Lecture / Ecriture
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À la place du mort de Paul Baldenberger

Paul Baldenberger
  À la place du mort

À la place du mort - Paul Baldenberger

Premier roman réussi
Note :

   Où?
    Le roman se déroule principalement en France, à Paris et en banlieue, à Issy-les-Moulineaux, Fontainebleau, Brunoy Versailles, Le Vésinet ou Meudon ainsi qu’à Lyon, Marseille, Manosque, au Vieux-Boucau et en Auvergne. Tunis et Oxford ainsi que New York et l’Oregon y sont aussi évoqués.
   
   Quand?

    L’action se situe des années 1940 à nos jours.
   
   Ce que j’en pense :

    Delphine Bertholon dans Les Corps inutiles a raconté comment une jeune fille de 15 ans tente de vivre après une agression sexuelle. Paul Baldenberger (dont on apprend qu’il s’agit d’un pseudonyme et que le récit est autobiographique) nous propose une variation sur ce même thème avec un jeune garçon de douze ans dans le rôle de la victime.
    David, qui attend la belle Nina de Valmain, la "fille idéale" près de l’aumônerie est contraint de monter dans une Peugeot 505 bleue et de subir les assauts d’un homme : "J’ai regardé devant pour ignorer l’arme endormie entre ses cuisses."
   Le traumatisme est si violent que seul le mutisme peut enfermer ce crime.
   "Il me faudra des années pour revenir à ce tremblement premier, celui des roues de la Peugeot rue Louis-Vicat, l’une des dernières rues pavées de ma banlieue. Tout s’éclairera alors et je tisserai un fil supplémentaire entre ces trois heures et le reste de ma vie."
   

   Au moment de prendre la plume et de raconter cet épisode, on sent que le temps a passé, mais que les plaies restent ouvertes. Qu’à l’heure du bilan, l’auteur éprouve une sorte de nécessité à revenir sur ce drame et sur toutes les blessures familiales, que c‘est pour lui le moyen de les transcender, à commencer par l’exil de sa mère en 1941 à Tunis où elle est contrainte de fuir, laissant ses parents s’engager dans la résistance : "Lorsque je raconte cette histoire vieille de soixante ans à mon amie, ses yeux brillent. Je suis le grand narrateur, l’homme qui a toujours des histoires sur tout, qui tricote des rêves avec ces lambeaux de passé où il semble si à l’aise, si léger, qui font comme des bandelettes dont il se couvre le corps."
   

   C’est du reste la grande vertu de ce roman, cette belle écriture, fine et précise, qui permet de dire les choses d’une façon terriblement simple. Comment le petit garçon a grandi à l’ombre d’un frère décédé, comment il a vécu ses premiers émois sexuels, avec Christelle a sept ans. Placé derrière elle durant un cours de chant, il "éprouve une irrésistible envie de toucher sa nuque, de l’embrasser, de la mordre." Avec Nina quelques années plus tard et à qui il n’osera avouer qu’elle est "comme par inadvertance, associée à un événement plus grand qu’elle, qui la dépasse comme il me dépasse et me submerge."
   

   Comment tout cela s’arrête brutalement, après ce "tremblement au milieu du mouvement et je suis au-delà de ma vie, comme projeté dans un autre monde, découvrant une nouvelle forêt tandis que l’ancienne s’est évanouie."
   

   Comment la mort envisagée alors trouve dans l’éloignement un pis-aller. Mais avec un ami allemand avec lequel il grimpe en montagne et avec un séjour en Oregon auprès d’une famille américaine, il reprend goût à la vie. Une vie d’où toute vulgarité est bannie, où le beau est un baume délicat, où le luxe est un pansement agréable et où les partenaires sont belles et riches, même si les relations sont éphémères.
   
    Voilà un premier roman réussi parce que l’on sent à chaque ligne sa nécessité et parce que l’on en oublie le sordide pour n’en garder que la transcendance.

critique par Le Collectionneur de livres




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