Lecture / Ecriture
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Une vie nulle part de John Burnside

John Burnside
  Une vie nulle part
  Les empreintes du diable
  La Maison muette
  Scintillation
  Un mensonge sur mon père
  L'été des noyés

John Burnside est un écrivain écossais né en 1955 à Dunfermline.

Une vie nulle part - John Burnside

Le gris des aciéries
Note :

   Tout commence par le premier acide que prend Alina à l'adolescence avec son ami Francis. Nous sommes dans les années 70, à Corby, petite ville industrielle d'Angleterre. Petit à petit, on fait connaissance avec divers protagonistes, on plante le décor dans une ambiance pré-apocalyptique, où l'atmosphère est lourde et triste, comme recouverte des poussières émanant des aciéries. Tout va tourner autour de ces 2 adolescents, de leur famille, et chacun prend la parole à tour de paragraphe, c'est la pureté de l'eau.
   
   Deuxième opus, le drame a eu lieu, on craint ses conséquences, on anticipe. Francis prend la route, c'est entretenir le feu.
   
   3° opus, courant d 'air, Francis voyage, écrit, s'explique. Enfin le clair de terre, Francis revient à Corby et fait la paix avec sa famille.
   
   A l'instar des titres de chapitres, ce roman est limpide et mystérieux à la fois. Evoquant tour à tour le déracinement, les différences culturelles, l'individualité et les relations familiales, la violence, les frustrations, le travail de la terre, le temps qui passe et tant d'autres choses immatérielles qui construisent les vies des hommes, il chemine dans la tête de ses personnages et englobe tout dans son aura misérable et poisseuse.
   
    John Burnside est avant tout un poète, et ses phrases devraient presque se lire à haute voix tant leur sonorité importe.
   
   Rien n'est anodin dans cette vie nulle part, ces 408 pages prennent énormément de temps à lire, je reconnais que ce n'est vraiment pas mon genre de prédilection, mais arrivée au bout je suis contente de l'avoir fait, reconnaissante d'avoir côtoyé pendant toutes ces heures un grand écrivain, car c'en est un, assurément. Mais pour ma part, l'effort à fournir est au détriment du plaisir.
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critique par Cuné




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Nowhere man
Note :

    Première incursion chez John Burnside, auteur écossais, très positive. Nous sommes en 1970 environ dans l'Angleterre industrielle en voie de désindustrialisation. Francis, son frère Derek, son amie Alina et son frère Jan, fils d'émigrants lettons, ont une vingtaine d'années. On est déjà loin de la Swinging London et ça ne rigole pas tous les jours dans ce pays d'acier et de crassiers. Drogue et violence à tous les étages, comme partout puisque l'expérience des uns aura à jamais dans notre monde refusé de servir aux autres. Sinon ça se saurait et Kurt Cobain aurait vécu plus longtemps que Jim Morrison. Mais faut pas rêver. Peu de place pour le rêve donc à Corby, une fois la bière tirée et les couteaux évités. Passer d'Ecosse en Angleterre pour Francis n'aura donc pas été simple dans ce "Royaume-Uni". Mais pour certains les dés ont été jetés précocement avec leur souffle de vie. Francis part alors d'abord sur les chemins anglais, buissonniers mais où l'herbe n'est pas plus verte. Parfois outrageusement banal Francis se défonce comme tout un chacun mais lui ne croit même pas ainsi se singulariser. Belle lucidité.
   
   "Une vie nulle part" n'est pas qu'un livre sur le mal-être ou sur la partance. Les liens familiaux sont remarquablement évoqués dans les deux premiers tiers du livre, avec la parole donnée à son frère Derek qui joue de la basse et écoute Rory Gallagher pour chasser le quotidien enfumé, ou à leur père Tommy veuf sombre et que l'ange de la violence caresse parfois aussi. L'amitié et le souvenir ont accompagné Francis comme de bienfaisants nuages mais la route est bien âpre pour cet indépendant un moment égaré en un château sectaire parcouru de fantômes sonnés.
   
    Une vingtaine d'années va ainsi passer depuis la Californie et Silicon Valley à laquelle on ne s'attendait certes pas jusqu'au retour final. Des rencontres, des frustrations sur cet itinéraire d'un enfant troublé, zébrées de riffs de guitare qui pour moi sonnent comme une madeleine littéraire tant la musique de ces années électriques balance en moi depuis plus de quarante ans. Manifestement je me sens assez frère de Francis et de Derek et j'ai partagé, ému, leurs espoirs et leurs désillusions, et plus simplement leur fraternité jusqu'à un secret terminal révélé que je n'ai pas encore découvert. Car, et c'est assez rare, je suis si bien avec Francis que je ne précipite pas mes adieux à son univers. Je ne peux qu'engager à faire la route avec ces gars-là, authentiques et douloureux. Quant à John Burnside il aura de mes nouvelles. Ou plus exactement j'aurai de ses romans. Lui pardonnant même la pourtant gravissime erreur d'attribuer le fabuleux "Wooden ships" à Jefferson Airplane au lieu de Crosby, Stills and Nash. Hey John! Je suis chatouilleux là-dessus.

critique par Eeguab




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