Lecture / Ecriture
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Le Prince noir de Iris Murdoch

Iris Murdoch
  La mer, la mer
  Les demi-justes
  Le message à la planète
  Le Château de la licorne
  Le Prince noir

Iris Murdoch est une écrivaine britannique née en Irlande en 1919 et décédée en 1999.

Le Prince noir - Iris Murdoch

La faute à Shakespeare
Note :

   C'est une narration autobiographique écrite en boucle. L'histoire commence quand Bradley Pearson, 58 ans, reçoit l'appel téléphonique de son ami l'écrivain à succès Arnold Baffin : il lui demande de venir d'urgence parce qu'il vient de brutaliser son épouse Rachel et craint de l'avoir tuée. L'histoire s'approchera de la fin quand, à son tour, Rachel appellera l'ami du couple parce qu'elle redoutera d'avoir tué son mari à la suite d'une dispute dont la cause n'est pas celle qui fera accourir Bradley.
   
   C'est un narrateur dont le projet d'écriture est constamment empêché par les appels téléphoniques et les visites des différents personnages : Rachel et Arnold Baffin, Julian leur fille d'à peine vingt ans, Christian l'ex-épouse de Bradley, depuis peu veuve, riche et de retour à Londres, Priscilla la sœur de Bradley, qui vient de quitter le domicile conjugal à Bristol, l'esprit passablement dérangé, et enfin Francis Marloe, psychologue, homosexuel et toujours fauché — trois caractéristiques qui importent à tour de rôle.
   
   C'est un roman sur l'écriture. Pearson, le narrateur, a déjà publié deux ou trois livres mais il est en panne d'inspiration alors que Baffin, son ami et cadet de dix ans, a accumulé une jolie pile de succès d'édition que Bradley est loin d'avoir lus en entier. Animé sans doute par la jalousie envers un collègue célèbre, Pearson a rédigé une critique très négative du dernier livre d'Arnold. Par ailleurs, Julian est hantée par la figure d'Hamlet, qu'elle étudie et qu'elle interprète, et pour séduire Bradley elle s'habille en Prince noir ; cet épisode justifie le titre du récit.
   
   C'est donc un roman sur l'amour, ainsi que le souligne le sous-titre de l'autobiographie. Si les couples échouent et se défont — Christian a divorcé, Priscilla quitté Roger et Rachel tuera son mari — Bradley expose avec complaisance son penchant pour Rachel puis son attirance pour la jeune Julian à qui il offre des bottes rouges avant d'en tomber littéralement amoureux. La villa de bord de mer louée par Bradley pour s'y livrer à l'écriture, Patara, devient un bref instant le nid d'amour de Bradley et de Julian, une liaison qui provoque le courroux d'Arnold. La jeune ingénue pleine d'idées romantiques tranche avec la figure triste de Priscilla dont la présence insupporte Bradley.
   
   Les personnages d'Iris Murdoch ne produisent pas beaucoup d'attachement ou de compassion de la part du lecteur, certains sont clairement irritants voire antipathiques, Bradley en tête. Il est à la recherche de l'inspiration perdue, de l'amour qu'il ne connaît plus depuis des années, ainsi que d'une nouvelle vigueur sexuelle, symboliquement figurée par la Post Office Tower que l'on vient d'achever à Londres en 1965. Mais Bradley se conduit d'une manière souvent inconséquente et énervée, celle d'un mufle ou d'un goujat qui envoie promener ses visiteurs, y compris son ex-épouse et surtout sa sœur à l'équilibre mental incertain. L'autobiographie de Bradley est sans doute déformée par sa rédaction et sa mise en forme, mais les personnages qui la jugent et s'expriment en postface n'ajoutent que l’égoïsme de leurs points de vue.
   
   Il faut aussi savoir que la composition du livre repose sur l'alternance de longues séquences de dialogues reconstruits par Bradley en écrivant sa biographie et de lourds moments de réflexion du même Bradley qui nous rappellent qu'Iris Murdoch enseigna la philosophie. Dans tous les cas cela exige la persévérance du lecteur vu l'extrême minutie de l'analyse de la romancière et — pense-t-on parfois — une excessive longueur due aux ressassements de Bradley.
    ↓

critique par Mapero




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Montée inéluctable d’une catastrophe
Note :

   Londres, XXème siècle. Bradley Pearson est un auteur qui a connu un succès précoce mais sans lendemain. Sans lendemain largement du fait qu’il n’est pas d’une très grande fécondité et qu’il considère comme un acte de gloire de déchirer les feuilles que difficilement il écrit. Il a gagné sa vie, somme toute laborieuse, en tant "qu’agent du fisc", il est maintenant à la retraite.
   
   Il a pour ami un écrivain plus jeune, plus prolixe, beaucoup plus prolixe, qui, lui, connait le succès avec des romans que Bradley considère comme mineurs et même médiocres. C’est Arnold Baffin.
   Arnold Baffin, sa femme Rachel et Julian leur fille, constituent comme une seconde famille pour Bradley. Il a divorcé de Christian, sa femme, il y a déjà une paire d’années et celle-ci est partie épouser un riche et vieux Texan.
   
   Il y a Francis Marloe, le frère de Christian, homosexuel veule à la personnalité trouble qui survit aux crochets de qui n’a pas le cœur de le rejeter et enfin Priscilla, la sœur de Bradley, de dix ans moins âgée que Bradley, qui vit un mariage malheureux et ne sait pas prendre les bonnes décisions.
   
   Les acteurs sont en place et l’action va pouvoir se déclencher car, au vrai, "le Prince noir" se déroule telle une pièce de théâtre avec des actions qui rebondissent en un laps de temps très court, faisant interférer ces différents acteurs quasiment en une unité de lieu.
   
   "Cela produirait peut-être plus d’effet du point de vue dramatique de faire commencer cette histoire au moment où Arnold Baffin me téléphona pour me dire : "Bradley, pourriez-vous venir me voir, s’il vous plait, je crois que je viens de tuer ma femme"."
   

   Ca commence fort, non ? Et la trame va s’entremêler très rapidement puisqu’au moment où Bradley quitte son havre pour aller chez Arnold constater qu’en fait celui-ci n’a pas tué sa femme, Francis Marloe débarque et lui annonce que Christian, son ex-femme, est revenue du Texas et va probablement chercher à le revoir, à sa grande contrariété.
   
   Se rendant chez Arnold, il constate que Rachel n’est pas morte mais plutôt mortifiée de l’attitude de son mari. Il comprend qu’elle est amoureuse de lui. Puis très rapidement, Julian venant vers lui, c’est lui qui tombe amoureux d’elle – et elle a tout de même quelques dizaines d’années de moins que lui. Et puis débarque sa sœur Priscilla qui vient de quitter la maison familiale…
   
   Les contrariétés s’enchainent à un rythme effréné sans qu’on ait le sentiment que Bradley puisse lutter. De fait, il ne lutte pas et est emporté tel un fétu de paille dans la tourmente des évènements.
   
   Il ne s’agit pas d’un roman d’action pour autant. Loin de là même. L’introspection est au pouvoir au fil des avanies rencontrées par Bradley et ça va finir mal. Très mal.
   
   Iris Murdoch n’est manifestement pas le genre d’auteur qu’on peut lire à toute vitesse, pas une "page-turner". Il y a matière à réflexion dans ce "Prince noir" !

critique par Tistou




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