Lecture / Ecriture
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Hôtel Waldheim de François Vallejo

François Vallejo
  Le voyage des grands hommes
  Ouest
  Madame Angeloso
  Groom
  L'incendie Du Chiado
  Dérive
  Les sœurs Brelan
  Vacarme dans la salle de bal
  Métamorphoses
  Fleur et sang
  Hôtel Waldheim
  Un dangereux plaisir

François Vallejo est un enseignant et écrivain français, né au Mans en 1960.

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Hôtel Waldheim - François Vallejo

Les Grisons, nid d’espions
Note :

   Rentrée littéraire 2018
   
   Où?
   Le roman se déroule principalement en Suisse, à Davos ainsi qu’à Zurich. On y évoque aussi Berlin et l’ex République Démocratique allemande et la France et notamment Sainte-Adresse.
   
   Quand?
   L’action se situe des années soixante à nos jours.
   
   En deux mots:
   Une carte postale énigmatique dans le courrier du jour va réveiller les souvenirs de Jeff Valdera. En accompagnant sa tante à l’hôtel Waldheim de Davos, l’adolescent de seize ne se doutait pas du rôle qu’il a joué alors dans la partie de chasse qui se déroulait la fin des années soixante-dix entre les Allemands fuyant la RDA et la Stasi.
   
   Ma chronique:
   François Vallejo est en course pour le Goncourt avec un roman d’initiation qui se double d’un thriller se déroulant durant la Guerre froide. N’hésitez pas à monter dans le train rouge qui va jusqu’à Davos.
   
   "Personne n’arriverait à croire qu’une survivance des moyens de communication les plus archaïques comme une carte postale puisse bouleverser un homme, moi, la vie d’un homme, la mienne; une carte postale." Les premières lignes du nouveau roman de François Vallejo – que j’ai lu avec Un dangereux plaisir – nous en livrent d’emblée le programme. Le facteur vient d’apporter une carte postale représentant un hôtel à Davos et quelques lignes énigmatiques et anonymes qui doivent lui rappeler "queqchose". Une seconde carte reçue un peu plus tard va à peine être plus précise, mais déclencher chez son destinataire la machine à souvenirs: "Je laisse aller les images, ça ne s’arrête plus, qu’est-ce qui m’arrive? Un étranger non identifié a ce pouvoir, avec deux bouts de carton ringards, de déclencher chez moi une sorte d’enquête sur mes vacances de petit prétentieux minable de la fin des années soixante-dix. Et j’ai l’air d’y trouver mon plaisir. Des sensations auxquelles je ne pensais plus depuis longtemps m’agitent, alors qu’elles ont une valeur toute secondaire, l’ordinaire d’un adolescent en virée provisoire à l’étranger…"
   
   
Voilà Jeff à quinze ans dans le train de nuit qui va de Paris à Zurich en compagnie de sa tante Judith. Ensemble, ils se rendent à Davos respirer le bon air des Alpes suisses. Les deux jeunes Suissesses qui offrent à l’adolescent la vue de leur corps nu et son premier émoi amoureux suffiraient à son bonheur. Car pour le reste, hormis quelques impressions, le train rouge montant vers la station des Grisons, le plateau de viande séchée offert par l’hôtelier pour accueillir ses pensionnaires, il n’y a guère que quelques visages qui surgissent du néant. "Je fais le tour des visages de ce temps-là, à l’hôtel Waldheim, en premier le patron, Herr Meili, qui a pas mal compté pour ma tante, et aussi pour moi ; le personnel, oublié, sauf Rosa, sorte de gouvernante toujours en service, malgré son grand âge ; des ; des clients solitaires, des couples, des familles en vacances, tous installés dans la vie, à l’aise, de nationalités diverses (…) un noyau d’habitués, comme Mme Finke, le seul nom précis qui me revienne…"
   
   
Sauf que son mystérieux correspondant va finir par se dévoiler et lui permettre de se rafraîchir la mémoire. Frieda Steigl lui donne rendez-vous près de chez lui, à Sainte-Adresse, pour lui expliquer la raison de ses courriers et le mettre en face de ses responsabilités, car elle le croit coupable d’avoir aidé les espions de la Stasi et d’avoir provoqué un terrible drame. Car Frieda a pu remonter une partie de son histoire familiale grâce aux archives de la police politique de l’ex-RDA mise à disposition des personnes mentionnées ou de leurs descendants après la chute du mur. Si, sur les documents en sa possession, il se confirme que des espions étaient bien présents dans la station grisonne et que l’hôtel Waldheim servait bien de plaque tournante pour l’accueil de personnalités ayant pu franchir le rideau de fer et trouvé refuge à l’Ouest, Jeff n’aura du haut de sa jeunesse, de se candeur et de sa soif de découvertes été qu’un chien dans un jeu de quilles.
   Pour lui, l’été à l’hôtel Waldheim se sont des jeux de go et d’échecs, des promenades en montagne, la découverte de l’œuvre de Thomas Mann, à commencer par La Montagne magique qui s’impose dans le lieu même où se situe le sanatorium décrit par l’auteur de Mort à Venise et Les Buddenbrook, ainsi que l’éveil de la sensualité. Il a bien observé et espionné, mais pour son propre compte plus que pour répondre à la demande de Herr Meili.
   
