Lecture / Ecriture
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Rue Barbare de David Goodis

David Goodis
  Rue Barbare
  Cauchemar
  Ceux de la nuit
  La blonde au coin de la rue
  Vendredi 13

David Goodis est un romancier américain né en 1917 et mort en 1967.

Rue Barbare - David Goodis

Polar noir
Note :

   Je ne sais pas pourquoi, j'ai longtemps cru que David Goodis était noir. Peut-être était-ce dû à cette sorte de tragique inéluctable ou presque, que l'on retrouve souvent dans ses livres et qui évoque les négro spirituals ou Harlem, cette mentalité adaptée à la misère et aux conditions de vie plus que difficiles que les Noirs, plus que d'autres, avaient à subir aux Etats-Unis. Mais il est blanc, et la misère touche aussi les Blancs, bien sûr.
   Goodis est né à Philadelphie en 1917. J'ai lu quelque part sur le net, qui n'est pas toujours bien informé, qu'il était mort jeune, mais il avait tout de même 50 ans. Je suis bien placée pour dire que c'est jeune pour mourir, mais ce n'est tout de même plus ce qu'on appelle « mourir jeune ». L'alcool l'a bouffé, lui comme tant d'autres. Avant cela, il avait été journaliste, écrivain, scénariste. On a adapté plusieurs de ses romans pour le cinéma, comme « Les passagers de la nuit » ou «tirez sur le pianiste », et même ce « Rue barbare », mais je ne sais pas sous quel titre. Peut-être le même?
   
   Ce roman raconte la vie, ou plutôt un épisode de la vie, d'un homme, un ouvrier qui est né et a toujours vécu dans une des plus mauvaises rues d'un quartier de misère noire. Il a appris depuis toujours que c'est « chacun pour soi » et que la seule façon de survivre dans cette jungle peuplée de pauvres et de truands, c'est de respecter la loi des trois singes : ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire. Ce qu'il fait. Il aurait pu, lui aussi, être truand ou alcoolique, mais il ne l'a pas voulu. Il vit ici, sans se compromettre à rien d'illégal, mais également sans regarder autour de lui., sans jamais se voir en redresseur de torts, allant même jusqu'à détourner le regard quand il risquerait d'être témoin de quelque chose. Il a bien assez à faire avec son travail éreintant et sa famille. Pourtant un jour, il aide quelqu'un qui gît sur le trottoir à se relever, rien de plus?
   Ce roman raconte aussi l'histoire de cette rue sans espoir et de toute une partie de ses habitants. Avec une précision d'anthropologue, sans condamner personne, en étant capable de voir à la fois, chez chacun, le meilleur et le pire, Goodis nous y emmène et nous montre ce qu'y est la vie. Ce qu'est la vie, peut-être.
   
   Goodis est un très bon écrivain. Son style est parfait et son art du récit est sans faille. Il sait également trouver exactement les mots qu'il faut pour nous permettre de sentir jusqu'au détail la psychologie et l'état d'esprit de ses personnages. Tout a un air de réalité, de vérité et de raison qui nous emporte dans son récit, sans longueurs, sans temps mort. Il nous explique tout sans qu'on ait jamais l'impression de lire des explications.
   
   Un excellent polar noir.
   
   

critique par Sibylline




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