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C comme: La Fabrique des corps de Héloïse Chochois

Héloïse Chochois
  C comme: La Fabrique des corps

C comme: La Fabrique des corps - Héloïse Chochois

Vulgarisation scientifique
Note :

   La Fabrique des corps – Des premières prothèses à l’humain augmenté
   
   L’autre jour, je suis allée à la librairie pour trouver une BD conseillée dans l’émission La Dispute de France Culture. En attendant que la libraire se libère (car bien sûr, je ne trouvais pas toute seule), je regardais les BD sur les tables et je suis tombée sur cet album d’Héloïse Chochois. Au final, je ne l’ai pas acheté et le hasard a voulu que, lors de mon passage à la bibliothèque, la BD se mette sur mon passage (oui, oui, la BD a un cerveau et des jambes et a voulu que je la prenne, moi, Cécile et pour cela elle s’est jetée sur moi).
   
   Ce qui fait que je ne l’ai pas acheté, c’est qu’en regardant uniquement la couverture, on ne sait pas de quoi elle parle.
   
   La BD est sous-titrée Des premières prothèses à l’humain augmenté. Sur la quatrième de couverture, on peut lire
   
    Comment depuis l’Antiquité répare-t-on les corps? Qu’est ce que le membre fantôme? Jusqu’où irons-nous pour transformer l’humain afin de l’améliorer?
   
    À travers le récit intime et l’aventure scientifique, découvrez un des défis les plus stupéfiants jamais relevés par la médecine.
   

   En feuilletant le livre, on se doute qu’il y a du contenu scientifique, plusieurs fois, des cerveaux sont représentés par exemple. Mais j’ai été incapable à la librairie de me faire une vague idée de l’histoire. Je vais essayer d’aider les futurs lecteurs à se faire une idée de ce qu’on trouve dans ce livre, car il serait tout simplement dommage de passer à côté d’un chef-d’œuvre de vulgarisation scientifique.
   
   Dans cette BD, on suit un homme, boulanger de profession, qui vient de se réveiller à l’hôpital, après un accident de moto, avec un bras en moins. C’est dur à accepter (on s’en doute). Toute la partie "personnelle" est racontée sans texte, uniquement avec des dessins. On voit la surprise, les doutes, le découragement, la vie familiale avec sa compagne, le retour de l’hôpital, l’adaptation à une nouvelle vie, professionnelle entre autres. Cette partie "personnelle" sert d’intermède aux quatre chapitres : l’amputation, le membre fantôme, les prothèses, le transhumanisme. Je n’aurais jamais pensé m’intéresser à cela, mais c’est vraiment passionnant, car très bien expliqué (je le redis au cas où cela ne serait pas clair).
   
   Ces chapitres sont eux faits de textes et de dessins. L’homme (le boulanger) rencontre à l’hôpital, Ambroise Paré, qui sort d’un tableau, pour lui expliquer tout ce qu’il y a à savoir sur l’amputation. Il sera son (notre) guide dans tout le livre. Pourquoi Ambroise Paré? Il était tout simplement chirurgien du roi et des champs de bataille au XVIème siècle. Par la mise au point de nouvelles techniques chirurgicales (notamment la ligature des artères), il a "inventé" l’amputation moderne et a grandement participé à l’augmentation du taux de survie suite à ce type d’opération.
   
   Le premier chapitre commence donc par un historique de l’amputation (où on voit que les guerres ont permis, par le nombre de patients, de faire des pas de géants dans la technique), pour se terminer par une description détaillée de la manière dont se passe une amputation.
   
   Le deuxième chapitre se concentre sur l’explication du membre fantôme, c’est-à-dire les douleurs ressenties par la personne opérée dans le membre qu’ils n’ont plus. Pour illustrer pourquoi je parle de chef-d’œuvre de vulgarisation scientifique, je vais tenter d’expliquer avec du texte seulement, ce qui est expliqué si brillamment en texte et en dessins (tout ce qui est cité est entre guillemets, comme d’habitude). On distingue deux systèmes sensitifs, le système lemniscal et le système extra-lemniscal. Le système lemniscal gère la "sensibilité fine et précise", qui permet de "différencier des pointes fines très proches l’une de l’autre, de distinguer les matières", mais aussi la sensibilité profonde. Le système extra-lemniscal gère lui plutôt la douleur. Il prend plus ou moins le même chemin dans le corps humain, mais est plus lent car il utilise d’autres types de récepteurs. "La voie rapide de la sensibilité module celle plus lente de la douleur". Le système lemniscal inhibe progressivement la sensation de la douleur, pour qu’une fois arrivé au cerveau, la sensation de la douleur soit moindre que celle normalement ressentie sans le système lemniscal ; on parle de "contrôle segmentaire". Pourquoi le membre fantôme? "Lors d’une amputation, parfois, les terminaisons nerveuses sectionnées bourgeonnent en névromes. Ces derniers peuvent envoyer des influx électriques anormaux." Comme il n’y a plus de membres, il n’y a plus de système lemniscal, et donc plus d’atténuation de la douleur. "Les informations arrivent directement au schéma corporel du cortex sur lequel [le membre] est encore représenté", d’où les douleurs. Si vous n’avez pas compris, ne vous inquiétez pas car dans la BD, c’est bien mieux expliqué puisqu’il y a les dessins. Tous les mots compliqués et les idées complexes sont illustrés, permettant de comprendre le propos sans même réfléchir. Après, il faut relire pour mémoriser, mais déjà la compréhension est un bon départ.
   
   Le troisième chapitre traite des prothèses : les différents types, l’évolution historique, la difficulté d’avoir une prothèse de bras efficace, du fait des nombreux mouvements fins à gérer (par rapport à une prothèse de jambe). Plein de choses dont je ne me doutais même pas.
   
   Le quatrième chapitre ouvre le propos au transhumanisme, dont on nous donne la définition suivante (après reformulation des phrases mais avec les mêmes mots) : "améliorer les caractéristiques physiques et mentales humaines, en utilisant les sciences et les techniques". J’ai trouvé ce chapitre intéressant car il présente les deux points de vue, pour et contre, alors qu’en général, on lit plutôt le contre.
   
   Je voudrais faire remarquer, pour terminer, que Héloïse Chochois est la seule auteur, c’est donc bien elle-même qui fait la vulgarisation scientifique (et pas un scientifique, comme dans d’autres BD). En lisant le livre, on se rend compte qu’elle a fait un très gros travail de recherche, complété par de nombreux entretiens (les personnes rencontrées sont citées dans les remerciements). Dans sa biographie, on lit qu’elle a étudié le design d’illustration scientifique. Elle est passionnée de "physique, chimie, médecine, astronomie, recherche et travail en laboratoire". Elle illustre une revue, a fait des stages dans des laboratoires scientifiques… Un parcours atypique mais dans lequel on sent pointer la passion, la vocation.
   
   En conclusion, je vous conseille cette BD car on y apprend beaucoup, même si vous n’êtes pas intéressés par le sujet.

critique par Céba




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