   Mais Frieda Steigl ne l’entend pas de cette oreille et finira par mener son interlocuteur sur les lieux de son soi-disant forfait. C’est là que François Vallejo va lever le voile sur ce roman d’initiation qui éclaire une époque, celle de la Guerre froide.
   
   Un roman prenant comme un bon thriller, une écriture précise et soucieuse de n’omettre aucun détail. Bref, une œuvre que le jury du Goncourt a bien raison de sélectionner pour son prestigieux prix littéraire.
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critique par Le Collectionneur de livres




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Vociférations
Note :

   Ah vraiment non ! Le style Vallejo n'est pas fait pour moi. Ma dernière tentative remonte à presque 10 ans avec Les sœurs Brelan, et celle-ci sera sans doute la dernière. Moi, cela me suffit. Tant pis, il a assez de fans pour ne même pas s 'apercevoir de ma défection mais moi je le regrette parce qu'il se trouve que j'ai bien aimé ses premiers romans. C'est ensuite que j'ai décroché.
   
   Alors l'histoire : le narrateur, monsieur dans la force de l'âge, écrivain me semble-t-il, mais on n'en parle pas trop, reçoit un jour une énigmatique carte postale représentant l’hôtel Waldheim au dessus de Davos, où il allait adolescent, passer ses vacances avec sa tante. Seul adolescent dans cette pension cossue occupée par des gens au moins mûrs, il s’ennuierait beaucoup si sa passion n'était pas l'Histoire et elle est comblée avec Monsieur Meili, l'hôtelier qui aime discuter avec lui de ces sujets. Et il y a aussi un joueur d'échec et un joueur de go qui jouent avec lui tous les soirs. C'était avant l'âge de l'internet et du portable, et les gens regardaient encore autour d'eux. C'était en 1976.
   
   Cette carte lui a été envoyée par un mystérieux F. S, il y en aura d'autres, il finira par rencontrer F.S et nous saurons pourquoi on veut absolument qu'il se souvienne de cet été 1976, un été comme les autres à ses yeux et dont il n'a guère gardé de souvenirs. Il y a une intrigue, un suspens (supportable, mais on a quand même envie de savoir, du moins pendant la majeure partie du roman, après, je me suis lassée). C'est une affaire d'espionnage qui a atteint son acmé cet été-là et au plein centre de laquelle il s'est trouvé sans le savoir (je ne divulgue rien, c'est en quatrième de couverture). Cela était prometteur, mais la fin, la clé de l'énigme, m'a déçue sans être tout à fait nulle. Non, le problème, ce sont les personnages. Imaginez deux furieux qui ne peuvent se parler qu'en hurlant, toujours l'insulte à la bouche, qui s'invectivent en s'écoutant à peine (comment voulez-vous résoudre un mystère dans ces conditions?), qui courent dans tous les sens, au propre comme au figuré, le tout en buvant comme des trous. Moi qui préfère les gens qui réfléchissent à ceux qui s'agitent, et qui ne supporte pas les cris, j'étais gâtée ! Sans parler des aspect prétentieux et égoïste de sa personnalité. (son épouse a intérêt à avoir beaucoup d'humour et de patience, ou de s'en moquer complètement). La même quatrième de couverture nous parle de roman "le plus intime", est-ce à dire qu'il est ce grand excité egocentré? Ce serait dommage !
   
   Mais ce n'est pas mon seul reproche. Le correspondant mystère s'avère avoir appris le français, uniquement oralement et, malheureusement pour nous, avec des gens dont la langue était très familière et Vallejo a peut-être quand même un peu exagéré. Résultat, en y ajoutant toutes les fautes possibles, on se retrouve avec des passages où on a vraiment du mal à comprendre ce que F. S raconte. Exemple : "Comme moi avec mon père, pas les conversations de l'âge, nous tous les deux, on croirait. Mais si. Ne dis pas que tu t'intéressais pas." qui m'a laissée bien perplexe.
   
   Et alors, par une espèce de contamination sournoise, voilà que le style du narrateur devient à son tour franchement familier, pour ne pas dire relâché. Et là, ça ne va plus, ce qui pouvait se comprendre quand c'était dû à un apprentissage spécial de la langue, ne passe plus si bien quand il s'agit du narrateur, pire quand il s'agit de l'auteur dont l'écriture devrait rester reconnaissable alors qu'en fait, elle est totalement mêlée à tout ça. "coup en vache", tombe en rade", "me débecte" "fouteur de bordel". Ce n'est pas F.S qui parle, là. Y a du laisser aller.
   
   A regretter aussi l'appauvrissement dû à la réduction stricte aux personnages indispensables à l'histoire : à part une vague évocation, les parents sont totalement absents, alors qu'ils ont quand même forcément une place dans la vie d'un enfant de 16 ans ; et les pensionnaires de l'hôtel se limitent à ceux qui ont un rôle à jouer dans l'intrigue, ce qui ne fait pas lourd pour faire tourner un établissement comme celui-là. Tu m'étonnes qu'il a fait faillite.
   
   A côté de ça, un point positif : l'évocation de Thomas Mann et de sa Montagne magique, qui apporte la caution culturelle, mais pas très approfondie.
   
   Pour moi, un roman d'aventure moyen qui n'a pas la profondeur d'une introspection ou d'un pèlerinage aux sources, et je ne comprends pas comment il s'est retrouvé dans la sélection du Goncourt.

critique par Sibylline




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