Lecture / Ecriture
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Kwaï de Vincent Hein

Vincent Hein
  Les flamboyants d'Abidjan
  Kwaï

Vincent Hein est un écrivain français né en 1970.

Kwaï - Vincent Hein

L'enfer
Note :

   Bangkok, les bars, les boites à strip-tease, les bordels, le sida, ceux qui ont plaqué l'Europe et leur pavillon, leur crédit voiture, et une fois passé l'exotisme des premières années, s'ennuient en Asie
   
   L'auteur nous entraîne dans un voyage à la vitesse des trains aux vieilles locomotives jaunes avec des wagons fatigués aux bancs en bois, à travers ce pays merveilleux où le corps et l'esprit se consument lentement, où l'on rencontre des papillons et des oiseaux polychromes.
   
   Tout a commencé par un film regardé en famille un soir, Le pont de la rivière kwaï, puis la lecture du livre de Pierre Boule dont le film est une adaptation. Vincent Hein parcourt la rivière Khwae, les villages au bord de l'eau, et son pont de trois cents mètres de poutres d'acier, aussi sinistre qu'un puits de mine et pourtant les touristes s'y bousculent pour y graver leur nom, c'est le célèbre pont de la rivière kwaï.
   
   L'occasion pour l'auteur de nous rappeler l'horreur de la construction de la voie de chemin de fer reliant la Thaïlande et la Birmanie. 1931, le Japon a besoin de Charbon, de pétrole et de caoutchouc, alors les Japonais s'en vont conquérir Pékin en envahissant les pays voisins.
   400 km à travers la jungle, pour construire la voie décidée par l'empereur du Japon.
   
   Vincent Hein nous conte l'enfer de la construction, les maladies, la faim, la soif, la cruauté des gardiens japonais. 12 400 prisonniers de guerre alliés et 70 000 travailleurs civils asiatiques, hommes, femmes et enfants sont morts dans la construction, presque à mains nues, de cette voie de chemin de fer.
   
   Mais l'horreur ne s'arrête pas là, le sac de la ville de Nankin, ville martyre, puis les expériences bactériologiques et médicales menées par les médecins japonais sur la population chinoise, dix ans avant Hitler et le sinistre docteur Mengele.
   
   Heureusement l'horreur laisse la place à l'émotion quand il évoque ses souvenirs d'enfance, son grand-père qui installe des armoires à pharmacie dans toutes les pièces, son père qui avec un abus d'alcool et de tabac va aider la mort à venir le chercher. L'écriture se fait même sentimentale pour évoquer les naturalistes, les écrivains voyageurs et même devient poésie avec par exemple trois belles pages sur la pluie.
   
   Un livre qui peut dérouter par sa construction, il peut paraître un peu touffu, mais l'écriture est magnifique et il y a tant de richesses à découvrir au fil des pages.

critique par Y. Montmartin




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