Lecture / Ecriture
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La pâtissière de Long Island de Sylvia Lott

Sylvia Lott
  La pâtissière de Long Island

La pâtissière de Long Island - Sylvia Lott

Le gâteau qui réconcilie
Note :

   Je suis un grand gourmand. Il m’est impossible de résister à un dessert, excepté la tarte au citron que j’ai en horreur. Un paquet de biscuits ouvert, je ne peux m’empêcher d’enfourner tout son contenu… ainsi je me méfie comme de la peste de ces grosses boites en fer blanc et ne les propose que lorsque les invités sont suffisamment nombreux pour ne pas m’infliger une indigestion de sucreries pâtissières. Je dis bien pâtissières. Je suis allergique aux confiseries. Je fuis Halloween et les fêtes foraines comme le choléra.
   Bref, comme j’avais salivé pendant toute la lecture du Chocolat (Joanne Harris), je fus attiré par la couverture rose bonbon de cette pâtissière…
   Autant le dire tout de suite : le titre ne vaut rien et cela n’a rien à voir avec la traduction. Alors que le titre tout trouvé était évident : Marie’s New York Style Cheesecake.
   Le gâteau au fromage blanc de Marie façon Manhattan si vous avez quelques soucis avec la langue de Shakespeare.
   En réalité, et bien que cela ne se sente pas du tout, Sylvia Lott n’est pas américaine, mais bien allemande.
   Et là, on aborde un autre aspect de ce qui peut m’allécher dans un roman : voyager sans même quitter son fauteuil.
   Direction la Frise Orientale.
   Qui aurait l’idée saugrenue d’aller y passer ses vacances? Un terrain vague coincé entre les Pays-Bas, la Basse Saxe et la mer du Nord . Bref, ça peut correspondre à notre ch’ti Nord ben d’chez nous ou, mieux, la plaine de la Somme. Mais j’en parle sans en connaitre le moindre mètre carré. Passons.
   Et le roman tangue de cette lande de terre oubliée et morose aux gratte-ciel de Manhattan; des années noires d’avant guerre (la deuxième) aussi bien dans cette Allemagne qui tente de se relever de l’affront de 1918 sous une bien triste bannière, catéchisée par des idées nauséabondes, tous derrière un petit moustachu et le bras levé qu’à New York, effondrée pire qu’après la destruction des Tours Jumelles, touchée dans ce que l’Amérique a de plus cher : sa finance, son économie. La crise de 29. C’est le temps de la prohibition.
   Marie, l’héroïne, contrainte de s’exiler dans ce nouveau pays, va connaitre un monde radicalement différent de son bout de terre Frison.
   
   En parallèle, on la retrouve 70 ans plus tard, avec les yeux de son arrière petite nièce.
   Si les temps ont changé, les histoires de cœur restent les mêmes. Les questions, les doutes, les choix sont identiques. Et cette fameuse recette du gâteau au fromage.
   Marie aurait pu être diplomate. Elle a le don de réconcilier les pires ennemis, et pour cela sa recette fait merveille. Bientôt son cheesecake sera la star du petit troquet que ses frères possèdent à Brooklyn. Bien sûr, elle va rencontrer le beau Walter, qui n’est que le propre fils du magnat du surgelé local qui, forcément, entend découvrir la recette miracle et produire son gâteau à la chaine. Comme si on pouvait congeler la magie!
   Mais Marie est amoureuse d’un autre. Un petit professeur resté au pays pour lequel bat son cœur de pâtissière et qu’elle attend patiemment. Mais quel chemin va prendre Arthur dans cette Allemagne qui redresse la tête sans s’apercevoir qu’elle penche dangereusement du mauvais côté?
   Et la vie va se charger du reste.
   
   Foncièrement optimiste, voilà une petite histoire bien goûteuse ("les doutes sont plus destructeurs que les erreurs").
   Au final, quel est donc cet ingrédient qui fait toute la différence? Aura-t-on la réponse avant la fin du roman? Est-ce réellement un ingrédient physique? Maintenant à vous d’inventer une nouvelle variante du célèbre Cheesecake New-Yorkais.

critique par Walter Hartright




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