Lecture / Ecriture
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La frontière de Maurice Leblanc

Maurice Leblanc
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  La frontière

Maurice Leblanc est un écrivain français né en 1864 et décédé en 1941.

La frontière - Maurice Leblanc

Une autre facette littéraire du créateur d’Arsène Lupin !
Note :

   Quarante ans ont passé depuis la défaite de Sedan, mais Morestal, maire et conseiller de Saint-Elophe dans les Vosges, examine chaque jour de chez lui la frontière avec l’Allemagne.
   
   Ancien entrepreneur et propriétaire d’une scierie florissante il a fait construire une grande demeure au hameau du Vieux-Moulin d’où il peut surveiller la région, et principalement la partie des Vosges devenue allemande. Il remarque ce matin-là à l’aide de son télescope sur pied qu’un poteau allemand marquant la frontière vient d’être mis à bas. Et ce n’est pas la première fois qu’un tel incident se produit.
   
   Un homme arrive en catimini le prévenant qu’un déserteur doit passer la frontière le soir même. Mais Morestal n’aime pas trop ce Dourlowski à la mine chafouine. D’autant que son fils, professeur quadragénaire et sa femme Marthe doivent arriver bientôt. Ils résident à Paris et ne se sont pas vus depuis un certain temps. Justement ils sont aux portes du jardin. Les retrouvailles vont toutefois se teinter d’acrimonie.
   
   En effet, autant Morestal est un revanchard, n’acceptant pas la spoliation d’une partie du territoire français par l’Allemagne, autant Philippe est un pacifiste convaincu, ayant déjà deux ouvrages à son actif. Il vient d’en publier un troisième, La Paix quand même, sans nom d’auteur. Bientôt la conversation tourne autour de ce sujet qui divise les deux hommes, mais Morestal ignore que c’est son fils qui a publié cet ouvrage qu’il déclare tendancieux et antipatriotique.
   
   L’arrivée de Jorancé, le commissaire spécial, et de sa fille Suzanne, clôt les débats. Philippe est content de retrouver la jeune fille qui vit seule avec son vieux père, sa mère étant partie en goguette à sa naissance. Suzanne a vécu quelques temps avec Marthe et Philippe à Paris, le professeur la promenant dans la capitale à la découverte des monuments et l’emmenant à des spectacles.
   
   Mais entre Suzanne et Philippe se sont tissés des liens qui pourraient faire éclater le ménage. Philippe tente de résister aux assauts de la belle Suzanne, mais avec de plus en plus de difficultés.
   
   Morestal a le malheur de dessiner un croquis sur lequel il dessine un passage dans la frontière, puis qu’il jette dans une corbeille. Alors qu’il a le dos tourné Dourlowski s’empare du document. Morestal et Jorancé se rendent de nuit dans le bois où doit passer le déserteur, et ils sont accompagnés pendant un certain temps de Philippe qui les quitte afin de rejoindre Suzanne. Mais erreur ou pas, ils sont faits prisonniers par des Allemands qui leur reprochent d’avoir franchi la frontière.
   
   Toute l’intrigue de ce roman tourne autour de la personne de Philippe Morestal et propose deux histoires passionnantes. La confrontation entre le père qui prône la revanche en aidant les déserteurs dans un esprit belliqueux envers les Allemands et le fils pacifiste convaincu, et l’amour qui s’instaure entre Philippe et Suzanne sous les yeux de Marthe.
   
   Ce fait divers marque d’une façon négative les relations franco-germaniques. Morestal est libéré mais est obligé d’être soigné par le docteur de famille à cause d’un cœur défaillant. Cela ne l’empêche pas de vilipender les Uhlans qui détiennent son ami Jorancé. Cet incident remonte jusqu’aux plus hautes instances gouvernementales, aussi bien du côté français que du côté allemand. Et le spectre de la guerre est ressenti différemment. Comment réagira Philippe dans ce conflit qui se prépare ? Un cas de conscience qui le divise.
   
   La Frontière
est un roman prémonitoire car publié en 1911, il anticipe certains événements qui vont précéder la guerre de 1914/1918. Evidemment la déclaration de guerre n’est pas sujette à cet épisode, mais c’est la confrontation entre les esprits belliqueux et les pacifistes qui est ici analysée. Et il faut bien reconnaître que la frontière entre les deux pays était une véritable passoire. Et les soldats Alsaciens intégrés de force dans l’armée allemande n’avaient qu’une envie, celle de franchir la ligne bleue des Vosges.
   
   Roman de guerre, roman d’anticipation non scientifique, roman de paix et roman d’amour également, La Frontière n’a pas subi les outrages du temps, et se lit avec plaisir. Ce roman pourrait très bien avoir été écrit par un auteur actuel, seul le style littéraire différencie car aucune fausse note n’est à relever, aucune vulgarité, aucune grossièreté, aucune scène équivoque n’est à déplorer. C’est également un reportage, un témoignage sur l’état d’esprit d’une partie de la population française.
   
   "Ceux qui regardent en avant peuvent encore comprendre les croyances d’autrefois, puisqu’elles furent les leurs quand ils étaient jeunes. Mais ceux qui s’accrochent au passé ne peuvent pas admettre des idées qu’ils ne comprennent pas et qui heurtent leurs sentiments et leurs instincts."
   
   "Mais la chasse mon garçon, c’est l’apprentissage de la guerre."
   
   "Toutes les douleurs individuelles, toutes les théories, tout disparaissait devant la formidable catastrophe qui menaçait l’humanité, et devant la tâche qui incombait à des hommes comme lui, affranchis du passé, libres d’agir suivant une conception nouvelle du devoir."
   
   "Le monde aura entendu la protestation de quelques hommes libres, de professeurs comme moi, d’instituteurs, d’écrivains, d’hommes qui réfléchissent et qui n’agissent que d’après leurs convictions, et non comme des bêtes de somme qui vont à l’abattoir pour s’y faire égorger."
   

   Si vous préférez la version pour liseuse, vous pouvez télécharger gratuitement le texte de La Frontière sur le site ebooksgratuits.com

critique par Oncle Paul




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