Lecture / Ecriture
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L’Avortement de Richard Brautigan

Richard Brautigan
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  La vengeance de la pelouse
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  La pêche à la truite en Amérique - Sucre de pastèque
  L’Avortement

Richard Brautigan (1935 - 1984) est un écrivain et poète américain.

L’Avortement - Richard Brautigan

Pas convaincant
Note :

   L’été 2016, j’ai lu pour la première fois un roman de David Foenkinos avec grand plaisir, Le Mystère Henri Pick. Le choix du titre évocateur et le sujet m’avaient interpelée et, à une période où je passais mes journées et mes nuits à calmer un bébé aux capacités vocales insoupçonnées, ce livre est devenu un compagnon de route hautement apprécié. Dans ce roman, il est fait allusion à L’Avortement de Richard Brautigan, dans lequel figure une bibliothèque des manuscrits étonnante. Alors, lorsque ma route a croisé celle du roman de Brautigan, je me suis réjouie à l’idée de passer de nouveau un excellent moment.
   Malheureusement, si je ne veux pas m’avancer en disant que l’élève a dépassé le maître, l’élève a certainement réussi à m’emporter bien plus facilement.
   
   Dans L’Avortement, le narrateur est bibliothécaire dans un lieu bien spécial : les auteurs qui viennent déposent directement leur manuscrit, qui n’a jamais été publié. Tout est accepté, quels que soient la forme et le sujet, sans limite d’âge pour les auteurs non plus. Le bibliothécaire doit mettre les nouveaux arrivants à l’aise, enregistrer le titre et le nom de chaque livre et inviter l’auteur à placer le nouveau manuscrit où il le souhaite.
   
   Puis entre en scène une jeune femme superbe mais bien gauche, car elle ne sait que faire de toute cette beauté. Elle devient la compagne du bibliothécaire et ne part plus, jusqu’au jour où elle découvre qu’elle est enceinte. Alors le couple fait appel au seul collègue du narrateur, chargé de l’approvisionner régulièrement et de récupérer son lot de manuscrits de temps en temps pour les stocker ailleurs. Grâce à lui, le couple part au Mexique pour un avortement clandestin.
   
   Malheureusement, je suis passée complètement à côté de ce roman. Je ne doute pas de ses qualités mais nous évoluons tous deux dans des dimensions parallèles (peut-être pas si parallèles que ça d’ailleurs). La première partie centrée sur la bibliothèque m’a plutôt amusée. Le narrateur est lui aussi un personnage décalé, peut-être un peu bizarre – sans aucun doute un critère indispensable pour le poste. En revanche, j’ai trouvé la deuxième partie consacrée au personnage féminin et à l’avortement d’une lourdeur indescriptible. Oui, on a bien compris que Vita est magnifique et que les hommes tombent, ont des accidents à cause d’elle, mais une fois le sujet abordé j’ai trouvé assez pénible de voir le procédé se répéter presque à chaque fois qu’un personnage masculin passe dans les parages. On oublie la bibliothèque dans cette deuxième partie, or c’est pour moi ce qui faisait tout l’intérêt du roman. J’ai bien compris la volonté de l’auteur de produire un texte décalé, avec des commentaires pour le moins inattendus. Néanmoins, la magie n’a pas opéré et j’ai eu du mal à terminer ce livre pourtant devenu un incontournable pour beaucoup.
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critique par Lou




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L'Evènement
Note :

   De Richard Brautigan tu ne connaissais rien... mis à part son nom et sa réputation, ainsi que quelques citations et hommages. Et tu as eu envie de dépasser ça, cette faible connaissance, en découvrant un de ses romans. Ouvrir L'avortement par sa préface, c'est déjà tomber sur le regard de Pierre Reverdy sur ce texte. dans cette constatation que jamais personne à propos de ce livre, ou en général, ne dit le mot. Même Annie Ernaux, à propos de l'acte, préférera évoquer L'Evènement.
   Quand on parle de ce roman, dit Pierre Reverdy, il n'est question que de la bibliothèque, premier personnage évident de ce livre. Et il est vrai qu'elle est fascinante. On se croirait chez Jorge Luis Borges. Dans les premières pages, le narrateur évoque sa situation, sa vie de cloîtré dans ce lieu qui recueille nuit et jour des manuscrits. Les visiteurs sont invités à inscrire leur titre, jamais publié, dans le grand cahier et de le poser sur les étagères de la bibliothèque. L'accueil est chaleureux, bienveillant et respectueux, peu importe la qualité et le sujet des écrits. Un jour, Vida entre dans l'établissement, avec son texte et son corps sublime qu'elle porte comme un fardeau. Les deux solitudes se rencontrent, s'approchent et prennent soin l'une de l'autre, jusqu'à ce qu'advienne l'avortement, qu'il faudra pratiquer au Mexique. Cela signifie laisser la bibliothèque sous la garde de Foster, prendre l'avion et s'en aller dans des lieux inconnus. Et pour toi lectrice, c'est comme suivre un couple à la Boris Vian (L'Ecume des jours) dans une aventure à la fois triste et froide. Tout se passe bien, mais Vida sera dorénavant la plus adepte des pro-pilules, elle le jure. Et tu t'étonnes de la douceur de cette voix d'écrivain masculin sur ce parcours, du féerique qui ne cesse d'entourer cette histoire-là du début à la fin, et de ce roman, posé (encore une fois par un homme) comme un acte militant. La première édition date de 1970. Tu ne t'attendais pas à ça... à toute cette douceur et à cette féerie, seulement à cette ironie qui parfois parcourt le texte. Quelle rencontre !

critique par Antigone




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