Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

La maison des pendus de Jean-Paul Nozière

Jean-Paul Nozière
  La maison des pendus

La maison des pendus - Jean-Paul Nozière

Le nouveau crime du golf ?
Note :

   Jardinier au golf du Val des sources, Tonio aime aussi pratiquer, hors saison, le braconnage en compagnie de son chien Loupiot.
   
   Ce jour de la fin mars, il découvre dans la cabane de chasse située non loin du golf, son responsable Victor, surnommé Tété, mort assis sur un banc, tenant son arme, un Merkel de grande valeur. Une balle en plein cœur, et son chien Dakar a lui aussi reçu une balle mortelle. Un suicide apparemment, d’autant qu’une feuille déposée non loin précise que Tété s’est donné volontairement la mort. Quelque chose cloche toutefois, car ce n’est pas avec une carabine que l’on peut se tuer. Alors, n’écoutant que son courage, relatif, Tonio appelle les forces de l’ordre de Sponge, la ville proche, avec le portable de Tété.
   
   Le décor est mis en place, il ne reste plus qu’à remonter le temps et découvrir les différents personnages qui gravitent dans cette histoire pleine de secrets et de rebondissements.
   
   Tonio est donc jardinier au golf du Val des sources en compagnie de Maxime, Joseph et Marie, surnommée Marie-couche-toi là, justement pour sa propension à partager le lit de ses collègues, contre rétribution. Faut pas abuser non plus. Ils sont sous les ordres de Victor, dit Tété, et ils ressentent parfois une certaine acrimonie à son encontre. Etre dirigés par un Noir, un Sénégalais pensent-ils avec raison, sinon pourquoi aurait-il appelé son chien, un magnifique griffon Khortals, Dakar, ne leur convient guère. Ils ne disent pas Noir entre eux, mais nègre ou négro, ce qui démontre leur ressentiment. D’autant qu’il habite seul une demeure de prestige toutefois entachée par un sombre drame. Les anciens propriétaires ont été retrouvés pendus, suicidés probablement.
   
   Tonio et ses collègues pensent que la richesse parfois ostentatoire de Victor provient d’un trésor qui fut caché dans la maison. Or cet argent ils aimeraient bien en voir la couleur.
   
   Seulement, le directeur du golf embauche sur recommandation Marcus, un prêtre défroqué qui depuis quelques années était novice dans un couvent proche. Et comme si cela ne suffisait pas, s’ajoute au personnel la belle Lucie qui s’occupera de l’accueil et qui écoute à longueur de journée des chansons des années 1960 et 1970. Des rengaines sirupeuses dont elle fait profiter son entourage. Et Victor s’entiche de ces deux nouvelles recrues, leur proposant d’habiter dans des chambres, elles sont nombreuses, de sa demeure, au lieu de vivre dans des mobile-home comme les autres employés.
   
   Tous ces personnages possèdent leurs secrets, leurs failles, qu’ils gardent jalousement par devers eux. Une coupure de presse provenant d’un journal sénégalais dévoile quelque peu le passé de Victor.
   
   Deux parties composent ce roman, après la présentation et la découverte du cadavre. Deux parties qui sont l’avant et l’après de ce suicide, ou meurtre maquillé en suicide. Et le lecteur apprend peu à peu les origines, les secrets, les tensions, les rapprochements entre deux clans, tout ce qui va amener au drame. Ensuite ce sont les démarches effectuées par un policier de Sponge concernant la fin brutale de Victor. Et sa frustration lorsqu’il se voit destitué de l’enquête, alors qu’il est persuadé tenir un fil dans cet embrouillamini. Ce sont également les déambulations et le devenir des employés du golf qui sont narrés.
   
   On pénètre peu à peu dans l’esprit des personnages, qui se dévoilent soit par leurs actions au cours du récit, soit par des retours dans le passé. Mais à petites doses, afin d’entretenir le suspense pour une intrigue dont l’épilogue est moral, ou presque.
   
   La religion est évoquée, non seulement parce que Marcus est un moine ou plutôt un novice défroqué, mais parce qu’elle est un ingrédient du comportement de certains protagonistes. Une sorte d’envie et de besoin s’exprimant également sous une forme de rejet.
   
   Un roman tendre et dur à la fois, qui permet à Jean-Paul Nozière d’affirmer tout son talent de conteur, sortant des sentiers battus, avec des personnages atypiques et pourtant si proches, le reflet de l’humain dans ce qu’il a de meilleur et de pire.

critique par Oncle Paul




* * *