Lecture / Ecriture
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Le souffle court de Frédéric H. Fajardie

Frédéric H. Fajardie
  Patte de velours
  Un homme en harmonie
  Polichinelle mouillé
  Le souffle court

Frédéric H. Fajardie est le nom de plume de Ronald Moreau, auteur français de romans policiers, né en 1947, à Paris, et mort en 2008.

Le souffle court - Frédéric H. Fajardie

Une intrigue dans une page d’Histoire
Note :

   L’emploi du Salbutamol en littérature est-il considéré comme un dopant ? Question anodine posée par un coureur cycliste.
   
   Un petit voyage en Normandie, sur les hauteurs de Deauville, pour le commissaire principal Padovani. Mais il ne s’agit pas de se conduire en touriste, car le tueur au croc de boucher vient encore de sévir.
   
   Comme la fois précédente, il a énucléé sa victime, un garde du corps, et le riche marchand d’armes qui était son patron a été incinéré dans sa voiture. Une Rolls Royce. Un gâchis !
   
   Pour Tonton, le patron de Padovani et son tuteur qui l’a élevé lorsque celui-ci est devenu orphelin, il ne s’agit pas de rester tranquillement assis mais d’arpenter le terrain. Lui coordonnera les investigations de son bureau. Alors Padovani s’entoure de quelques-uns de ses fidèles lieutenants et lui sont adjoints d’autres policiers, dont Julien, un jeune émotif, ainsi que Paul-Miroslav Sterpovitch, dit Miro, un tireur d’élite. Eh oui, le surnom n’est pas toujours en conformité avec la fonction.
   
   Il faut se dépêcher sinon c’est une collection de cadavres dont la Criminelle va hériter. En effet le tueur au crochet de boucher, probablement collectionneur d’yeux, continue d’énucléer comme s’il n’avait que ça à faire.
   
   Bientôt Padovani et ses collègues établissent un lien entre les morts. Ils sont tous d’origine Yougoslave. Ainsi Hautes-Etudes, ainsi surnommé pour des raisons évidentes, est chargé de s’intéresser à la Yougoslavie, à son histoire et son système politique. Ce qui l’amène à fouiner du côté des Oustachis, et à demander la collaboration, quasi forcée, de Bulatovic, un indicateur qui est une sorte de fichier vivant des exilés yougoslaves.
   
   Les Oustachis formaient un mouvement séparatiste croate, nommé l’Oustacha, particulièrement antisémite et fasciste. Créé en 1929, l’Oustacha fut soutenu par l’Allemagne et l’Italie, prenant le pouvoir en Croatie, après l’invasion et le démembrement de la Yougoslavie.
   
   L’histoire narrée par Frédéric Fajardie a été écrite en 1980, donc bien avant les événements entre Croates, Serbes, Bosniaques, et autres représentants de cette république fédérale qui a connu de nombreuses vicissitudes, notamment à cause des différents peuples qui la constituaient et des religions qui s’opposaient, l’orthodoxe et la musulmane et moins représentée, la catholique, dans les années 1990 de sinistre mémoire.
   
   Il s’agit donc d’une intrigue noyée dans une page d’Histoire, ou une page d’Histoire qui sert de support à l’intrigue.
   
   Tel Janus, Frédéric Fajardie possédait deux visages, deux facettes littéraires. La nocturne, décrite en ces mots par Bruno Corty : Avec Fajardie, le roman noir, pitbull, engagé, enragé, vachard, violent était né. Car effectivement l’œuvre de Fajardie, du moins dans ces premiers romans, était sombre, noire, brutale, sans concession.
   
   Mais Fajardie possédait également son côté diurne, qui pouvait se révéler lumineux, tendre, émouvant, humaniste, sans tomber dans le pathos, enfin pas trop. Car Francine, la femme de Padovani, mais qui est également celle de l’auteur par prénom interposé, canalise ce commissaire fougueux. Mais d’autres personnages se révèlent temporisateurs, tel Hautes-Etudes, ou encore Julien, un peu trop sentimental et qui n’est pas à l’aise dans ce monde de brutes. Il philosophe sur la vie, la mort, analyse et tente de comprendre certains gestes. Et Fajardie est un peu la synthèse de Padovani et de Julien.
   
   "Qui a donc décrété qu’un anniversaire était un événement joyeux ? Je n’y vois, pour ma part, qu’un pas de plus vers la fin, un peu comme si le temps, abandonnant son sablier pour une allégorie plus kitsch, apparaissait sous la défroque du vieil épicier à blouse grise – tellement français – mouillant sur ses lèvres humides et molles l’extrémité d’un crayon en disant "cinq et un qui nous font six". Pas de quoi entonner l’Hymne à la joie."

critique par Oncle Paul




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