Lecture / Ecriture
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Voleur de poules de Roger Knobelspiess

Roger Knobelspiess
  Voleur de poules

Voleur de poules - Roger Knobelspiess

Chez les prolos
Note :

   Prolétaire : qui n’a d’autre richesse que ses enfants. Dans ce quartier d’Elbeuf, petite bourgade de Normandie (pas celle des cartes postales et des bords de mer, je précise), entassés dans des baraquements décrépis vivent des familles que l’on qualifiait de nombreuses et c’est un euphémisme. Sept, neuf, voire davantage de mômes serrés dans un trois pièces cuisine ou passant leur temps libre dans la rue.
   C’est le cas chez les Knob.
   
   Le père, vaguement ramoneur, bricoleur en diable et sachant toujours se débrouiller. Un emploi salarié, un patron sur le dos, c’est pas pour lui.
   Et les enfants, à bonne école. Celle de la rue. De la débrouille dans un monde encore machiste aux encoignures où le p’tit calva, le gros rouge qui tache ou encore la gueuse servent à s’évader de cette existence dépouillée. Avec, au passage, dommages collatéraux, quelques roustes à la femme et parfois aux enfants.
   
   S’il y a un côté Pieds Nickelés dans la prose de Knobelspiess, le sourire goguenard stoppe à chaque coin de page, lorsqu’il est question d’inceste, de coups de ceinturon ou d’allusions à la guerre encore bien présente dans les esprits (nous sommes dans la fin des années 50).
   Même les bals du Samedi soir deviennent glauques, les virées entre potes, cette France à la traine, à deux vitesses.
   Dans cette tranche de souvenirs, Knob raconte sa jeunesse entre deux séjours en prison (il y passera 26 ans de sa vie où il croisera notamment Jacques Mesrine). Il livrera du reste ses commentaires sur l’univers carcéral dans des bouquins poignants (Qhs, Stock 1980).
   
   L’intérêt de cette plongée chez les prolos de l’après guerre est de bien montrer le terreau sur lequel peut se développer la délinquance. En pleines 30 glorieuses, le progrès n’était pas partagé par tous; il en va de même aujourd’hui et il n’y a pas de raison pour cela change un jour.
   
   Le parallèle avec José Giovanni est facile. Un dur au cœur tendre, qui flirtera lui aussi avec le monde de l’écriture et du cinéma. Cependant, Giovanni rappelle davantage la pègre des films noirs (Gabin et Ventura plus que Bogart) tandis que Knob, écorché vif, évoque "le voleur de bicyclette"… ou de poules.
   Roger Knobelspiess est mort le 19 Février 2017. Il allait avoir 70 ans. Il n’y a pas de retraite pour les filous.

critique par Walter Hartright




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