de Iris Murdoch

Iris Murdoch
  La mer, la mer
  Les demi-justes
  Le message à la planète
  Le Château de la licorne
  Le Prince noir
  Le dilemme de Jackson
  Un homme à catastrophe
  Les compagnons du livre

AUTEUR DES MOIS D'OCTOBRE & NOVEMBRE 2018

Jean Iris Murdoch est une écrivaine et philosophe britannique d' origine irlandaise née en 1919 à Dublin, mais sa famille s'installa tout de suite à Londres où elle grandit. Elle fit des études de lettres et de philosophie à Oxford et Cambridge, après quoi elle fut employée à plusieurs postes dans la fonction publique (y compris sur le continent), puis comme professeur.

Elle enseigna la philosophie au St Anne College d'Oxford puis au Royal College of Art jusqu'en 1967.

Elle publia son premier roman en 1954 Under the Net (Sous le filet) qui fut sélectionnée en 1998 comme l'un des 100 meilleurs romans en langue anglaise du XXe siècle. Elle n'avait publié auparavant que de la non-fiction, essais philosophiques et la monographie de Jean-Paul Sartre.

Honorée de nombreux prix et distinctions, elle a été nommée en 1987 Dame Commandeur de l'ordre de l'Empire britannique .

Atteinte de la maladie d'Alzheimer depuis 1997 et Iris Murdoch est décédée en 1999 à Oxford. Son dernier roman Jackson's Dilemma (Le dilemme de Jackson) ayant été publié en 1995.

En 2008, le Times avait classé Iris Murdoch douzième sur sa liste de « Les 50 plus grands écrivains britanniques depuis 1945 ».

Les compagnons du livre - Iris Murdoch

Tranches de vies londoniennes
Note :

   Iris Murdoch, si elle était un chien, serait un pitbull. Un qui ne lâche plus sa proie sitôt qu’il a refermé ses crocs dessus. Elle est romancière, alors on ne parlera pas de crocs, mais elle ne lâche pas ses personnages. A peine nés sous sa plume ils sont destinés à être mis sous l'oculaire du microscope et, à l’instar d’un entomologiste-psychologue, à voir leurs comportements et leurs évolutions décortiqués jusqu’à plus soif. Elle ne leur lâche rien.
   
   Comme en outre elle a un style très descriptif – rien n’est omis pour chaque situation de l’aspect des personnages en place et de l’environnement dans lequel ils évoluent - ça donne des romans à évolution lente et particulièrement copieux (615 pages serrées pour "Les compagnons du livre"), longs à lire. J’ai mis longtemps à lire cet ouvrage mais ne me suis pas ennuyé pour autant. Car Iris Murdoch ne raconte pas des histoires pour raconter des histoires mais s’en sert comme supports à des réflexions très profondes, sociétales comme philosophiques et, comme déjà écrit, elle ne lâche rien. Un pitbull !
   
   Londres, seconde moitié du XXème siècle, Gerard Hernshaw, Rose Curtland, Jean et Duncan Cambus, Jenkin Riderhood, David Crimond, … sont d’anciens élèves de l’Université d’Oxford, qui n’ont jamais décroché de leur relation à cette Université même s’ils sont maintenant aux portes de la retraite et qui vivent, pour certains d’entre eux, une relation si pas-fusionnelle au moins très étroite.
   Ils ont eu en leur temps d’étudiants des tendances marxistes, iconoclastes, et ont peu à peu évolué. Tous, sauf un, David Crimond, le plus exalté du lot, le plus déterminé aussi, mais qui s’avère également comme une espèce de "génie du mal", semant drame et désolation autour de lui.
   David Crimond est donc à part, il est resté étudiant attardé et s’acharne à écrire "l’ouvrage" qui fera date au XXème siècle, mêlant marxisme, philosophie et considérations diverses. L’ouvrage définitif en quelque sorte, le livre dont il est question dans le titre. Pour lui permettre de se consacrer à ce labeur et le libérer des contingences matérielles, ses coréligionnaires, même s’ils le considéraient à part, avaient créé une "Gesellschaft", une société se cotisant pour lui fournir des fonds.
   
   Cette démarche a perduré dans le temps même si les liens se sont distendus entre David Crimond, demeuré marxiste, et les autres, les "compagnons", au point qu’en réalité ceux-ci ne savent quasiment rien de l’avancement de l’ouvrage. Mais le financent pour autant.
   
   Par ailleurs Rose est depuis toujours amoureuse de Gerard, qui fait office de leader et référence du groupe. Gerard est attiré par Jenkin, Jean Cambus a par le passé quitté Duncan, son mari, pour David Crimond, et quelques autres personnages secondaires (pas si secondaires que cela en fait) et plus jeunes ; Tamar, Gulliver, Lilly, ont également des problématiques compliquées.
   
   Au moment où le roman commence, Jean Cambus va à nouveau quitter Duncan pour David Crimond. C’est un peu le coup de pied dans la fourmilière que donne Iris Murdoch et, le coup de pied donné, elle va scruter l’évolution des différents protagonistes au fil des drames ou micro-évènements qui vont survenir.
   
   Roman à évolution lente mais d’une densité incroyable, il faut de la disponibilité de temps et d’esprit pour en venir à bout. Un sacré témoignage sur une fraction de la société londonienne, une fraction qu’on qualifiera d’intellectuelle, de la seconde moitié du XXème siècle !

critique par Tistou




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