Lecture / Ecriture
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Aux animaux la guerre de Nicolas Mathieu

Nicolas Mathieu
  Leurs enfants après eux
  Aux animaux la guerre

Nicolas Mathieu est un écrivain français né en 1978 à Épinal dans les Vosges. Il a obtenu le Pris Goncourt en 2018 pour son roman Leurs enfants après eux.

Aux animaux la guerre - Nicolas Mathieu

La droite, la gauche et le Milieu
Note :

   Où?
   L’action se déroule en France, principalement dans les Vosges, "dans un tout petit patelin situé quelque part entre Bruyères, Corcieux et Saint-Dié", à mi-chemin entre Arches et Dinozé, vers Guménil, Géroménil, avec des escapades à Nancy et Strasbourg.
   
   Quand?
   Le roman est situé de nos jours
   
   Ce que j’en pense
   Nicolas Mathieu est un digne héritier des Manchette, Fajardie, Jonquet, Daeninckx, Pouy ou encore Marc Villard. Dans la meilleure veine du polar social, il nous décrit le quotidien sinistré d’une vallée vosgienne à l’heure de la désindustrialisation.
   Pour son premier roman, il a choisi une construction audacieuse, en donnant tour à tour la parole à différents protagonistes.
   
   La scène d’ouverture, qui se déroule à des centaines de kilomètres de là, donne le ton. Nous sommes en Algérie, pendant la sale guerre. C’est-à-dire à une époque où presque chacun pouvait tuer son voisin, quand la fin justifiait les moyens. Pierre Duruy est venu tenter d’exorciser les fantômes de cette époque sous le rude climat lorrain. Mais le traumatisme reste malheureusement bien vivant. Face à "l’horreur économique" qu’ils subissent, la plupart de ses voisins et collègues doivent aussi vivre avec leurs névroses.
   Car tout le monde sait que l’usine – la seule industrie du coin – est en sursis. Martel, le syndicaliste et secrétaire du comité d’entreprise, est peut être le mieux placé pour comprendre ce qui se trame. C’est aussi la raison pour laquelle il essaie d’améliorer l’ordinaire avec des combines peu reluisantes. Un moyen comme un autre d’asseoir son autorité, par exemple sur Bruce, que l’on pourrait qualifier de sombre brute. Et dont la recette contre le désespoir est un cocktail composé d’alcool, d’anabolisants et de différentes drogues.
   Rita fait en quelque sorte le lien entre le monde ouvrier et les dirigeants. Cette inspectrice du travail qui essaie de tirer un trait sur une vie de couple ratée est le témoin de l’exploitation des plus pauvres par tous ceux qui ont un peu ou beaucoup de pouvoir. Réaliste, elle sait toutefois qu’il ne sert à rien de pousser le bouchon trop loin, de peur de voir les emplois – si fragiles soient-ils – disparaître pour de bon.
   Autour d’eux, la génération suivante, leurs enfants, n’est guère mieux lotie.
   
   C’est dans ce contexte que l’idée de se rapprocher de la pègre pour faire bouillir la marmite entraîne les malheureux prolétaires dans une expédition à Strasbourg. Leur but ? Enlever une prostituée. L’opération va tourner au fiasco. Rita va recueillir la pute qui s’est échappée presque nue dans la neige…
   
   Grâce à la construction choisie, qui donne la parole successivement aux principaux personnages, on vit littéralement au cœur de l’action et on comprend, si on ne les partage pas forcément, les raisons qui poussent les uns et les autres agir dans un univers aussi glauque qu’impitoyable. Une belle réussite pour un premier roman.

critique par Le Collectionneur de livres




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